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LA SHINÉMATHÈQUE

LA SHINÉMATHÈQUE

« La connaissance s'accroît en la partageant. »

La Falaise mystérieuse

Réalisé par Lewis Allen, sorti le 11 septembre 1946
Titre original : The uninvited

Avec Ray Milland, Ruth Hussey, Donald Crisp, Gail Russell, Barbara Everest, Alan Napier, Cornelia Otis Skinner, Dorothy Stickney ...

"Au cours d'un séjour dans les Cornouialles, Roderick Fitzgerald (Ray Milland) et sa sœur Pamela (Ruth Hussey) découvrent une superbe bâtisse abandonnée surplombant une falaise vertigineuse. Ils se rendent chez le propriétaire, le Commandant Beech (Donald Crisp), qui vit avec sa petite-fille Stella (Gail Russell). Celui-ci accepte alors de leur céder la demeure pour une somme dérisoire. Sans hésiter, Roderick et Pamela l'achètent et s'y installent. Pourtant, dès la première nuit, leur sommeil est troublé par des sanglots mystérieux, des sanglots de femme dont la provenance semble inexplicable..."




Mon avis
:
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Depuis la nuit des temps, les vieilles maisons abandonnées et autres inquiétantes demeures ont toujours suscité l'angoisse et la peur chez nos semblables. On ne compte d'ailleurs plus le nombre de légendes et de livres sur le sujet.  Assez logiquement, Hollywood s'est donc rapidement emparé du sujet en lançant
avant même que le muet ne cède sa place au parlant les premiers récits cinématographiques sur le modèle "Old Dark House" (littéralement "vieille maison sombre", sous-entendue "hantée") du nom du film éponyme de James Whale connu en France sous le titre Une soirée étrange. Dans ce long-métrage où Boris Karloff donne la réplique à Charles Laughton, le réalisateur parvient  efficacement à mettre en place une atmosphère très oppressante grâce à un montage malin et un esthétisme qui s'inspire beaucoup de l'expressionnisme allemand ; ce qui était déjà le cas de son précédant film, Frankenstein (et aussi du Chat noir réalisation d'Edgar G.Ulmer où Boris Karloff partageait alors l'affiche avec un autre légende de l'époque, Bela Lugosi). Quelques années auparavant, l'allemand (justement) Paul Lini (fraîchement débarqué aux États-Unis), réalisa également pour le compte d'Universal une œuvre mettant en scène une effrayante bâtisse supposée hantée : le mémorable La Volonté du mort (que j'adorerais revoir au passage). Toutefois, sans que ça n'empêche nullement ces films de stimuler avec force l'imagination du spectateur et de provoquer en lui l'effroi, la présence de "fantômes" est alors davantage suggérée que réellement explicite (existent-ils vraiment ou sont-ce les protagonistes qui sombrent dans la folie ?).

Il faudra toutefois attendre la fin des années 1950 pour que les esprits frappeurs soient véritablement employés au cinéma dans le but avoué d'effrayer. Ainsi, La Nuit de tous les mystères de William Castle (1959), Les Innocents de Jack Clayton (1961) ou encore La Maison du Diable de Robert Wise (1963) vont rapidement s'imposer comme des classiques du genre. À base d'effets sonores accrocheurs, agrémentés de trouvailles visuelles redoutables, ces cinéastes parvenaient à créer de sombres ambiances gothiques sublimées par un noir et blanc qui en renforçait admirablement le caractère lugubre et le sentiment de malaise permanent que procurait l'ensemble ; traçant le chemin d'un genre horrifique dont le succès ne se démentira jamais. Au-delà des américains (Stuart Rosenberg avec Amityville, Stanley Kubrick avec Shining, Tobe Hooper avec Poltergeist), le genre s'emparera d'ailleurs également des cinéastes espagnols (Jaume Balagueró avec Darkness, Alejandro Amenábar avec Les Autres), japonais (Takashi Shimizu avec The Grudge, Hideo Nakata avec Dark Water), coréens (Kim Seong-Ho avec Into the mirror, Kim Jee-Woon avec 2 Sœurs) ou encore français (Pascal Laugier avec Saint Ange, Xavier Palud & David Moreau avec Ils). Ces longs-métrages se distinguent notamment par la virulence avec laquelle les revenants agressent les vivants prisonniers d'un sinistre lieu clos ; en faisant des êtres tourmentés (maudits, ou tout simplement maléfiques) qu'il ne fait pas bon fréquenter.

Mais, à l'époque où sort La Falaise mystèrieuse, la figure du fantôme demeure assez joviale. Les spectres sont alors plus volontiers employés à des fins comiques (comme dans Le couple invisible de Norman Z. McLeod avec Cary Grant et Constance Bennett ou Fantômes en vadrouille d'Arthur Lubin avec le célèbre duo Abbot & Castello) et les vieilles bâtissent davantage sujettes aux intriques mystérieuses teintés d'un fantastique enjoué (à l'instar du Mystère de la maison Norman d’Elliott Nugent ou du Mystère du château maudit de George Marshall). Sorti précisément la même année que le parodique Fantôme de Canterville de Jules Dassin et Norman Z. McLeod (adaptation cinématographique librement inspirée de la nouvelle éponyme d’Oscar Wilde et où Charles Laughton tient le rôle principal), La Falaise mystérieuse propose également une enquête policière légère prenant place dans une immense demeure gothique, forcément hantée donc et située au bord d’une inquiétante falaise (comme l’indique le titre français), qui cache un étrange secret que nos héros vont devoir percer à force de moults investigations et péripéties. Et bien que long-métrage connut un joli succès à l’époque, il semble avoir été quelque peu oublié aujourd’hui (il n’a même pas de fiche sur Allociné au moment où j’écris ce billet…) ; en France tout de moins. Pourtant, le film de Lewis Allen ne manque vraiment pas de charme je trouve.

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Devine qui vient pigner ce soir...

Adapté du roman The Uninvited de Dorothy Macardle, La Falaise mystèrieuse, bien que doté d'un scénario somme toute classique dans son déroulement, voit  son intrigue efficacement entretenue par d'attachants personnages  et de savants rebondissements (souvent bien pensés). Mais c'est surtout par son ambition esthétique que le long-métrage de Lewis Allen surprend. La vieille bâtisse que Roderick Fitzgerald et sa sœur Pamela vont investir est en effet une merveille d'architecture baroques aux immenses ouvertures sur la mer et aux intérieurs spatieux. Ce qui en fait une demeure à la fois particulièrement paradisiaque le jour et extrêmement effrayante la nuit  ; lorsque l'obscurité vient corrompre nos sens et que l'étrange présence invisible se fait plus vivace. Principalement évoquées par le biais de terrifiants sanglots étouffés, de parfums évanescents ou d'altérations de l'environnement (comme l'illustrera un effet d'optique très réussi évoquant le pourrissement accéléré d'un bouquet de fleurs), les manifestations fantomatiques se montreront parfois tout de même plus explicites grâce d'ingénieux effets spéciaux de Farciot Edouart (et notamment lors de la saisissante séquence finale). Enfin globalement, c'est surtout en jouant astucieusement sur les ombres, les bruitages et des changements d'atmosphère à peine perceptibles (sans oublier la partition inspirée de Victor Young) que le réalisateur parviendra à suggérer finement cette menace d'outre-tombe. Ce qui contribue grandement aujourd'hui à faire en sorte que sa force évocatrice demeure quasi intacte.

À ces somptueux décors (auxquels s'adjoignent de magnifiques paysages extérieurs), s'ajouteny une photographie soignée qui exploite avec beaucoup d'efficacité le noir et blanc, ainsi qu'un casting tout à fait convaincant. À commencer par le charmeur Ray Milland (qui obtiendra l'Oscar du meilleur l'année suivante en interprétant la déchéance d'un alcoolique dans Le Poison de Billy Wilder) et l'attachante Gail Russell qui prête ici ses traits à l'intrigante Stella que semble sur-protéger le débonnaire Commandant Beech (incarné par une figure incontournable du muet, Donald Crisp, qui on a notamment pu voir auparant dans plusieurs films de D. W. Griffith comme Naissance d'une nation, Intolérance ou encore Le Lys brisé). À leurs côtés la vieille domestique superstitieuse interprétée par Barbara Everest et l'énigmatique directrice de clinique spécialisée Miss Holloway (Cornelia Otis Skinner) complètent une savoureuse galerie de personnages pittoresques. Le caractère particulièrement ambivalent de la passion que cette dernière entretient pour sa confidente disparue n'est  d'ailleurs pas sans évoquer le personnage de Madame Danvers du film Rebecca d'Alfred Hitchcock sorti quelques années plutôt. En effet, cette gouvernante se montrait aussi particulièrement peu avenante et portait également une trouble admiration à sa patronne décédée dans d'étranges circonstances (et dont l'estimé souvenir continuait de hanter le monde des vivants). Un comportement pour le moins ambigu qui avait de quoi bouleverser les conventions de l'époque ; même si tout cela est toutefois présenté avec de manière suggestive et prudent.

Proposant une intrigue tout à fait différente, on peut néanmoins supposer que Lewis Allen se soit quelque peu inspiré du maître du suspense. Ce qui n'empêche pas La Falaise mystèrieuse de se suivre donc avec beaucoup de plaisir ; bien qu'on puisse tout même reprocher au film de Lewis Allen un mélange des genres (polar gothique, horreur suggestive, comédie fantastique) qui finit pas dérouter un peu. En effet, la tonalité comique de l'ensemble a parfois tendance à désamorcer un peu trop rapidement l'angoisse que suscitent des séquences d'épouvante pourtant saisissantes (certaines baisses de rythme sont également regrettables). Toutefois, même si Lewis Allen ne parvient  pas à captiver autant qu'un Jack Clayton ou qu'un Robert Wise, son ambition est manifestement tout autre (en atteste d'ailleurs la gentillette amourette qui se tisse entre Roderick et Stella). Multipliant les ruptures de ton et les séquences dialoguées, ce film fantastique à la légéreté assumée (qui comble son caractère parfois trop statique par une recherche esthétique inspirée) semble effectivement destiné avant tout à divertir son public. Et en dépit de l'inégalité de l'ensemble, il faut bien avouer que le pari reste tout de même globalement réussi (encore aujourd'hui d'ailleurs). Et c'est pourquoi La Falaise mystèrieuse demeure une découverte particulièrement conseillée.


Pour voir d'autres chroniques de films : cliquez-ici

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Mirbel 21/12/2008 11:54

Bonjour,Voilà un film que je connais pas et que j'aimerais bien découvrir, car il semble intéressant d'après cet article. Dommage que nombres de films restent méconnus en France, alors que ce sont des petits chefs-d'oeuvres. Merci en tout cas pour nous faire découvrir celui-ci.

Shin 27/12/2008 21:38



Bonsoir Mirbel,

Ce film est effectivement assez peu connu et c'est vraiment dommage (je n'ai d'ailleurs eu que ton seul commentaire pour le moment).

Cela dit, ton témoignage me fait extrêmement plaisir. Même si ce billet n'aura permis qu'à une seule personne de découvrir ce film, c'est déjà bien.

J'essaierai de parler d'autres films méconnus dans les mois à venir.

Amicalement,

Shin.