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LA SHINÉMATHÈQUE

LA SHINÉMATHÈQUE

« La connaissance s'accroît en la partageant. »

20th Century Boys – Chapitre 1

20th Century Boys – Chapitre 1Réalisé par Yukihiko Tsutsumi, sorti le 14 janvier 2009
Titre original : 20-Seiki Shonen : Honkaku Kagaku Bôken Eiga
                            
Avec Toshiaki Karasawa, Takako Tokiwa, Etsushi Toyokawa, Teruyuki Kagawa, Hidehiko Ishizuka, Takashi Ukaji, Hiroyuki Miyasako, Kuranosuke Sasaki ...

"1969 : Kenji (Toshiaki Karasawa) et sa bande de copains passent leurs vacances d'été à rêver de l'exposition universelle d'Osaka et à s'inventer un scénario catastrophe de fin du monde depuis une base secrète improvisée dans un terrain vague. À cette époque, Kenji voulait devenir une rock star et sauver l'humanité. 1997 : Kenji aide sa mère dans la supérette de quartier tout en jouant la baby-sitter pour sa nièce Kanna. Ses rêves de gamin resurgissent lorsque la police le questionne sur une mystérieuse organisation dont le symbole serait identique à celui inventé dans le "cahier des prédictions" de sa bande lorsqu'il était enfant. Le compte à rebours commence, la fin du monde est proche..."                




Mon avis
 
(pas mal) :
  


 
 
Avec près de 30 millions d'exemplaires vendus dans le monde, le succès de 20th Century Boys a très largement dépassé les frontières nippones. Rapidement érigé au rang d'œuvre culte et salué tant par la richesse de son récit (dans lequel intervient une bonne dizaine de personnages principaux) que par la complexité de sa narration (avec de nombreux aller-retour chronologiques s'étalant sur plus de cinquante ans), le manga de Naoki Urasawa évoque autant le roman Ça de Stephen King (où un groupe d'amis devenus adultes doit également se réunir à nouveau pour combattre un être démoniaque issu de leur enfance) que la série LOST de J.J. Abrams, Damon Lindelof et Jeffrey Lieber (qui possède une structure narrative à base de flash-backs et flash-forwards similaire, une même aura de mystère fantastique ancrée dans une réalité tangible... et un final tout aussi contesté). Immense succès commercial et critique (Prix de la meilleure série au festival d'Angoulême en 2004), l'aventure 20th Century Boys a rapidement été envisagée sous forme d'adaptation live, mais la densité de l'œuvre imaginée par Naoki Urasawa (24 tomes) n'a pas franchement rendu la chose facile. Plusieurs années de développement, un budjet colossal de 6 milliards de yens (soit 60 millions de dollars, un record dans l'histoire du cinéma nippon), près de trois cents acteurs, des milliers de figurants et un tournage international (de Tokyo à New York, en passant par Londres, Paris, Rome ou encore Pékin) ont donc été nécessaires pour donner naissance à la plus ambitieuse trilogie cinématographique qu'ait connu le Japon, et ainsi espérer ne pas décevoir les nombreux fans du manga original ; en proposant sur grand écran un spectacle qui soit à la hauteur de leurs exigences.
 
Pour élaborer ce premier film, Yukihiko Tsutsumi a clairement cherché à brosser les fans dans le sens du poil en s'efforçant de rester le plus fidèle possible à l'œuvre de Naoki Urasawa, quitte à la « copier de manière parfaite plutôt que de l'arranger avec (ses) propres idées ». Il assume d'ailleurs parfaitement le fait de s'être « servi du manga comme story-board » et d'avoir « même imité les angles de vue de chaque planche ». Le réalisateur ne s'est d'ailleurs pas seulement contenté de calquer sa mise en scène sur le manga original, car les différents choix de casting semblent également découler de cette même volonté. Ainsi, les acteurs sélectionnés ressemblent souvent trait pour trait à leur modèle de papier ; c'est notamment le cas de Etsushi Toyokawa (Otcho), Teruyuki Kagawa (Yoshitsune), Hiroyuki Miyasako (Croa-Croa) encore Hidehiko Ishizuka (Maruo). Cette obsession de mimétisme se retrouve encore dans le choix des jeunes comédiens (à l'apparence très proche de leur version adulte et dont le rendu passé/présent/futur est aussi saisissant que dans la série télévisée Cold Case qui fonctionne souvent sur le même principe), mais aussi dans la manière dont les décors (le konbini de Kenji, l'échoppe de la vieille dame, la base secrète...), tout comme les costumes et autres objets (les différents masques de Ami, les tenues des protagonistes, le design du robot...), ont été reproduits quasiment à l'identique. Si les intentions de Yukihiko Tsutsumi restent louables en l'espèce, et que les amateurs de Naoki Urasawa s'amuseront sans doute de voir son manga prendre vie avec tel soucis (quasi-obsessionnel) de fidélité, l'exercice trouve rapidement ses limites et les quelques 2h20 du long-métrage se font rapidement ressentir...
       
20th Century Boys – Chapitre 1
               Television rules the Nation. (air connu)
 
Car si 20th Century Boys possédait un potentiel cinématographique indéniable, force est de constater que ce qui marchait parfaitement sur papier devient nettement plus laborieux en passant sur le grand écran. De fait, alors que la narration dynamique de Naoki Urasawa – effectivement très proche du story-board – permettait au manga de captiver le lecteur grâce à son rythme haletant, le film de Yukihiko Tsutsumi souffre a contrario d'un évident problème de tempo. S'attardant sur les 5 premiers tomes d'une série en comptant 24, ce premier long-métrage s'évertue donc surtout à présenter la situation d'ensemble, ainsi que les différents personnages y prenant part. Si l'histoire reste toujours aussi captivante pour le lecteur se remémorant avec nostalgie le plaisir éprouvé lors de la découverte du manga, la mise en scène impersonnelle de Yukihiko Tsutsumi est à la traîne. D'ailleurs, je ne suis pas persuadé que les néophytes trouvent tout cela très passionnant. La première 1h30 semble tourner au ralenti ; les interminables traveling verticaux du réalisateur, tout comme sa propension à abuser des cadres statiques – censés reproduire fidèlement les cases de la bande-dessinée –  ne faisant que renforcer un peu plus encore cette impression d'étirement inutile de l'intrigue. Et, à côté de ça, la dernière partie du film se trouve être bien trop expéditive et – pour qui ne connaît pas déjà l'histoire – pas franchement intelligible non plus. Il y a clairement un soucis d'équilibre structurel entre la (trop) longue phase introductive et cette conclusion très sommaire. De la même façon, si l'abondance de textes se trouvait justifiée par le caractère éminemment littéraire du manga, les couloirs de dialogues qui parsèment le long-métrage ne font qu'accroître à nouveau le sentiment de lassitude du spectateur.  En l'espèce, 20th Century Boy – Chapitre 1 s'apparente d'ailleurs davantage à un de ses drama – ces séries feuilletonnantes asiastiques proches du soap –de luxe un peu  ringard qu'on regarde d'un œil distrait pour passer le temps qu'à l'adaptation cinématographique ambitieuse espérée.
 
Le surjeu perpétuel des acteurs – convention courante du cinéma japonais – n'aide pas non plus le film à prendre de la hauteur ; trop de séquences émotionnelles cruciales étant tout bonnement gâchées par les visages grimaçants des acteurs (qui semble se contenter de reproduire avec plus ou moins de crédibilité les mimiques de leur double de papier ; et notamment Toshiaki Karasawa dont l'interprétation de Kenji est bien trop bouffonesque pour convaincre). En outre, si ce n'est le plaisir d'entendre l'indémodable tube de T-Rex – donnant son titre au manga (et donc au film) –  ou celui de découvrir enfin la fameuse chanson "Bob Lennon" de Kenji, il faut bien reconnaître que la bande originale illustrative de Ryomei Shirai est largement ratée et renforce, assez tragiquement, la très désagréable impression d'être davantage devant un téléfilm catastrophe de seconde zone que devant la plus grosse production du cinéma japonais (malgré des effets visuels globalement convaincants compte-tenu l'ampleur du projet et les moyens mis en place). Empêtré dans cette volonté servile de reproduire avec la plus grande fidélité l'œuvre originale de Naoki Urasawa et plombé par une direction artistique limitée (voire même parfois, un peu cheap), Yukihiko Tsutsumi ne parvient donc jamais à dépasser le strict cadre de l'illustration live respectueuse – mais complètement vaine – d'un manga qui lui reste, de toute façon, infiniment supérieur. 20th Century Boys – Chapitre 1 manque clairement ici d'une identité propre, d'une vision de cinéaste, d'une réelle ambition cinématographique, pour que cette adaptation filmée apparaisse comme tout à fait pertinente et suscite un réel intérêt cinéphilique (c'est pourquoi le choix de HBO consistant à confier la transposition télévisuelle de l'autre œuvre culte de Naoki Urasawa, Monster, à Guillermo Del Toro me parait déjà nettement plus judicieux).
 
 
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