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LA SHINÉMATHÈQUE

LA SHINÉMATHÈQUE

« La connaissance s'accroît en la partageant. »

Sept vies

Sept vies
Réalisé par Gabriele Muccino, sorti le 14 Janvier 2009
Titre original : Seven pounds

Avec Will Smith, Rosario Dawson, Woody Harrelson, Barry Pepper, Michael Ealy, Elpidia Carrillo, Robinne Lee, Joe Nunez ...

"Hanté par un secret, Ben Thomas (Will Smith) cherche sa rédemption en transformant radicalement la vie de sept personnes qu'il ne connaît pas. Une fois son plan mis en place, plus rien ne pourra l'arrêter. C'est tout du moins ce qu'il croit. Mais Ben n'avait pas prévu qu'il tomberait amoureux de l'une de ces personnes et que c'est elle qui allait le transformer...
"




Mon avis
:
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Comme beaucoup le savent déjà, Sept vies marque la seconde collaboration entre Gabriele Muccino et Will Smith après le biopic À la recherche du bonheur. Des premiers films qu'il a réalisé (
Comme toi, Juste un baiser, Souviens-toi de moi) jusqu'à sa récente carrière américaine, le réalisateur italien s'est rapidement imposé comme l'une des valeurs sûr du mélodrame à succès. Quant à l'acteur américain, s'il a d'abord fait ses armes au cinéma dans de gros blockbusters musclés (Bad Boys, Independence Day, Men In Black), il semble de plus en plus vouloir élargir sa filmographie à des rôles plus sensibles (La Légende de Bagger Vance, Ali, Je suis une Légende) tout en alternant avec des divertissements plus classiques (I, Robot, Hitch, expert en séduction, Hancock). Avec Sept vies, Gabriele Muccino et Will Smith ont trouvé un sujet idéal pour leurs aspirations réciproques dans ce destin d'un homme, rongé par les remords et la douleur, qui va avoir l'opportunité de se racheter et vivre une nouvelle vie. Bien plus qu'une énième et banale histoire d'amour (même s'il en est également question), Sept vies est un film au scénario assez complexe (parfois presque confus) dont il est très difficile de parler sans en dévoiler des éléments essentiels. Toutefois, les premières images du film donnent rapidement le ton de ce mélo morbide. On y découvre un Will Smith en gros plan en train de passer un coup de fil désespéré aux services d’urgence. On comprend alors qu’il vient de faire une tentative de suicide. Tout de suite après, le film fait un grand retour en arrière chronologique. Par conséquent, on soupçonne très vite que cette séquence tragique sera l’aboutissement de l’intrigue générale ; et donc que la romance n'est finalement pas l'élément primordial. Alors que l’issue semble nous être donnée dès le départ, Sept vies aurait rapidement pu s'avérer ennuyeux en n’étant rien d’autre qu’un film prévisible et sans enjeu. Néanmoins, tout le génie de Gabriele Muccino consiste à avoir judicieusement choisi de déstructurer son film (et de le présenter de façon volontairement brumeuse) afin d’en faire un puzzle au sens le plus littéral du terme.

De fait – tout comme l’on sait d’avance à quoi ressemblera un puzzle avant l’achever – ce qui va alors compter ne sera plus vraiment de savoir ce qui va se passer, mais plutôt de découvrir comment on va y arriver. Et même si le mystère entourant le personnage de Will Smith et son étrange comportement se dévoile assez vite (d’abord parce qu’on connaît la conclusion a priori, et ensuite parce que l’omniprésence de pesants flashbacks au ralenti ne laisse pas l’ombre d’un doute), il parvient à se maintenir suffisamment longtemps pour permettre aux personnages de s’installer et de continuer à captiver malgré tout. Derrière son apparente complexité, l’histoire va alors progressivement laisser apparaître la simplicité de ses enjeux bâtis sur le don littéral de soi et sur le sens que l’on donne à la (sa ?) vie. Il sera d’ailleurs intéressant de constater que les actions du personnage de Will Smith sont moins fondées sur son hypothétique altruisme que motivées par un profond désespoir. Tout comme on prendra plaisir à observer de quelle brillante manière toutes les différentes pièces de ce puzzle narratif finiront par s’emboîter. Il ne restera plus alors qu’à l’émotion d’irrémédiablement nous submerger ; la grande force du film étant justement de nous émouvoir sans tomber dans l'excès de sensiblerie (le pari était pourtant risqué). Bien sûr, il serait inexact d'affirmer que Sept vies n’évite pas quelques lourdeurs et certaines ficelles émotionnelles grossières. Pourtant, il en émane un irrépressible sentiment d’humanisme et une singulière impression d'honnêteté qui font passer la plupart des maladresses de cette œuvre certes imparfaite, mais réalisée avec une infinie tendresse et une touchante candeur. La mise en scène ne manque ainsi ni de pudeur (alors qu'il aurait été si facile d'être racoleur) ni de sincérité (une constante chez le cinéaste) ; offrant à certains passages une délicatesse poignante (comme lors de ces passages discrets avec la grand-mère maltraitée à l’hôpital) ou une inattendue poésie (impossible de ne pas succomber à Rosario Dawson entonnant un tube d’Aznavour).

http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/67/97/93/19019870.jpgWill Smith (est une légende) 
"Et le prix du jeu de mots le plus tordu est adressé à..."

Pour l'aider dans sa tâche, Gabriele Muccino peut compter sur un casting savamment élaboré duquel s’illustre notamment un Will Smith visiblement très impliqué. Contrairement à tout ce que j’ai pu lire ici ou là, j’ai trouvé l’acteur absolument épatant et d’une grande sobriété de jeu. Déployant tout le talent dont il avait déjà fait preuve dans Je suis une Légende ou encore À la recherche du bonheur justement (du même Gabriele Muccino), celui-ci démontre une fois encore qu’il est tout à fait crédible lorsqu’il s’agit de camper des personnages plus dramatiques, denses et torturés. Ce qui est une chance d'ailleurs, étant donné qu’il porte une grosse partie du film sur ses épaules. Will Smith se révèle ainsi d’une infinie justesse, parvenant à transmettre tout un panel d’émotion par la simple puissance de son regard (et ce même si la romance contrariée qu’il entretient avec la délicate Rosario Dawson pourra paraître un brin poussive par moment). À ces côtés, la sublime Rosario Dawson (que l’acteur avait déjà rencontré sur le plateau du MIIB de Barry Sonnenfeld) campe avec beaucoup de dignité cette jeune femme atteinte d’un mal la condamnant à une issue funèbre. Bien plus que lorsqu’elle joue les aguicheuses provocantes (Sin City, Boulevard de la mort), c’est elle aussi dans le registre dramatique qu’elle convainc le plus. Définitivement craquante, elle apporte une inégalable grâce à l’ensemble et confirme tout le bien que l’on pouvait penser d’elle après le mémorable The 25th hour (24 heures avant la nuit). Dans un rôle plus secondaire, on retrouve d'ailleurs un autre des acteurs ayant fait le succès du film de Spike Lee puisque le trop rare Barry Pepper fait également ici une apparition aussi courte que remarquée. Pour le reste du casting, on retiendra surtout Woody Harrelson (que le cinéma a trop tendance à délaisser ces temps-ci) qui, avec très peu de scènes (trop peu même serais-je tenté de dire), parvient aussi à faire réellement exister son personnage en lui insufflant une belle intensité dramatique. J’aurai d’ailleurs grandement apprécié que son rôle soit davantage mis en valeur, car je pense qu'il aurait avantageusement pu enrichir un film.

Se focalisant parfois un peu trop sur le couple formé par Will Smith et Rosario Dawson, au détriment des autres personnages pourtant tout aussi intéressants (qui se souviendra véritablement du frère ou de la famille mexicaine ?), Sept vies n’est (malgré les apparences) certainement pas à considérer comme une énième comédie romantique ; bien qu’il y soit effectivement question de sentiments. Encore que, pour le coup, il m’a semblé un peu difficile de saisir le sens à y donner. J’avoue que la partialité avec laquelle le héros juge la valeur d’une vie (certains méritant d’être sauvés à ses yeux, et d’autres non) m’a dérangée. Pareillement, j’ai trouvé la logique du personnage pour le moins ambiguë. En tentant de changer l’existence de tous ces accidentés de la vie, ne semble-t-il pas davantage chercher à obtenir une certaine forme de rédemption (surtout que, finalement, tout le monde apprend ce qu’il a fait) qu’à faire le bien (je ne suis d’ailleurs pas véritablement certain que ceux qu’il aide soient tous plus heureux en définitive) ? Enfin, les solutions extrémistes telles que proposées dans le film me laissent toujours aussi perplexe (chose qui m’avait déjà fortement gêné dans La Vie de David Gale). Ça vient peut-être de moi, mais j’ai du mal à comprendre qu’on puisse en arriver là. Malgré tout, si ces grandes maladresses pénalisent lourdement l’ensemble, j’avoue que l’émotion se dégageant du film ne m’a toutefois pas laissé insensible. Peut-être suis-je trop fleur bleue. Peut-être y ai-je d’abord vu une preuve d’humanité avant tout message partisan. Quoi qu’il en soit, si je reconnais que Sept vies est imparfait, sa sincérité m’a touché et m’a permise de passer outre ces défauts. Au-delà de la prévisibilité de l’intrigue et du caractère discutable de certains de ses aspects, la mise en scène sobre et classique de Gabriele Muccino m’a ainsi semblée d’une pudeur appropriée. Au final, Sept vies est donc un long-métrage tout à fait recommandable où le bon l’emporte nettement sur le mauvais. On se souviendra ainsi longtemps de Rosario Dawson fredonnant Aznavour, du regard désespéré de Will Smith sous une froide nuit pluvieuse et de ces étranges méduses phosphorescentes qui captivent autant qu’elles effraient.


Pour voir d'autres chroniques de films : cliquez-ici

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Gaeru 21/03/2009 19:12

Salut petit Shin. Heureusement que je viens de lire ton avis puisque j'avais oublié la plupart des scènes que tu cite... Une bonne deception pour moi que ce film là. A part la dite scène de l'appel téléphonique du début qui m'a relativement touché, j'ai trouvé que ce n'était franchement pas sa meilleur prestation. Celle de "je suis une légende" est pour moi plus convaincante. En tout cas, je suis d'accord avec toi et vlad sur le fait que l'ont voit très peu Woody Harrelson qui est injustement boudé par les réalisateurs et qui montre une très belle préstation. Ok aussi sur la préstation de Rosario Dawson, au dessus de will smith personnelement.

Shin 27/03/2009 19:24



Bonsoir grand Gaeru,

Il est vrai que Will Smith était très bon dans Je suis une légende (c'est
effectivement l'une de ses meilleures prestations). Dommage que le film ne soit pas à la hauteur (surtout lorsque l'on connait le roman original de Richard Matheson)...

Amicalement,

Shin.



Vance 20/03/2009 23:05

Mais au contraire, c'est justement cette ambiguïté qui fait la force du film : Will Smith n'y incarne pas un héros infaillible, mais un être torturé. Il est constamment dans le doute et se questionne sur la valabilité de son geste. On peut trouver cela agaçant, je trouve que cela l'humanise, ne serait-ce que parce qu'il demande, in fine, que son nom soit communiqué à certains. Il est faillible, il est un homme et c'est ce qui le rend si attachant lorsqu'il entreprend quelque chose d'assez surhumain.

Shin 27/03/2009 19:14



Bonsoir Vance,

La force du film, et à la fois sa faiblesse. Du moins me concernant. Outre les motivations véritables de Will Smith (veut-il vraiment se racheter ou passer pour un martyr héroïque ?),
j'ai surtout du mal à comprendre son geste. De règle générale, ce genre d'extrêmités me dérange énormément. Je ne parviens pas à saisir la "beauté" qu'il y a dans le fait qu'un être en
pleine santé s'ôte sciemment la vie pour de simples raisons idéologiques. Je ne parle pas du fait de mourir au combat pour une cause, mais simplement de suicide prémédité. En fait, c'est quelque
chose qui me gêne beaucoup. Je conviens que c'est une appréciation personnelle extrêmement subjective.

Toutefois, même si je regrette certaines choses, j'ai pourtant trouvé le film assez bien fait. Mais je me pose quand même une question : aurais-je véritablement envie de le revoir un jour ?

Amicalement,

Shin.



Genco22000 :0023: 15/03/2009 19:39

Hello,Ah oui, les raisons, hummm ... déjà j'ai ma carte de donneurs d'organes depuis des années, donc j'étais ouvert au sujet du film, mais perso, je trouve que les scénaristes sont passés quand même rapidement sur les raisons de son acte final, non plutôt sur son  cheminement psycologique jusqu'à cette décision finale...J'ai trouvé le scénario, trop centré sur le choix des personnages à qui il aller venir, en aide, je sais pas si j'ai été clair, lol !!!En bref , je trouve ce film inachevé, un peu baclé, voilà !!!Bonne soirée !

Shin 15/03/2009 19:48



Bonsoir Genco,

Je te remercie pour tes compléments qui permettent d'éclairer un peu plus ton avis.

Pour ma part, je trouve la décision finale du personnage un peu contestable. Le fait-il vraiment pour lui (ce que je ne crois pas) ou pour sa propre rédemption (auquel cas, ça me
semble un peu limite) ? Cette ambiguïté (maladresse scénaristique ?) m'a gêné ; c'est pourquoi j'ai émis quelques réserves sur ce film (qui m'a pourtant bien plus malgré
tout).

Amicalement,

Shin.



Genco22000 :0023: 10/03/2009 15:32

Hello,Perso, j'aime pas trop aimé, mais bon !

Shin 15/03/2009 19:30



Certes. Mais encore ? Quelles en sont les raisons ?



Florence 10/03/2009 00:39

Pardon pour le retard, je viens de m'apercevoir qu'il y a eu des réponses, désolée ^^Shin, j'accepte tes excuses, bien que je ne t'en tenais pas vraiment rigueur (je ne suis pas rancunière tu sais), tiens-moi au courant pour une prochaine toile (par sms? lol)Vlad, je comprends que tu aies besoin d'amis, c'est important dans la vie le social. Mais pourquoi diable vas-tu au cinéma voir tout seul des films qu'on pourrait voir ensemble? =Peelsoliver, tu viens d'illustrer mieux que vlad comment arriver comme un cheveu sur la soupe! lol