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LA SHINÉMATHÈQUE

LA SHINÉMATHÈQUE

« La connaissance s'accroît en la partageant. »

After Earth

After EarthRéalisé par M. Night Shyamalan, sorti le 5 juin 2013            
            
Avec Jaden Smith, Will Smith, Sophie Okonedo, Zoë Kravitz, Isabelle Fuhrman, David Denman, Lincoln Lewis, Glenn Morshower ...

"Après un atterrissage forcé, Kitai Raige (Jaden Smith) et son père, Cypher (Will Smith), se retrouvent sur Terre, mille ans après que l’humanité a été obligée d’évacuer la planète, chassée par des événements cataclysmiques. Cypher est grièvement blessé, et Kitai s’engage dans un périple à haut risque pour signaler leur présence et demander de l’aide. Il va explorer des lieux inconnus, affronter les espèces animales qui ont évolué et dominent à présent la planète, et combattre une créature extraterrestre redoutable qui s’est échappée au moment du crash. Pour avoir une chance de rentrer chez eux, père et fils vont devoir apprendre à œuvrer ensemble et à se faire confiance…..."

               


Mon avis
 
(bien) :
    

 

 

Si l'on met de côté les deux premiers longs-métrages du réalisateur, Praying with Anger et Wide Awake (que je n'ai de toute façon pas vu – comme presque tout le monde j'ai envie de dire – et que j'éviterai donc soigneusement de juger), la carrière M. Night Shyamalan pourrait se résumer en deux périodes très distinctes : la glorieuse – composée des solides Sixième Sens, Incassable (pierre angulaire de son œuvre), Signes et Le Village (même si ce dernier montrait déjà quelques signes de fatigue) – et la honteuse – amorcée par l'épouvantable La Jeune fille de l'eau, puis poursuivie par le ratage monumental de Phénomènes, jusqu'au catastrophique navet Le Dernier Maître de l'Air. De plus en plus éreinté par la critique (qui le trouvait déjà un poil roublard lors de sa période glorieuse) et progressivement abandonné par la majorité de son public à mesure qu'il enchaînait foirage sur plantage (y compris parmi les plus indulgents), le pourtant prometteur cinéaste d'origine indienne semblait donc condamné à n'être plus que l'objet d'une raillerie permanente quant à savoir si son nouveau projet parviendrait à faire pire encore que le précédent. Passant ainsi du statut de réalisateur de premier rang à celui de has been n'ayant plus vraiment la côte (son nom apparait d'ailleurs à peine sur l'affiche de After Earth, là où ses précédents long-métrages essayaient encore de capitaliser sur le prestige qui y était encore associé), M. Night Shyamalan a donc dû logiquement accepter de faire d'importants compromis pour continuer à exister au sein de la grosse machinerie hollywoodienne. Sans le concours de Will Smith, superstar internationale, dont le seul nom suffit à monter un film, il est donc plus que probable que le réalisateur n'aurait pas aussi rapidement été associé à un projet aussi ambitieux que celui-ci. Nanti d'un budget plus que confortable de 130 millions de dollars (soit à peine 20 millions de moins que Le Dernier Maître de l'Air ; le plus important du réalisateur), After Earth doit effectivement son existence à la seule volonté de l'interprète iconique du Prince de Bel-Air     

  

Cherchant à booster la carrière de son fils Jaden (avec lequel il avait déjà partagé l'affiche de À la recherche du bonheur), Will Smith a donc imaginé les bribes d'une histoire mettant en scène un père et son fils isolés dans une région hostile après un accident de voiture, et dans laquelle le fils aurait alors dû se battre pour trouver du secours et ainsi sauver son père. Produisant le long-métrage via sa société Overbrook Entertainment, c'est aussi lui qui fit appel au scénariste Gary Whitta (Le Livre d'Eli) pour écrire un premier traitement (on lui doit notamment l'orientation science-fictionnelle prise par l'histoire), puis également lui qui approcha M. Night Shyamalan pour qu'il mette en images cet écrin de luxe pour son bien-aimé rejeton. De fait, bien que participant lui-aussi à la production du film via sa société Blinding Edge Pictures, et même s'il a aussi pu retravailler assez librement le premier traitement de Gary Whitta en collaborant avec le talentueux scénariste Stephen Gaghan (L'Enfer du devoir, Traffic, et Syriana qu'il a également mis en scène), le réalisateur de Incassable dut malgré tout se plier à certaines contraintes imposées par Will Smith lui-même. Ainsi, l'inoubliable Men In Blacken plus de se mettre volontairement en retrait pour permettre au fiston d’être la vraie vedette du métrage – exigea surtout de pouvoir librement diriger son fils. Seulement, si Will Smith n'est peut-être pas le meilleur directeur d'acteurs qui soit, After Earth souffre aussi du déficit évident d'expérience, et de prestance, de Jaden Smith. Car si sa prestation dans le remake de Karaté Kid était plutôt plaisante, son rôle était déjà plus léger (misant surtout sur sa bouille sympathique et son énergie) et n'avait clairement pas l'envergure de celui qu'il campe ici. Visiblement peu à l'aise, le jeune acteur fait preuve d'un jeu trop hésitant trouvant rapidement ses limites ; ce qui est d'autant plus flagrant lors des passages où il partage l'écran avec son charismatique de père (dont l'interprétation minimaliste tout en retenue s'accorde particulièrement bien avec l'austérité placide caractérisant son personnage).
               
       

After Earth
         « N'ayez pas peur. » Jean-Paul II, scientologue malgré lui.       

            

Toutefois, ce problème évident ne suffit pas non plus à gâcher totalement un film qui, en dehors de cela, ne manque pas de qualités ; en dépit des critiques assassines ayant accompagné sa sortie. À commencer par les idées sectaires que véhiculerait After Earth. Soupçonné d'être affilié à l'Église de la Scientologie depuis que sa femme et lui ont investi plusieurs centaines de milliers d'euros dans New Village Leadership Academy, une école dans laquelle sont scolarisés leurs enfants et dont certains concepts pédagogiques seraient donc influencés par les travaux de Ron Hubbard, Will Smith n'échappe pas aux sempiternels reproches que reçoivent systématiquement les superstars du box-office un peu trop proches de cette organisation/religion/secte controversée (John Travolta en a souvent fait les frais, et pas un seul film de Tom Cruise ne sort sans qu'on ne finisse par évoquer la Scientologie). Pour certains, cette quête initiatique – dont l'objectif est de permettre au jeune héros de contrôler sa peur pour enfin parvenir à libérer son potentiel (comme l'illustre d'ailleurs l'accroche de l'affiche « Le danger est réel. La peur est un choix. ») – s'inscrit complètement dans la pensée scientologue. Ce qui n'est pas tout à fait inexact puisque, à l'instar du film, la dianétique de Ron Hubbard s'appuie effectivement sur la maîtrise de l'esprit sur le corps et, par conséquent, sur la faculté de l'homme à contrôler ses sentiments pour devenir quelqu'un de "meilleur". Cela dit, ce genre de philosophie n'est absolument pas propre à la Scientologie. Auteur de science-fiction avant même devenir le fondateur de sa fameuse Église, Ron Hubbard n'a finalement fait que reprendre l'un des archétypes classiques du genre. Equilibirum de Kurt Wimmer (sorti en 2003) évoque aussi le sujet avec le fameux Prozium mis au point par les autorités pour lutter contre les émotions jugées comme "néfastes" pour l'homme. De la même façon, la description de ces "citoyens" inflexibles ou que l'on a plutôt conditionnés à le devenir et considérés comme supérieurs dans le roman Étoiles, garde-à-vous ! de Robert A. Heinlein (librement adapté au cinéma en 1997 via le mémorable Starship Troopers de Paul Verhoeven) n'est pas non plus sans rappeler cette doctrine. Pour quelqu'un ne connaissant pas la Scientologie, cet aspect est donc moins prosélytique que spirituel (du christianisme au bouddhisme, de nombreuses religions y font référence), voire même purement fictionnel (après tout, ça reste surtout un produit de divertissement).

 

D'autant que After Earth demeure, malgré tout, une œuvre purement shyamalanienne pouvant s'appréhender comme un prolongement logique des thématiques propres au cinéastes. Le long-métrage est ainsi traversé d'aspirations écologistes évidentes – avec cette revanche de la nature sur l'homme (contraint de fuir une Terre devenue totalement inhospitalière) en toile de fond – qui ne sont pas sans rappeler les questionnements de  Phénomènes et La Jeune fille de l'eau (en nettement moins indigeste). On retrouve aussi cette angoisse viscérale face à l'inconnu, notion fondamentale chez Shyamalan (Sixième Sens, Signes, Le Village), tout comme la nécessité pour ses héros de se surpasser, et de comprendre véritablement qui ils sont (que ce soit dans Sixième Sens encore, Incassable, et à plus forte raison ici). Et surtout, la foi est là encore totalement omniprésente et centrale. C'est la foi qui fait avancer le héros tout comme elle faisait avancer ceux de Signes, Le Village, La Jeune fille de l'eau ou Phénomènes. Par certains aspects, After Earth est d'ailleurs presque l'aboutissement naturel de Phénomènes (que je n'aime pourtant pas du tout), tant les thématiques sont proches (avec un soupçon de Signes pour la partie extraterrestre). Les hommes n'ont pas su/voulu écouter la colère grandissante de la nature et ils en paient désormais le prix fort (la Terre étant désormais totalement inhabitable pour l'homme). On peut également faire un lien certain entre ce film, où un père aide son fils à atteindre son potentiel, et Incassable, où c'était précisément l'inverse. De fait, même si l'emprise de Will Smith a forcément influencé le résultat final, After Earth reste bel et bien un film de M. Night Shyamalan. On retrouve d'ailleurs tout l'esprit du cinéaste dans cette façon dont il prend le temps de poser son histoire, avec des mouvements de caméra amples et un rythme mesuré. Et si certains trouveront sans doute que le film est trop lent, le résultat est tout à fait fidèle au cinéma de son auteur. Mieux, à l'ère de ces blockbusters soumis au diktat du montage cut et du cadrage branlant, il est plus qu'appréciable que le réalisateur se permettre de laisser ainsi respirer ses plans, sans avoir besoin d'user de caméra portée hésitante ou de découpage épileptique. Globalement, After Earth reste un très beau film – M. Night Shyamalan n'avait sans doute pas été aussi inspiré depuis Le Village –  et n'est pas non plus dénué de véritables moments de bravoure ; comme le passage du vol plané par exemple que j'ai trouvé remarquablement bien chiadé.

                         

After Earth
                   Qu'a raté, l'kid ?      

 

Bien sûr, l'une des raisons qui fait que After Earth demeure un blockbuster nettement plus beau que la majorité des productions du genre tient aussi dans l'emploi quasi systématique de décors naturels somptueux. Ce qui donne assurément une belle authenticité au film (censé être, malgré tout, une fable écologiste), ainsi qu'un cachet certain. Cette volonté de mettre en avant la nature se retrouve également dans l'aspect résolument organique des vaisseaux (épurés des éléments les plus métalliques ou électroniques), tout comme dans la tenue évolutive portée par le héros (conçu en s'inspirant du fonctionnement de la carapace du scarabée-tortue dont la couleur traduit notamment l'état de santé). J'ai vraiment apprécié la manière dont les différentes combinaisons de celle-ci ont été exploitées durant le film, et j'ai d'ailleurs trouvé sincèrement dommage qu'il n'en soit pas de même concernant la lance multifonctionnelle (dont les capacités semblaient pourtant tout aussi prometteuses). Du côté des regrets, j'aurais également souhaité que les menaces de la Terre soient plus largement développées. On nous dit à un moment donné que toutes les créatures vivant sur la planète ont évolué de manière à tuer l'homme. Mais, on ne voit finalement pas grand chose. Ce qui est assez frustrant, compte-tenu les perspectives que cela offrait (le passage avec la sangsue est d'ailleurs plutôt bien foutu de ce côté-là). Pareillement, même si c'était son souhait, Will Smith demeure bien trop peu présent alors que, en quelques minutes introductives assez efficaces, on avait pu constater la classe folle de son personnage (qui aurait sans nul doute mérité un film à lui seul). Enfin, comme souvent avec M. Night Shyamalan, on n'échappe pas non plus à quelques passages naïfs un brin ridicule venant inutilement perturber le bon fonctionnement du long-métrage ; à l'instar de celui avec l'aigle (qui aura fait rire pas mal de monde dans la salle). Toutefois, malgré d'évidents défauts et maladresses, After Earth reste tout de même un film éminemment sympathique.

 

Alors que je suis loin d'être un fervent défenseur du bonhomme – dont je n'adore vraiment que Incassable (ses autres films étant trop souvent inégaux, sans parler des plus mauvais) – et même si je reconnais sans problème que After Earth est objectivement imparfait (les effets numériques des primates sont peu concluants, le film n'exploite pas suffisamment son environnement hostile, Jaden Smith n'avait sans doute pas les épaules pour un projet de cette envergure), je ne comprends pourtant pas pourquoi il génère un tel rejet. Après avoir enquillé daube sur daube depuis plusieurs années, After Earth reste quand même ce que M. Night Shyamalan a fait de mieux depuis Le Village. Certes, le film ne renouvelle en rien le genre (je lui ai même préféré Oblivion dont j'avais trouvé la conception graphique plus séduisante), mais j'ai tout de même largement vu pire (ne serait-ce que depuis le début de l'année). En fait, c'est comme si, à cause de deux ou trois ratages, M. Night Shyamalan n'était désormais plus capable de rien (ce qui me rappelle fortement le cas Luc Besson, dont on semble avoir également oublié l'excellent cinéaste qu'il est capable d'être). Et comme en plus, il y a Will Smith dedans, avec son fiston, j'ai l'impression qu'on s'en donne d'autant plus à cœur joie contre un film, inégal mais honnête, qui n'en méritait sans doute pas tant. Franchement si, comme j'ai pu le lire ici ou là, After Earth est le plus mauvais blockbuster de l'année (ce n'est pas comme si on s'était coltiné R.I.P.D. Brigade Fantôme en 2013),  je ne vois vraiment pas de raison de m'en plaindre... Il nous reste de la marge !
 


Films de M. Night Shyamalan chroniqués ici : After Earth ; Phénomènes


 Pour voir d'autres chroniques de films : cliquez-ici 

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