Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
LA SHINÉMATHÈQUE

LA SHINÉMATHÈQUE

« La connaissance s'accroît en la partageant. »

20th Century Boys – Chapitre 2 : le dernier espoir

20th Century Boys – Chapitre 2 : le dernier espoirRéalisé par Yukihiko Tsutsumi, sorti le 26 août 2009
Titre original : 20-Seiki Shonen : Dai 2 Shô – Saigo No Kibôa
                            
Avec Etsushi Toyokawa, Takako Tokiwa, Airi Taira, Takashi Ukaji, Yusuke Santamaria, Naohito Fujiki, Fumiyo Kohinata, Kuranosuke Sasaki ...

"2015 : Quinze ans se sont écoulés depuis le Nouvel An Sanglant qu'Ami a fait subir au monde en suivant le cahier des prédictions de la Bande à Kenji. L'histoire officielle raconte que Kenji (Toshiaki Karasawa) et sa bande sont les terroristes à l'origine de cette apocalypse, tandis qu'Ami est vénéré dans le monde entier comme un sauveur. Il prédit la fin de l'humanité et annonce que ne seront sauvés que ceux qui croient en lui. Depuis la disparition de son oncle Kenji, Kanna (Airi Taira) mène une vie d'adolescente rebelle sous la tutelle de Yukiji (Takako Tokiwa) qui peine à honorer sa promesse de veiller sur elle. Après des années de recherches, l'un des membres de la bande découvre l'existence d'un " Nouveau Cahier des Prédictions ", qui décrit entre autres cet événement : " En 2015, dans une église de Shinjuku, un sauveur se dressera pour défendre la justice et sera abattu par un assassin. " Qui est ce sauveur ? À nouveau, le jugement dernier s'approche......"                




Mon avis
 
(passable) :
  


 
 
Après un premier chapitre cinématographique très fidèle à l'histoire imaginée par Naoki Urasawa, mais manquant singulièrement d'une réelle ambition cinématographique (le film semblait d'ailleurs n'être rien d'autre qu'une vulgaire transposition live paresseuse des évènements et personnages du manga),  20th Century Boys – Chapitre 2 : le dernier espoir semble donc adopter une démarche assez différente. En effet, les libertés prises par Yukihiko Tsutsumi frappent rapidement le spectateur familier de l'œuvre originale. L'ampleur du projet à retranscrire n'est certainement pas étanger à ce changement d'orientation narrative car, si le second chapitre de cette trilogie consacrée à la série phare de Naoki Urasawa est de durée égale à celle du premier long-métrage, ce ne sont plus 5 mais pas moins de 10 tomes que le réalisateur – qui souhaitait traiter toute la partie se déroulant en 2015 d'un seul coup – s'est efforcé d'adapter ici. Et si le fait d'adapter pas moins de 24 tomes en seulement 3 films d'à peine 2h20 chacun nécessitait fatalement un certain nombre de sacrifices, même le spectateur vierge de toute lecture préalable du manga ne pourra que constater l'incroyable disparité rythmique entre les deux films. Durant sa première 1h30, 20th Century Boys – Chapitre 1 prenait donc le temps de de dérouler son histoire – quitte même à susciter un certain ennui chez le spectateur – puis semblait soudain s'emballer lors d'une dernière partie bien trop expéditive. Nettement moins flegmatique que son prédécesseur, 20th Century Boys – Chapitre 2 : le dernier espoir n'est pourtant pas épargné par ce très embarrassant problème de tempo. En effet, compressés au maximum (et pénalisés par un trop grand nombre d'ellipses hasardeuses et autres raccourcis grossiers), les évènements racontés ici en deviennent quasiment incompréhensibles pour le néophyte. Quant au connaisseur, il pourra difficilement se faire aux nombreux changements narratifs opérés.
    
     

En effet, si la volonté de Yukihiko Tsutsumi (qui cherche visiblement à s'éloigner du bête calcage employé dans le premier film pour proposer ici sa propre interprétation de l'œuvre de Naoki Urasawa) ne manque pas d'intérêt (l'absence d'une véritable vision de cinéaste faisant cruellement défaut à 20th Century Boys – Chapitre 1), les modifications effectuées s'avèrent rarement concluantes. Par manque manifeste de développement, certains passages voient ainsi leur tension dramatique totalement gâchée (le personnage de Sadakiyo est un parfait exemple de ratage, tout comme la fameuse "résurrection" qui arrive bien trop rapidement). Pire, de par l'abus de facilités scénaristiques douteuses, l'intérêt de certaines scènes passe complètement à la trappe (la relation entre le Père Nitani et la Pape me parait tout à fait inintelligible pour ceux ne connaissant pas le manga). Et si la finalité de l'histoire reste proche, l'ensemble manque trop singulièrement de cohérence et de pertinence pour convaincre. Qui plus est, en enchaînant les scènes à toute allure, en supprimant certaines, en fusionnant d'autres (il convient de rester vigilant pour paner quelque chose !), le réalisateur semble avoir ici totalement négligé la psychologie des personnages. Se focalisant surtout les évènements de 2015, Yukihiko Tsutsumi ne s'attarde pas suffisament sur les séquences antérieures, et notamment sur l'enfance des personnages dont l'importance est capitale puisqu'elle fait directement écho aux évènements futurs (que raconte donc ce second chapitre) et permet aussi de mieux saisir le développement psychologique de nos héros (et je souhaite bon courage à ceux n'ayant pas vu le premier film pour s'y retrouver ici...).    

       
20th Century Boys – Chapitre 2 : le dernier espoir
        La dernière tentation du triste.
 

Au niveau de la réalisation, peu d'améliorations ont été apportées par rapport au premier film. Si l'univers de 2015 est décrit avec vraisemblance, la photographie télégénique du long-métrage de Yukihiko Tsutsumi en réduit sensiblement l'impact. Trop propre, trop nette, trop lisse, la mise en images de 20th Century Boys – Chapitre 2 : le dernier espoir ne rend effectivement pas honneur à l'ampleur des moyens mis en oeuvre  ; le rendu visuel évoquant davantage l'esthétisme des séries japonaises à la San Ku Kaï ou Bioman que celui du gros masdodonte hollywoodien qu'il aspire à être. Qui plus est, si les acteurs choisis ici pour camper les nouveaux personnages ressemblent (une fois encore) assez remarquablement à leurs modèles de papier, on retrouve aussi le même surjeu lourdingue de comédiens se sentant obligés d'en faire des tonnes. De fait, beaucoup de séquences percutantes à l'écrit en deviennent totalement ridicules à l'écran ; à l'instar de "l'assaut de la maison" de Sadakyio grandement gâché par la gestuelle risible de  Eiko Koike et surtout lors des passages impliquant Kyoko Koizumi (Haruka Kinami n'ayant visiblement pas compris la différence entre jouer la comédie et faire des grimaces). Globalement, l'interprétation des acteurs est à l'image d'un film naviguant de façon hasardeuse entre le thriller premier degré glauque (certains passages sont visuellement très marquants) et la bouffonnerie parodique (ce décalage déstabilisant pénalise d'ailleurs trop souvent l'immersion du spectateur). Dans le rôle-clé de Kanna Endo, la jeune Airi Taira manque parfois d'assurance, mais elle reste toutefois suffisament crédible pour convaincre. En revanche, le jeu des "anciens" (déjà présents dans le premier film) sonnent un peu plus juste (notamment Etsushi "Ocho"Toyokawa et Teruyuki "Yoshitsune" Kagawa) ; et ce, malgré des effets de maquillages et de perruques vieillissants pas toujours très probants (surtout pour ce dernier).

 
Voulant visiblement éviter de reproduire l'inutile copié-collé du manga employé sur le premier film, Yukihiko Tsutsumi tente donc d'imposer ce 20th Century Boys – Chapitre 2 : le dernier espoir comme une véritable extension de l'œuvre de Naoki Urasawa, se permettant d'en trahir l'histoire pour proposer aux spectateurs une réelle alternative cinématographique inédite. Malheureusement, les changements narratifs opérés ici s'avèrent aussi peu concluants que l'interprétation des acteurs – on en regretterait presque la fidélité servile (mais scénaristiquement solide) du précédent volet – et il faudra patienter pendant plus d'1h30 pour que ce second long-métrage platement mis en scène par Yukihiko Tsutsumi devienne un minimum intriguant ; notamment grâce à ce cliffhanger final frustrant qui semble annoncer un troisième (et dernier) opus nettement plus palpitant. En l'espèce, ce 20th Century Boys – Chapitre 2 : le dernier espoir n'est donc pas seulement une suite décevante, il donne surtout l'étrange impression de n'être guère plus qu'une sorte de (longue) transition un peu embarrassante de 2h20 entre un premier film très fidèle au manga original présentant un univers complexe aux rebondissements multiples et un troisième film scénaristiquement plus audacieux qui apporterait enfin toutes les réponses attendues. J'espère d'ailleurs que cette conclusion rendra enfin honneur à la richesse de l'œuvre imaginée par de Naoki Urasawa car, même si les deux premiers longs-métrages restent regardables, cette saga cinématographique est tout de même très en-deçà des possibilités offertes par le manga original.
 
 
 
 
Pour voir d'autres chroniques de films : cliquez-ici 

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article