Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
LA SHINÉMATHÈQUE

LA SHINÉMATHÈQUE

« La connaissance s'accroît en la partageant. »

Phénomènes

Phénomènes
Réalisé par M. Night Shyamalan, sorti le 11 Juin 2008
Titre original : The Happening

Avec Mark Wahlberg, Zooey Deschanel, John Leguizamo, Ashlyn Sanchez, Betty Buckley, Spencer Breslin, Robert Bailey Jr., Jeremy Strong ...

"Surgi de nulle part, le phénomène frappe sans discernement. Il n'y a aucun signe avant-coureur. En quelques minutes, des dizaines, des centaines de gens meurent dans des circonstances étranges, terrifiantes, totalement incompréhensibles. Qu'est-ce qui provoque ce bouleversement radical et soudain du comportement humain ? Est-ce une nouvelle forme d'attaque terroriste, une expérience qui a mal tourné, une arme toxique diabolique, un virus qui a échappé à tout contrôle ? Et comment cette menace se propage-t-elle ? Par l'air, par l'eau, ou autrement ? Pour Elliot Moore (Mark Wahlberg), professeur de sciences dans un lycée de Philadelphie, ce qui compte est d'abord d'échapper à ce phénomène aussi mystérieux que mortel. Avec sa femme, Alma (Zooey Deschanel, ils fuient en compagnie d'un ami, professeur de mathématiques (John Leguizamo), et de sa fille de huit ans (Ashlyn Sanchez). Très vite, il devient évident que personne n'est plus en sécurité nulle part. Il n'y a aucun moyen d'échapper à ce tueur invisible et implacable. Pour avoir une mince chance de survivre, Elliot et les siens doivent à tout prix comprendre la véritable nature du phénomène, et découvrir ce qui a déchaîné cette force qui menace l'avenir même de l'espèce humaine..."




Mon avis
(pas terrible) :
  



Si je voulais m'amuser à paraphraser le personnage de Clint Eastwood dans Le Bon, la Brute et le Truand, je dirais que le monde cinéphile se divise en deux catégories : ceux qui continuent de vénérer M. Night Shyamalan envers et contre tout, et ceux qui estiment que Le Sixième sens n'était qu'un formidable coup de chance de la part d'un réalisateur très surestimé. D'accord, j'exagère un peu (j'avais surtout envie de citer le film de Leone en fait ! ^__^), mais il est toutefois amusant de constater à quel point chaque nouveau film de M. Night Shyamalan déclenche son lot de polémiques entre les admirateurs et les détracteurs du réalisateur d'origine indienne. Pour ma part, j'admets volontiers être assez friand de son travail. De ce fait, même si je trouve qu'un film comme Sixième sens perd nettement en intérêt une fois son dénouement connu, je continue ainsi encore de l'apprécier avec un certain plaisir ; et ce bien que ma préférence aille plutôt pour un Incassable (une réflexion sur le mythe du super-héros absolument sublime) ou même Signes (bien que la fin soit regrettablement grotesque ; à trop vouloir tirer sur la corde du twist ending qui tue aussi...). D'ailleurs, si je fais exception de la semi-déception provoquée par Le Village (pas foncièrement mauvais, mais pas franchement à la hauteur de mes espérances) et le peu d'intérêt suscitée par La Jeune fille de l'eau (que je ne suis d'ailleurs pas parvenu à finir le soir de fatigue où j'ai commencé à le regarder), je reste assez attaché au cinéma de M. Night Shyamalan et à son approche tout à fait singulière du fantastique. Malheureusement – et alors que j'aurai vraiment voulu aimer ce film (ne saurait-ce que pour offrir un peu de contrepoids à toutes les critiques assassines qu'il a reçu), Phénomènes ne s'avère être rien de plus qu'un immense gâchis. Certes, la démarche du réalisateur de s'affranchir de l'éternel schéma narratif conduisant à conclure son long-métrage via une révélation inattendue (une spécialité dont il est passé – un peu à ses dépens – maître) est plus que louable. Seulement, bien qu'alléchant, le concept initial s'avère ici totalement sous-exploité.

En effet, alors que l'affiche annonce un insidieux
"Ne cherchez pas d'explications... Il est déjà trop tard." M. Night Shyamalan va s'empresser de faire l'exact contraire en donnant d'abondantes explications aux phénomènes dudit titre français au bout d'une demi-heure à peine de projection. Dès lors, si les premières minutes s'avèrent plutôt palpitantes avec la découverte de cet évènement déréglant étrangement le comportement des individus (on pense au film Invasion of the Body Snatchers de Don Siegel, et à ses nombreuses déclinaisons) et la présentation de cet héros ordinaire qui semble avoir bien du mal à comprendre sa compagne avant de s'affirmer progressivement comme un véritable chef de famille (on n'est pas loin du personnage de Tom Cruise dans La Guerre des Mondes de Steven Spielberg), les révélations délivrées hâtivement par le cinéaste bouleversent trop radicalement le long-métrage, en délaissant l'angoisse pure au profit d'une prise de conscience écologique maladroite, et déconcertent franchement. Car s'il est évident que c'est d'Alfred Hitchcock (et notamment  de l'un de ses plus fameux longs-métrages, Les Oiseaux, qui traite aussi de la revanche soudaine de la nature sur l'homme) que M. Night Shyamalan cherche à se rapprocher, le résultat ressemble regrettablement plus à une version scénarisée et malhabile d'un documentaire alarmiste sur le réchauffement climatique façon Une vérité qui dérange d'Al Gore. Combinaison hasardeuse entre film d'épouvante et brulôt politique, Phénomènes aurait sans doute été formidable dans les mains d'un John Carpenter ou d'un Joe Dante. Malheureusement,  M. Night Shyamalan saborde son propre film à partir du moment où il s'acharne à expliquer concrètement ce qu'il se passe ; rendant alors du même coup grotesque ce qui pouvait au prime abord passer pour terrifiant. Ce qui suit révèle quelques menus détails sur le film, mais rien de crucial à mon sens (la bande-annonce et la trame scénaristique elle-même laissant entrevoir tout cela assez rondement).

Phénomènes
"La mort est un bouquet de violettes..." (air connu)

En ce qui concerne la terreur à proprement parlé, si le concept pouvait aisément tenir la route sur la durée, la façon dont M. Night Shyamalan s'en empare n'a rien de franchement ex­cep­tion­nelle ; quand elle ne prête tout simplement pas à rire. Le réalisateur a ainsi beau essayer de multiplier les effets pour créer une peur artificielle (comme avec la scène de la balançoire ou celle avec la poupée sur le lit), la plupart de ses tentatives tombent à l'eau (même si le passage avec les habitants hostiles enfermés dans une vieille maison demeure cependant assez intense). De fait, on a vraiment bien du mal à percevoir cette nature comme une véritable menace, tant il peine à rendre palpable la dangerosité supposée de cet environnement pour l'homme (parce que bon, le vent qui fait bouger des brins d'herbe dans une prairie verdoyante, on a déjà connu plus flippant...). Il faut dire aussi que son traitement mélodramatique du suspense frôle aussi assez souvent le ridicule. À ce titre, je citerai surtout la scène où Mark Wahlberg  se prend pour Francis Lalanne et se met à parler avec une plante... Si le caractère humoritisque de la séquence est vraisemblablement voulu, celle-ci n'en demeure pas moins pathétique pour autant. Concernant l'horreur à présent, le réalisateur semble déjà plus à l'aise, et certains passages restent plutôt réussis : comme les suicides en cascade sur le chantier et surtout cette vision caucharmadesque de rues parsemées de pendus (un beau moment d'effroi qui glace le dos sans en faire trop, un peu à la manière de Sixième sens d'ailleurs où l'on retrouvait déjà une séquence similaire dans une école). D'un point de vue purement esthétique, le fabuleux plan-séquence du début avec le flingue passant de main en main est franchement réussi (malgré le caractère un peu grotesque de ce passage). De manière générale, Phénomènes est de toute façon plutôt bien filmé (et doté d'une bande son très agréable du fidèle James Newton Howard). Malheureusement encore, le réalisateur se laisse trop souvent aller à des débordements de brutalité aussi gratuits qu'inutiles. Certes, il semblerait que la Fox ait encore fait des siennes en incitant M. Night Shyamalan à être visuellement plus explicite, mais rien ne l'obligeait non plus à bêtement obéir...

Le cinéaste,  qui avait si pertinemment su éviter le voyeurisme gore dans ses précédentes réalisations (notamment dans Sixième sens où la suggestion s'était avérée particulièrement efficace), tombe ici dans une complaisance morbide assez déroutante. D'accord, la violence de certains passages (avec la tondeuse à gazon notamment) aura de quoi satisfaire l'appétit sanguinaire d'un public en manque d'adrénaline qui se ruent dans les salles à chaque nouvelle opus de la saga horrifique déclinante Saw et jubilent rien qu'à l'idée de voir des suicides en direct. Néanmoins, cette complaisance dessert aussi complètement le film qui, du coup, prend les oripeaux d'un avatar navrant de Destination Finale à tendance snuff-movie (je pense notamment au passage outrancièrement grand-guignol, incroyablement grotesque et surtout franchement pathétique dans le zoo). Davantage de subtilité n'aurait vraiment pas été superflu en lieu et place de ces excès de tripaille déplacés, et même totalement contre-productifs. Alors que le film devrait plutôt susciter la peur ou une relative prise de conscience, il donne ainsi plus souvent envie de rire... à ses dépens. Bien qu'extrêmement violentes par moment, les morts font effectivement plus dans le comique involontaire qu'autre chose (on pourrait aussi citer ce risible défenestrage à répétition dont le seul intérêt semble être de se débarrasser d'un personnage devenu trop encombrant). Pour le reste, les comédiens font ce qu'ils peuvent avec les dialogues insipides qu'on leur fait débiter et une direction d'acteurs aux abonnés absents. On retiendra quand même le sous-exploitée John Leguizamo (qui, comme souvent, tire  remarquablement son épingle du jeu) et l'attachante Zooey Deschanel (visiblement plus inspirée que Mark Wahlberg, qui peine franchement à convaincre là où un Thomas Jane avait excellé dans le pourtant inégal The Mist). Doté de personnages inintéressants et peu crédibles (tiens, et si je sortais au grand air le visage nu au lieu d'au moins essayer de me protéger les voies respiratoires à l'aide d'un tissu ?), Phénomènes s'avère de surcroît un brin longuet (la fin s'est fait attendre, j'aurai juré que le film durait une demi-heure de plus !) avant de s'achever dans un pseudo happy end miraculeux dégoulinant de sentimentalisme déplacé (au vu du message prôné tout le long) et tout à fait inutile (si on en croit la dernière image). En bref : un beau gâchis. Réalisé de mains de maître il est vrai... mais un beau gâchis quand même !
 
Films de M. Night Shyamalan chroniqués ici : After Earth ; Phénomènes


Pour voir d'autres chroniques de films : cliquez-ici

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article

Wilyrah 15/09/2009 11:57

Quelle mauvaise mise en scène, quelle terrible direction d'acteurs, quelle manque de talent ! C'est consternant. Ce film avait tout pour être une réussite, mais finalement le meilleur est dans la bande-annonce. Le dénouement ne vaut rien. Comme ce film. Cela faisait un moment que je n'attendais plus rien de Chiant-malin, j'ai voulu retenter le coup avec ce film. J'ai eu bien tort. J'ai perdu 2h de ma vie. Et même la présence de la sublime Zooey ne compense pas.

Gaeru 28/07/2009 18:58

Salut shin =)Une grosse deception pour moi ce "phénomènes" bien que depuis signes, je trouve que le réalisateur s'enfonce un peu plus à chaque film. En tout cas ce film là ne restera pas dans ls annales et les passages gores inutile sont preuve d'un manque d'imagination ( tout comme l'a était la fin grotesque de "signes", seul point noir du film à mon sens ). En tout cas, comme tu le dit John Leguizamo est terriblement sous exploité. Je l'avais beaucoup apprecier dans "roméo + juliette" et carrément excellent dans "moulin rouge". la belle Zoey Deschanel est un régal pour les yeux et Mark Wahlberg se la joue un peu trop Matt Damon et devrais sérieusement revoir ces choix... Bye =)

tinalakiller 19/07/2009 15:19

même si le film n'est pas parfait, j'ai bien aimé ce film ...

Wilyrah 19/07/2009 13:25

Comme d'hab avec Chiant-malin, c'est plat, mal joué...

Djemaa 18/07/2009 15:18

 Bon week-end et bises drômoises, Pascal.