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LA SHINÉMATHÈQUE

LA SHINÉMATHÈQUE

« La connaissance s'accroît en la partageant. »

Texas Chainsaw 3D

Texas Chainsaw 3DRéalisé par John Luessenhop, sorti le 31 juillet 2013

Avec Alexandra Daddario, Tania Raymonde, Trey Songz, Scott Eastwood, Paul Rae, Dan Yeager, Bill Moseley, Gunnar Hansen ...

"Après le massacre de ses quatre amis, Sally était parvenue à échapper à l’épouvantable famille Sawyer. Les habitants de la petite ville de Newt, au Texas, avaient décidé de faire justice eux-mêmes, brûlant la maison de cette famille maudite et tuant tous ses membres. C’est du moins ce qu’ils crurent à l’époque... Bien des années plus tard, à des centaines de kilomètres de là, une jeune femme, Heather (Alexandra Daddario), apprend qu’elle vient d’hériter d’un somptueux manoir victorien, léguée par une grand-mère dont elle n’avait jamais entendu parler. Accompagnée de ses meilleurs amis, elle part découvrir la magnifique propriété isolée dont elle est désormais propriétaire. Heather va vite comprendre que du fond des caves, l’horreur n’attend qu’une occasion pour surgir..."


   
Mon avis (bien) : 
   


   
En 1974, le réalisateur Tobe Hooper terrorisait le monde entier avec un petit film indépendant qui n'allait pas tarder à devenir culte : Massacre à la tronçonneuse. Depuis, trois suites ont été réalisées (en 1986, 1990 et 1994) ; avec une qualité sans cesse décroissante. Ce n'est qu'à la sortie du remake réalisé par Marcus Nispel en 2003 du long-métrage original que la franchise a enfin pu retrouver un nouveau souffle et que l'engouement pour le personnage de Leatherface a été relancé. Ce film produit par Michael Bay ayant effectivement été un très beau succès critique et commercial, une suite fut rapidement envisagée et un préquel, alors réalisé par Jonathan Liebesman, vit finalement le jour en 2006. Pendant plusieurs années, il fut d'ailleurs question d'une séquelle qui se serait inscrite dans la lignée de cette nouvelle franchise et qui aurait alors fait suite au long-métrage de Marcus Nispel. Étant un véritable amateur de ce remake, je reconnais que l'idée avait de quoi me plaire. Malheureusement, les producteurs craignant que le projet soit trop coûteux (Jessica Biel n'aurait peut-être  pas été si facile que ça à faire revenir), il a finalement été décidé que ce nouveau Massacre à la tronçonneuseécopant d'un budget inférieur à 10 millions de dollars contre les 16 millions du précédent opus – serait plutôt conçu comme étant le prolongement naturel de l'original réalisé Tobe Hooper. Idée curieuse certes, peut-être aussi un peu bancale, mais toutefois pas totalement dénuée d'intérêt non plus, cette volonté de donner une suite directe au film de Tobe Hooper – en effaçant d'un revers de la main l'ensemble des séquelles déjà existantes  impose d'entrée de jeu une certaine largesse d'esprit de la part du spectateur.

Le scénario de ce nouveau volet ne s'embarrasse en effet pas d'une très grande rigueur d'écriture. Il vire même assez souvent dans le gros n'importe quoi. Ceci étant dit, cet aspect a toujours fait partie intégrante de cette saga (qui n'a franchement pas attendu ce volet pour verser dans le ridicule et le grotesque). Quoi qu'il en soit, le projet réalisé par John Luessenhop frappe tout d'abord par sa volonté indéniable de rendre un hommage respectueux au film fondateur du réalisateur de Poltergeist ; le prologue de Texas Chainsaw 3D présente d'ailleurs un rapide résumé du long-métrage de Tobe Hooper (à base d'images directement reprises de son propre film) avant de s'achever par le massacre intégral de la famille Sawyer (à l'exception du mythique bourreau donc et d'un bébé). Durant ce passage, il est amusant de noter la présence de plusieurs acteurs du Massacre à la tronçonneuse original. On y voit tout d'abord le légendaire Gunnar Hansen – qui fut le premier à porter le masque à peaux humaines de Leatherface – interpréter ici le Boss Sawyer. Et c'est justement son personnage qui, pour tenter de sauver sa famille, promet au shérif de livrer Leatherface (le condamnant dès lors à une mort inéluctable). Ce qui ne manque vraiment pas d'ironie, convenons-en. On peut également apercevoir Bill Moseley – mémorable Chop Top dans Massacre à la tronçonneuse 2 (et que les amateurs du genre connaissent bien aussi pour son interprétation de Otis Driffwood dans La Maison des 1 000 morts et The Devil's Rejects) – camper le vieux Drayton Sawyer (sa ressemblance avec l'acteur Jim Siedow, à présent décédé et qui incarnait le personnage dans les deux premiers films, est frappante). Enfin, il n'est certainement pas anodin non plus que le rôle de la grand-mère Sawyer (celle qui lègue donc l'héritage de la famille à l'héroïne) soit justement incarné par Marilyn Burns (qui jouait Sally Hardesty, la victime pourchassée par Leatherface dans l'original de Tobe Hooper). Ce passage de flambeau est éminemment emblématique.

Texas Chainsaw 3D
L'héritière de la violence.

En effet, le fait que ça soit précisément l'héroïne du film de Tobe Hooper qui transmette le fardeau à celle du film de John Luessenhop permet tout d'abord d'imposer une certaine continuité logique. Ce bébé sauvé in extremis du massacre présenté en prologue (et pensé comme le prolongement naturel du premier opus) se retrouve donc ainsi, des années plus tard, être de nouveau face à l'éventualité (plus qu'évidente) d'un nouveau massacre impliquant sa famille. Il convient néanmoins de noter ici une incohérence frappante. En effet, le long-métrage de Tobe Hooper est censé se dérouler en 1973 (date de son tournage), et celui-ci en 2012 (une tombe indique d'ailleurs l'année). Pourtant, même si son âge n'est jamais précisé, il paraît évident que la jeune Heather  que l'on voit ici est plus proche de la vingtaine que de la quarantaine (Alexandra Daddario avait 26 ans au moment du tournage). Situer le film une dizaine d'années plus tôt aurait tout de même été nettement plus judicieux et n'aurait, qui plus est, rien changer de franchement fondamental à ce nouveau film. Toutefois, si l'on fait l'effort de faire abstraction de cette chronologie pour le moins approximative, Texas Chainsaw 3D demeure un divertissement horrifique qui remplit parfaitement son cahier des charges. Et dès lors, on ne peut que difficilement se laisser surprendre par l'accumulation de personnages caricaturaux, de situations convenues, de courses-poursuites absurdes et d'autres outrances sanguinolentes exubérantes.

Les filles (les très jolies Alexandra Daddario et Tanya Raymonde) y sont foutrement sexy (la jeune actrice de la série Malcolm a remarquablement changée !), le second degré appréciable (avec toujours ces mêmes couillons se vautrant la gueule quand il ne faut pas et leurs comportements imbéciles) et les scènes de meurtres particulièrement bien troussées. Pour son premier long-métrage, John Luessenhop livre une réalisation efficace tout à fait adaptée au genre et qui, surtout, ne trahit pas le travail de Tobe Hooper (le choix des angles, l'utilisation des focales, le traitement photographique, tout comme la tessiture des bruitages employés lui conférant une atmosphère assez similaire et, une fois encore, très respectueuse de son modèle).  En outre, le réalisateur se permet quelques idées de mises en scène assez réjouissantes (comme le passage entièrement filmé par le policier) et une utilisation ludique de la 3D (renforçant le côté diablotin sortant de sa boîte de Leatherface, prêt à surgir de n'importe quel endroit de l'écran, voire  même à en bondir) ; et ce bien que celle-ci ne soit pas d'une utilité criante (je m'en suis d'ailleurs très bien passé). Mais, là où Texas Chainsaw 3D surprend le plus, c'est lors de sa seconde partie qui voit le film d'horreur initial basculer dans la pure tragédie familiale. Ce qui va suivre dévoile certains éléments clés de l'intrigue (libre donc à vous de poursuivre).

Texas Chainsaw 3D
  Dans les griffes de la tronçonneuse rouge.

Car s'il est vrai que ce retournement de situation aurait pu être amené de manière un peu plus subtile, il n'en demeure pas moins tout à fait cohérent avec la volonté initiale de Tobe Hooper. Dans le documentaire Texas Chainsaw Massacre: The Shocking Truth de David Gregory, le cinéaste expliquait d'ailleurs que Leatherface n'était pas un vulgaire tueur sanguinaire et cruel. Selon lui, c'est avant tout « grand bébé (...) sévèrement attardé et dérangé mentalement » qui tue surtout pour défendre sa famille ou lorsqu'il se sent lui-même menacé. Le réalisateur du Crocodile de la mort insistait d'ailleurs sur le fait que, dans le premier film, Leatherface était surtout terrorisé par tous ces inconnus pénétrant dans sa maison ; sa réaction violente n'étant donc pas alors la pure expression de pulsions sadiques. Il se contente même bien souvent de simplement obéir aux ordres que lui donne sa famille de cannibales dérangés, autoritaires et violents (y compris à son égard). Les intentions de John Luessenhop – expliquées dans le dossier de presse – se trouve donc être parfaitement cohérentes avec celles de Tobe Hooper : « Autrefois simple instrument de violence, (Leatherface) cherche aujourd’hui à se venger de ceux qui ont massacré sa famille. C’est le dernier ordre qu’on lui ait donné, il a donc passé plusieurs décennies à réfléchir pour mener à bien cette mission. » Si le démarrage du film évoquait déjà le cinéma de Rob Zombie (grand admirateur de Tobe Hooper) avec cet assaut de la maison Hewitt évoquant fortement l'ouverture de The Devil's Reject, cette évolution narrative n'est alors pas sans rappeler la relation confuse entre le monstrueux Michael Myers et sa sœur Laurie dans sa relecture du Halloween de John Carpenter.

En définitive, malgré une écriture bancale qui aurait gagnée à être plus rigoureuse (la personnalité du Shérif Hooper est trop nébuleuse et le personnage de Heather assez mal construit), le scénario de Texas Chainsaw 3D s'avère plutôt intéressant et son traitement de la figure mythique de Leatherface particulièrement pertinent. Et si ma note peut s'avérer un brin généreuse, elle s'inscrit surtout en réaction au flot de critiques assassines reçues par ce film, et que je trouve pour le moins exagérées. Effectivement assez peu original en tant que slasher horrifique à proprement parlé (se contentant de reproduire tous les clichés du genre), le long-métrage de John Luessenhop gagne toutefois sensiblement en intérêt lorsqu'il s'engage dans la voie de la tragédie macabre, jusqu'à cette conclusion inattendue (dans le genre) et qui n'est d'ailleurs pas dénuée d'une certaine fatalité mélancolique appréciable. Et puis, il n'est pas désagréable non plus de voir le joli minois de Alexandra Daddario ailleurs que dans la peu passionnante franchise Percy Jackson...

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