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LA SHINÉMATHÈQUE

LA SHINÉMATHÈQUE

« La connaissance s'accroît en la partageant. »

The Last Man on Earth

Réalisé par Sidney Salkcow & Ubaldo Ragona, sorti en DVD le 23 janvier 2008
Titre original : L'Ultimo Uomo della Terra

Avec Vincent Price, Emma Danieli, Kathy Morgan, Giacomo Rossi-Stuart, Franca Bettoia, Umberto Raho ...

"Un mal étrange semble avoir décimé la totalité de la population de la Terre. Robert Morgan  (Vincent price) apparaît comme le seul survivant. Les autres créatures sévissant sur le globe, sont des espèces de vampires, des zombies organisés en hordes sauvages. Morgan a probablement survécu pour avoir, quelques années auparavant, contracté un virus l'ayant immunisé. Aujourd'hui, dans ce monde apocalyptique, Robert Morgan lutte pour sa survie. Chaque jour, il nettoie les rues des corps de vampires qu'il "délivre" en leur enfonçant un pieu de bois acéré dans le coeur, comme le veut la tradition de l'univers de ces êtres maléfiques..."

D'après le roman de Richard Matheson, Je suis une Légende, paru en 1954

   Autres adaptations :

     
Le Survivant (The Omega Man)
   de Boris Sagal en 1970, avec Charlton Heston

      Je suis une Légende (I am Legend)
   de Francis Lawrence en 2007, avec Will Smith




Mon avis
(très bon) :
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The Last Man on Earth est la toute première adaptation cinématographique officielle du roman Je suis une Légende de Richard Matheson. Cette version, qui date de 1964, est également la plus fidèle au livre (très peu de libertés ont été prises par rapport au livre), et paradoxalement la moins connue ; malgré la présence du célèbre Vincent Price (que les plus jeunes d'entre nous connaissent surtout pour l'avoir vu interpréter le "papa" de Johnny Depp dans le film-hommage de Tim Burton, Edward aux mains d'argent). Avec sa voix caverneuse et son physique de dandy inquiétant, l'acteur américain est rapidement devenu une figure emblématique de films d'horreur et fit entrer son rire dans la légende grâce au tube "Thriller" de Michael Jackson. Il tourna souvent sous la direction de Roger Corman dans plusieurs adaptations de nouvelles écrites par Edgar Allan Poe (La Chute de la Maison Usher, La chambre des tortures, Le Corbeau, L'Empire de la Terreur, La Malédiction d'Arkham, Le Masque de la Mort Rouge) et eu de fait l’occasion de travailler indirectement avec le romancier Richard Matheson, puisque celui-ci signa les scénarios des quatre premiers films du cycle Edgar Poe du cinéaste américain.

Ainsi, malgré le fait que Matheson ait écrit son roman bien avant (il a été publié en 1954), on ne se serait donc pas vraiment étonné d'apprendre que l'adaptation de son œuvre phare soit confiée à Roger Corman. Ce ne fut malheureusement pas le cas. Le film en question fut confié à deux réalisateurs inconnus, Sidney Salkcow et Ubaldo Ragona, qui disposèrent d'un budget dérisoire pour mener à bien cette production italo-américaine. En revanche, ce qui fut une très bonne chose pour le film, c'est à Vincent Price que fut confié le rôle de Robert Neville ; dont le nom fut bizarrement changé en Robert Morgan pour l'occasion. Cette liberté a peut-être déplu à Richard Matheson, également co-scénariste du film, qui a préféré ne pas apparaître au générique de celui-ci  (il est mentionné sous le pseudonyme de "Logan Swanson") ; ou peut-être a-t-il souhaité que l'on change le nom de son personnage (je ne sais pas en fait).

Certes, The Last Man on Earth disposant de moyens limités comme je viens de le mentionner, les séquences présentant les décors extérieurs de ce monde apocalyptique sont moins spectaculaires que celles des versions de Boris Sagal (Le Survivant) et Francis Lawrence (Je suis une Légende). Toutefois, le film dispose vraiment de belles trouvailles comme le charnier de cadavres, la ronde des camions militaires transportant les dépouilles humaines et le plan d'ouverture présentant des corps sans vie dans un paysage cauchemardesque. Un fabuleux décor de fin du monde à moindre frais. D'ailleurs, en réalisant quelques années plus tard La Nuit des morts-vivants pour un budget minime également, George A. Romero reprendra quelques idées du bouquin de Matheson, mais vraisemblablement aussi de ce film. Dans les deux cas, on y verra les derniers représentants d'une humanité décimée en proie à une invasion de créatures lentes et stupides ; et surtout cette thématique forte initiée par Matheson : Qui sont les vrais monstres ? Les morts-vivants (fussent-ils vampires ou zombies) ou les hommes ? Où s’arrête la normalité ? Où commence la monstruosité ? Le bien et le mal étant plus une affaire de nuances de gris que de noir et blanc...

Tout d'abord, il y a ce héros désabusé, qui tente de faire face à une horreur extraordinaire, s'isolant dans une maison qu'il barricade à l'aide de vieilles planches. Qu'il s'agisse de Robert Morgan/Neville chez Sidney Salkcow & Ubaldo Ragona ou de Ben (comme Ben Cortman, l'ami décédé de Neville ?) chez George A. Romero, leur parcours sera très proche ; jusqu'à la conclusion du film où chacun fera, en quelque sorte, les frais d'une interprétation erronée quant à sa véritable nature. Et puis, on trouve dans les deux films l'apparition d'une femme ; quasi providentielle pour le personnage incarné par Vincent Price, tandis que celui campé par Duane Jones semble à l'inverse être la dernière chance de survie de celle-ci. Dans ce chaos ambiant, la prise de contact va s’avérer, dans tous les cas, houleuse. À la crainte de l’autre va pourtant succéder un rapprochement dans l’horreur, dans une configuration étonnamment proche :  la maladresse et l'impétuosité de Robert/Ben face à la crainte et le désarroi de Ruth/Barbara. Les deux films jouent allégrement sur le contraste entre ses deux personnages si différents liés par leur destinée désespérée et désespérante ; Robert et Ruth apparaissent toutefois comme bien plus fusionnels que Ben et Barbara (par rapport à la version de Romero tout du moins ; Tom Savini rapprochant de nouveau les deux personnages pour son remake de qualité de La Nuit des morts-vivants). Concernant les inspirations, les assauts répétés des vampires de The Last Man on Earth rappelleront également ceux des zombies de La Nuit des morts-vivants (jusqu'à dans la façon de filmer les créatures). Les morts-vivants s'en prennent à cet ultime refuge de la même manière ; employant maladroitement des armes de fortunes faites de bouts de bois et de pierres. La scène où un bras tentera d'attraper Robert Morgan aura d'ailleurs son pendant chez Romero également.

http://img139.imageshack.us/img139/4801/lastmanonearthap8.jpgUne scène qui n'est pas sans raviver quelques souvenirs chez les fans de George A. Romero...

Il ne faudrait pourtant pas non plus que mes propos soient mal interprétés. Ces similitudes n'enlèvent en rien la force du film de Romero ; qui a su
au contraire tirer avantageusement partie de ses inspirations (qu'il a de plus l’honnêteté et la classe de citer). Substituant le zombie au vampire, le cinéaste a réussi à reprendre intelligemment les thématiques chères à Matheson (sur la notion de normalité notamment) tout en y adjoignant une terreur pure et des réflexions parallèles bigrement bien vues (humanité stupide et arrogante, dénonciation de la xénophobie ; avant de s'en prendre au consumérisme ou encore au totalitarisme). Faisant de son film un petit bijou de pertinence et d’originalité. Sa mise en scène est aussi bien plus percutante que celle du film de Sidney Salkcow et Ubaldo Ragona ; les scènes d’action manquant parfois de rythme et les vampires semblant (la plus tard du temps) à peine plus effrayants que des mendiants un peu insistants…

Toutefois The Last Man on Earth possède ce charme un peu désuet qui le rend attachant. Manquant probablement de temps et certainement de budget, le film aurait peut-être gagné à être un peu moins elliptique (vingt minutes de plus aurait été appréciable). Néanmoins, pour les fans du roman original, c'est certainement la version la plus satisfaisante actuellement disponible. Le caractère dépressif du héros de Matheson est bien développé ; celui-ci  cherchant à s’isoler par tous les moyens à sa disposition de la folie ambiante, et des voix d’anciens proches l’appelant de dehors. Il noie donc son désespoir dans l’alcool, écoute de la musique à tue-tête et ressasse le passé avec nostalgie ; ce qui nous vaudra d’ailleurs un long flashback expliquant comment Robert a échoué jusqu’à dans sa tentative de sauver sa famille (le film prend alors un peu de distance avec le roman puisqu'il fait de Morgan un scientifique alors que ce n’était pas le cas de Neville). On y trouve aussi les mêmes moments clés comme l'effondrement moral de Robert face à une épidémie qui lui enlève ses proches un à un, son rencontre avec un chien lui apportant un réconfort de courte durée et la trahison ultime. En raison des ressources budgétaires limités, les aspects psychologiques du récit sont davantage mis en avant que les vampires, dont la présence est plus souvent suggérée que montrée. De ce fait – et c'est qui fait aussi la force du film, l'intrigue se joue presque à huis clos et Vincent Price nous livre une prestation admirable d'un personnage tourmenté, et au bord de la folie (comme le montrera une scène mémorable où l'acteur passe du rire aux larmes devant une vidéo familiale).

Menant une vie, ou plutôt une survie, répétitive aux gestes balisés et banalisés (réparation des dégâts de la veille, approvisionnement en nourriture, fabrication quasi-industrielle de pieux de bois, mise en place de repoussoirs à vampire à base de gousse d’ails et de miroirs…), Robert Morgan doit aussi trouver le temps pour retirer les cadavres déchiquetés laissés devant chez lui, les brûler et chasser (tel un Van Helsing moderne) les créatures qui se sont terrés une fois le soleil levé dans une ville abandonnée particulièrement déprimante. Comme je le mentionnais un peu avant, même si la menace vampire n'est pas explicite, elle n'en est pas moins oppressante, s'insinuant dans tous les actes du quotidien de notre solitaire résigné à vivre une existence la plus normale possible, autant que les circonstances le permettent tout du moins. Et précisément, où se situe vraiment la normalité et la morale alors que notre héros se trouve être dernier représentant d'une humanité n'ayant pas survécu à cette inéluctable évolution des espèces ? N'est-ce pas la majorité qui définit la norme ? Ce qui est juste et légitime pour Morgan devient horrible et condamnable pour cette nouvelle caste dominant le monde. Luttant contre tous ces "monstres" qui ont progressivement envahi la terre, Robert Morgan en est finalement devenu un à son tour ; n'étant rien de plus qu'une légende d'un temps désormais révolu pour ces nouveaux "humains".
 
Doté d'une mise en scène sobre et efficace, le film bénéficie surtout de l'interprétation saisissante de Vincent Price et se révèle surtout être
malgré les réticences de l'auteur de Je suis une Légende la meilleure adaptation du chef-d'œuvre de Richard Matheson ; définitivement bien plus fidèle à l'atmosphère et à l'esprit du roman que les deux autres tentatives de Boris Sagal et Francis Lawrence. Une ironie lorsque l'on pense aux budgets bien plus conséquents de celles-ci. Comme quoi, et pour ceux qui en doutaient encore, de gros moyens financiers ne rivaliseront jamais avec une volonté créatrice et imaginative. En outre, évitant les effets-spéciaux trop vite obsolètes (qui a parlé du look albinos des humanoïdes de Boris Sagal ou des créatures virtuelles déshumanisées de Francis Lawrence ?) et les références politiques directes, The Last Man on Earth résistera bien mieux aux ravages du temps que ses collègues ; sa portée demeurant à jamais appropriée, quelque soit l'époque, s'appliquant aussi bien aux dérives du maccarthysme d'après-guerre qu'à celles de la lutte anti-terrorisme post-11 septembre 2001...


Pour voir d'autres chroniques de films : cliquez-ici


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Oreo33 19/07/2008 13:26

Pas vu mais je vais me jeter fissa sur le bouquin. Bcp d'admiration pour Vincent Price et les acteurs british de la Hammer Peter Cushing, Christopher Lee qui possèdent un charisme certains dans ce genre de film. Suffit de mater l'hommage que rend Joe Dante dans Gremlins 2.

Gilles Penso 18/07/2008 00:17

Merci pour le lien ! J'ai lu quelque part que Richard Matheson, en découvrant au cinéma LA NUIT DES MORTS-VIVANTS, s'était étonné de voir une adaptation officieuse de son œuvre sans avoir été prévenu de son existence. Romero lui-même m'a confié un jour qu'il envisageait son film comme une espèce de préquelle du roman "Je suis une légende", qui raconterait ce qui se passe sur terre avant qu'il n'y ait plus qu'un seul survivant.

Shin 19/07/2008 01:58



Bonsoir Gilles,

C'est amusant comme anecdote car j'ai toujours considéré, à titre purement personnel, La Nuit des morts-vivants comme une sorte de préquelle alternative au roman Je suis une
Légende. Faut croire que j'avais vu juste puisque c'était justement l'intention de Romero ! ^__^

Amicalement,

Shin.



Gilles Penso 17/07/2008 18:04

Malgré ses défauts, j'aime bien cette adaptation de Je suis une Légende. Il faut dire que Vincent Price porte une grande partie du film sur ses épaules.

Shin 17/07/2008 20:36



Bonsoir Gilles,

J'ai également une grande affection pour The Last Man on Earth qui, outre le fait d'être selon moi la meilleure adaptation officielle de Je suis une Légende, préfigure un peu ce que
sera, quatre plus tard, l'un des classiques du cinéma : La Nuit des morts-vivants (de loin la meilleure variation autour de l'histoire de Matheson).

Amicalement,

Shin.

PS: Comme je parcours régulièrement (et avec plaisir !) ton blog, je l'ai ajouté à mes favoris... -__ ^