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LA SHINÉMATHÈQUE

LA SHINÉMATHÈQUE

« La connaissance s'accroît en la partageant. »

Mystic River

mysticriver-clinteastwood.jpgRéalisé par Clint Eastwood, sorti le 15 octobre 2003

 

Avec Sean Penn, Kevin Bacon, Tim Robbins, Laurence Fishburne, Marcia Gay Harden, Laura Linney, Emmy Rossum, Eli Wallach ...

"Jimmy Markum (Sean Penn), Dave Boyle (Tim Robbins) et Sean Devine (Kevin Bacon) ont grandi ensemble dans les rues de Boston. Rien ne semblait devoir altérer le cours de leur amitié jusqu'au jour où Dave se fit enlever par un inconnu sous les yeux de ses amis. Leur complicité juvénile ne résista pas à un tel événement et leurs chemins se séparèrent inéluctablement. Jimmy sombra pendant quelque temps dans la délinquance, Sean s'engagea dans la police, Dave se replia sur lui-même, se contenta de petits boulots et vécut durant plusieurs années avec sa mère avant d'épouser Celeste (Marcia Gay Harden). Une nouvelle tragédie rapproche soudain les trois hommes : Katie (Emmy Rossum), la fille de Jimmy, est retrouvée morte au fond d'un fossé. Le père endeuillé ne rêve plus que d'une chose : se venger. Et Sean, affecté à l'enquête, croit connaître le coupable : Dave Boyle...



Mon avis :  http://s184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/th_icon_smile.gif http://s184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/th_icon_smile.gif http://s184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/th_icon_smile.gif http://s184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/th_icon_smile.gif http://s184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/th_icon_smile.gif


 

Clint Eastwood l'acteur est une légende. Ses rôles de cow-boy (Pour une poignée de dollars, Le Bon, la Brute et le Truand, Pendez-les haut et court ...), de flic (L'Inspecteur Harry, Magnum Force, Dans la ligne de mire ...) ou encore de dur à cuir (L'évadé d'Alcatraz, Ça va cogner, Doux, Dur et Dingue ...) font pleinement partie de l'imaginaire cinématographique et demeurent à jamais inoubliables. Seulement, en plus d'être un acteur brillant, le grand Clint est également un réalisateur d'exception comme en témoigne un paquet de chef-d'œuvres de son cru : Impitoyable, Un monde parfaitSur le route de Madison ou encore Million Dollar Baby pour les plus fameux.  Loin d'échapper à la règle, cette nouvelle réalisation de Clint Eastwood s'impose indiscutablement comme l'un de ses meilleurs films (le meilleur ?). Tout dans ce film est bon : le casting (parfait), l'histoire (prenante), la mise en scène (géniale) , l'émotion (intense), le propos (troublant)... jusqu'à l'affiche (magnifique) ! Les superlatifs manquent pour qualifier cette réussite cinématographique tout bonnement bouleversante ! Réalisateur incontestablement doué, on le savait déjà de Clint Eastwood. Grâce ce film basé sur le roman éponyme de Dennis Lehane, il franchit encore un cap en narrant un drame humain saisissant qui puise ses profondeurs dans les classiques d'autrefois tout en restant terriblement d'actualité, faisant de son film une fable exceptionnelle à la fois poétique et critique d'une Amérique en pleine perte de repères et valeurs. Du grand cinéma de prose dans lequel Clint Eastwood excelle. 

De façon générale, le casting est aussi parfait qu'équilibré. Tous les comédiens sont ici époustouflants d'émotions, même si j'avoue avoir été plus particulièrement touché par la rage de Sean Penn (grand acteur et grand réalisateur également : sans m'atteindre aussi profondément, son The Pledge m'avait d'ailleurs laissé une impression similaire) et la fragilité de Tim Robbins (leurs Oscars, respectivement du meilleur acteur et du meilleur second rôle, sont amplement mérités). En outre, on aperçoit non sans un pincement au cœur Eli Wallach en vieil épicier (celui-là même qui incarnait le "Truand" dans le fameux film de Sergio Leone...). Invisible à l'image, le grand Clint fait ici preuve d'une direction d'acteurs exemplaire où chaque réplique lâchée sonne juste et ou chaque mouvement de caméra est à sa place. Fortement impliqué dans son projet, Clint Eastwood s'est également associé à son fils Kyle pour composer l'admirable bande originale du film, donnant ainsi au film une cohérence d'ensemble remarquable.
Pédophilie, irresponsabilité de la jeunesse, misère sociale, vengeance aveugle, Clint Eastwood n'oublie aucun aspects de cette Amérique décadente. En cette Mystic River, symbole de Boston, coule toutes les marques de la violence de cette ville. Rarement autant de mélancolie, de noirceur, de désespoir palpable n'auront été mis en images avec un telle pudeur, une telle compassion, un tel talent. Mais Clint Eastwood est un réalisateur à part possédant un sens de la mise en scène magistral. Jusqu'à l'émouvante dernière image du film, la tension est permanente, elle ne nous lâche jamais. La vie est un long fleuve mystique semble suggérer le titre, mais où est Dieu dans tout ça ? Une tristesse, une détresse, un profond désespoir se dégagent du film. Ici, le bien et le mal se chevauchent (l'un ne pouvant véritablement exister sans son antagoniste) et Dieu semble bien avoir abandonné à leur sort toutes ses brebis égarées. Les personnages décrits dans le film n'ont en effet rien de héros. Ils semblent avoir perdu la foi, leurs valeurs, toute notion du bien et du mal. Ils sont anéantis et essaient juste de survivre dans tout ce chaos. Après ce qu'ils ont subi, comment pouvaient-ils s'en sortir indemnes ?

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On enterre nos pêchés, on ne les efface pas...

 

D'ailleurs, le spectateur non plus ne sortira pas indemne de cette expérience tragique. Mais peut-être Dieu se contente-il, comme nous autres spectateurs, de simplement observer d'un œil empathique mais distant. La réalisation de Clint Eastwood joue d'ailleurs souvent sur cette alternance entre proximité et éloignement ; comme en témoignent toutes ces prises de vues aériennes, symbole de cette force supérieure omnisciente (pas "Dieu" dans sa bienveillance, mais plutôt le "Destin" dans sa férocité) qui dirigerait le cours de la vie de chacun de ces individus, la Mystic River insondable en somme... Quelles conséquences peuvent-avoir un acte de barbarie sur sa victime et son environnement ? Un évènement tragique a bouleversé la vie des trois amis par le passé. Si la victime de ce viol a dû grandir avec ce traumatisme tant physique que psychologique (faisant de lui rien de plus qu'une âme errante et anéantie), ses deux compagnons n'ont pas été épargnés non plus et ont dû tenter de se construire malgré ce sentiment de culpabilité dévastateur. Ces trois protagonistes ont ainsi subi, chacun à leur manière, une lente torture morale (à base de souffrances, de non-dits et de haines) qui devenait de plus en plus brûlante à mesure que de longues années se déroulaient inexorablement, de longues années vers un avenir incertain. Si cette souffrance est davantage palpable chez Dave Boyle, la victime de ce viol passé (où une affliction profonde et une vraie humanité sont mise en abyme par un Tim Robbins troublant), elle demeure toujours latente chez chacun d'entre eux.  Et le présent va faire ressurgir ses démons enfouis par l'entremise tragique d'un meurtre odieux, celui de la fille de Jimmy Markum. Consumé par un désir obsessionnel de vengeance, et torturé par cette cruelle ironie liant leurs destinés, Jimmy (incarné par impressionnant Sean Penn). va alors faire exploser toute sa fureur enfouie ; fureur contre le coupable de cette atrocité, mais également contre lui-même qu'il sait responsable (il fait d'ailleurs au cadavre de sa fille cette funeste prédiction : "Je sais dans mon cœur que j'ai contribué à ta mort, mais je ne sais pas comment..."). 

Sean Devine (joué par Kevin Bacon tout en sobriété et en retenue), est celui des trois qui semble – en apparence – le mieux vivre avec ce fardeau. Il a eu la "chance" de quitter ce quartier ultra-communautaire oppressant où les souvenirs douloureux sont lourds à supporter. Devenu inspecteur de police criminelle, la mort fait partie intégrante de son quotidien. Elle va cependant revêtir une signification plus écrasante lorsqu'il serait amené à enquêter sur ce drame les liant à nouveau, ce malheur dévastateur les menant vers une tragique fatalité.
Les pêchés s'enterrent, mais ne s'effacent jamais semble ironiser le destin. Un destin aussi capricieux que l'automne rude de la Nouvelle-Angleterre qui abat son manteau glacial sur nos protagonistes et les plongent dans un crépuscule oppressant où la lumière ne filtre pas. Observateur des évènements qui bouleversent ce microcosme, l'officier Whitey Powers (Laurence Fishburne) représente cet étranger énigmatique, présent dans bon nombre des films du réalisateur (y compris lorsque celui-ci n'était qu'un "simple" acteur chez Sergio Leone) qui va tenter de comprendre et résoudre les énigmes de cette situation conflictuelle. Aidé par son partenaire Sean Devine, il va essayer de comprendre les secrets enfouis dans cette Mystic River. À ce niveau de lecture, notons le rôle fondamental de la lumière qui semble assombrir les rues de Boston à mesure que l'enquête met à jour ses moindres mystères. Assez masculin au niveau du casting, la présence des femmes (représentés notamment par Laura Linney et Marcia Gay Harden, admirables de justesse) est pourtant essentielle dans cette tourmente. L'issue du film montrera d'ailleurs bien à quel point, chacune à leur façon, elles ont une influence primordiale sur les hommes (les révélant aussi bien dans leurs forces que leurs faiblesses).

Avec Mystic River, Clint Eastwood frappe fort et nous transcende au plus profond. Ce film m'a fait l'effet d'un véritable électrochoc et c'est pourquoi je le place si haut dans la filmographie de l'acteur réalisateur. Mystic River est certes dérangeant et déroutant sur certains aspects, mais c'est aussi en cela qu'il en devient intéressant en nous interrogeant sur des choses auxquelles on ne pense pas forcément (ou que l'on s'interdit de penser).
Incontestablement, il s'agit pour moi d'un film majeur et indubitablement essentiel. Mais, c'est juste mon humble avis après tout...


Films de Clint Eastwood chroniqués ici : L'échange ; Mystic River


Pour voir d'autres chroniques de films : cliquez-ici

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tinalakiller 23/11/2008 21:25

ah oui l'échange est juste genial (vivement ta critique d'ailleurs)

Shin 25/11/2008 17:59



Bonsoir Tina,





J'y travaille, j'y travaille...





Amicalement,





Shin.



tinalakiller 23/11/2008 19:54

là, nous sommes d'accord !!!!
à 100% !!

Shin 23/11/2008 20:52



Salut Tina,





Clint Eastwood est vraiment un grand réalisateur ! Il l'a encore prouvé récemment avec le bouleversant L'échange !





Amicalement,





Shin.



Anyone 06/10/2008 19:11

Tout est dit, et c'est ce qui est agaçant ^^, dans cette excellente chronique, je suis à 100% d'accord avec toi, un de mes films préférés, Kevin Bacon est un cran en-dessous de ses partenaires et c'est normal. Sean Penn est bouleversant, un des meilleurs rôles de sa carrière, son interprétation prend aux tripes (comme dans La Dernière Marche de Tim Robbins d'ailleurs), une oeuvre noire, dérangeante et magnifique comme je les aime. :)Sinon Shin, c'est la première fois que je visite ton blog en profondeur, comptes-tu chroniquer d'autres films d'Eastwood ? As-tu vu Honkytonk Man ?

Shin 06/10/2008 19:22



Bonsoir Anyone,

Ne sois pas agacée, tu découvres à peine mon blog comme tu le dis. Tu trouveras bien d'autres chroniques pour me montrer ton désaccord (et puis certaines ne sont peut-être pas suffisamment
approfondies aussi) ! -__^

Sinon, Clint Eastwood est un artiste que j'affectionne beaucoup. Il n'est dont pas à exclure que je parle de Honkytonk man dans quelques temps. Cela dit, ce n'est pas pour tout de suite. D'une
part, parce que j'aimerai parler d'autres films du maître avant (comme Bird, Impitoyable ou Un monde parfait). D'autre part, j'ai beaucoup d'autres articles sur le
feu (et t'imagines bien le temps que ça me prend ! ^__^). Bref, j'y pense, mais ce n'est pas pour tout de suite !

Amicalement,

Shin.



Pierre 08/07/2008 13:22

Un drame poignant, une jolie troupe d'acteurs, un réal inspiré... Magnifique.

amanda 28/03/2008 13:36

bonjour, je viens donc visiter..
et j'ai envie de dire, là, que je fais partie des spectateurs qui ont bcp aimé Sean Penn ds ce film... comme quoi, vous le dites bien, tout est sujectif et question de sensibilité personnelle