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LA SHINÉMATHÈQUE

LA SHINÉMATHÈQUE

« La connaissance s'accroît en la partageant. »

Coco avant Chanel

Coco avant ChanelRéalisé par Anne Fontaine, sorti le 22 avril 2009

Avec Audrey Tautou, Benoît Poelvoorde, Alessandro Nivola, Marie Gillain, Emmanuelle Devos, Régis Royer, Etienne Bartholomeus, Yan Duffas ...

"Une petite fille du centre de la France, placée dans un orphelinat avec sa soeur, et qui attend en vain tous les dimanches que son père vienne les chercher. Une chanteuse de beuglant à la voix trop faible, qui affronte un public de soldats éméchés. Une petite couturière destinée à refaire des ourlets dans l'arrière-boutique d'un tailleur de province. Une apprentie-courtisane au corps trop maigre, qui trouve refuge chez son protecteur Etienne Balsan (Benoît Poelvoorde), parmi les cocottes et les fêtards. Une amoureuse qui sait qu'elle ne sera "la femme de personne", pas même celle de Boy Capel (Alessandro Nivola), l'homme qui pourtant l'aimait aussi. Une rebelle que les conventions de l'époque empêchent de respirer, et qui s'habille avec les chemises de ses amants. C'est l'histoire de Coco Chanel (Audrey Tautou), qui incarna la femme moderne avant de l'inventer..."




Mon avis
(passable) :
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Après avoir fait l'objet d'une télésuite en deux épisodes réalisée par Christian Duguay en 2008, Coco Chanel avec Barbora Bobulova et Shirley MacLaine dans le rôle titre (chacune campant Coco aux différentes étapes de sa vie), les projets d'adaptation de la vie de "Mademoiselle" se sont également bousculés sur le grand écran. Fin 2009, Jan Kounen choisit ainsi de s'intéresser à cet emblème de la mode à travers son Coco Chanel & Igor Stravinsky, qui revient sur l'histoire d'amour que la couturière française (sous les traits d'Anna Mouglalis) a entretenu avec le compositeur russe (joué par Mads Mikkelsen).
La même année, Danièle Thompson projetait aussi de réaliser un biopic sur la vie de Coco Chanel, avant d'abandonner l'idée, probablement freinée par la concurrence de ces autres projets similaires et simultanés. Enfin, Anne Fontaine – réalisatrice des romances contrariées Entre ses mains, Nathalie... ou encore La Fille de Monaco – s'empare à son tour du sujet à l'occasion du-dit Coco avant Chanel, qui s'intéresse alors surtout à la jeunesse de Gabrielle Chanel, bien avant que celle-ci ne devienne Coco, la célèbre créatrice de mode.


Pour beaucoup, le nom de Coco Chanel reste d'ailleurs surtout associé à une marque et à ses parfums, ses sacs, ses tailleurs, ses chapeaux. De ce fait, raconter l'histoire de celle-ci avant qu'elle ne devienne la chanteresse de la mode féminine mondialement connue sonnait déjà comme la promesse d'un manifeste féministe saisissant. Où comment une fille de camelots sans le sou est parvenu à libérer le corps de la femme jusqu'à la femme elle-même des carcans de la bienséance édictée par les hommes et dont elle était prisonnière. Une femme prisonnière de corsets bien trop serrés et de robes sans fin qui l'empêchaient de se mouvoir avec liberté ; une femme prisonnière de tenues vestimentaires bien trop chargées (entre tissus rares et rubans chics, plumes extravagantes et fleurs chatoyantes, joyaux scintillants et autres matières onéreuses) qui semblaient alors les réduire à de vulgaires faire-valoir de la fortune de leurs amants, légitimes ou non (comme un autre signe extérieur de richesse à ranger à côté d'une luxueuse demeure, de quelques chevaux de race et d'une belle voiture sportive) ; et surtout une femme libérée par l'audace d'une artiste avant-gardiste et rebelle, porteuse d'un vent de changement contestataire, qui en bousculant totalement les codes de la mode féminine entraîna dans son sillon l'émancipation à venir du "sexe faible", sublimé dans sa définition ô combien plus juste de "beau sexe". Bref, raconter l'histoire des jeunes années de Coco Chanel sonnait déjà comme la promesse de l'étude passionnante d'une personnalité hors du commun, insoumise, et qui ira jusqu'à finalement sacrifier l'idée même de mariage sur l'autel de son accomplissement professionnel, et de son indépendance.

Coco avant Chanel
Alessandro n'y vaut la (peine), même si Audrey tente tout... (ou l'art difficile des jeux de mots à 1h du matin)

 

Mais contrainte de le sortir avec peut-être trop de hâte (pressée sans doute par des producteurs soucieux de "griller" la politesse à Jan Kounen et à son pour le moins encombrant Coco Chanel & Igor Stravinsky), Anne Fontaine se contente malheureusement de signer  une biographie filmée bien trop lisse, au scénario peu engageant et à la mise en scène sans ampleur. La naissance de la marque ne sera finalement que chichement évoquée en filigrane, et les réflexions sur la libération de la femme à peine effleurées, afin de permettre à ce biopic linéaire et attendu de s'embourber dans une romance à trois sans véritable enjeu. L'enfance de la jeune Chanel à l'orphelinat, jusqu'à ses premiers pas dans un cabaret de Vichy, sont ainsi rapidement survolés pour permettre à cette idylle à l'eau-de-rose de prendre toute la place dans le récit. Coco Chanel passe d'un cœur à l'autre, d'Étienne Balsan à Arthur "Boy" Capel, sans que jamais le spectateur ne doute de la finalité de ce triangle amoureux, traité de surcroît avec une regrettable banalité. Hormis nous faire part des tourments affectifs de l'héroïne (entre le besoin d'un homme et l'envie d'un autre, un amour dont elle ne veut plus et un autre qu'elle ne pourra garder), Coco avant Chanel ne raconte finalement rien d'intéressant et ne développe jamais vraiment toutes les riches thématiques que pouvaient contenir un destin aussi dense, et une époque aussi tourmentée. C'est même à se demander si la terre continue de tourner pendant ce temps-là,  et mieux vaut être déjà au courant que la Première Guerre Mondiale se déroule au même moment parce film reste à ce sujet étonnamment silencieux (un comble pour celle qui obtiendra la reconnaissance en utilisant notamment le jersey contenu dans les tenues des soldats pour ses étoffes et habillera même les infirmières d'alors !). Si bien que l'on finit par se demander pourquoi la réalisatrice a choisi de s'intéresser au personnage de Coco Chanel si c'était pour se contenter de nous livrer une vulgaire amourette sans réflexion ni passion... Et pourtant, s'il y a bien quelque chose d'intéressant chez Coco Chanel, c'est quand même bien Coco Chanel justement !
 

Pour habiller cette histoire d'amour(s) tragique(s), la réalisatrice ne fait malheureusement pas preuve non plus de partis artistiques très judicieux. Si les costumes du film en grande partie prêtés par la maison Chanel sont évidemment un véritable plaisir pour les yeux, rien à l'écran ne justifie vraiment les quelques 20 millions d'euros investis dans l'affaire. La photographie  peu inspirée de Christophe Beaucarne (qui avait pourtant su doter le Paris de Cédric Klapisch des plus beaux atours, avant de travailler sur l'ambitieux Mr. Nobody de Jaco van Dormael) semble totalement dénuée de relief et ne met en valeur ni lesdits costumes, ni ceux qui les portent, ni encore les décors pourtant audacieux d'Olivier Radot (avec un tel budget en même temps, il aurait était malheureux que les décors paraissent cheap). Ultra-classique et d'un académisme assommant, la mise en scène d'Anne Fontaine s'avère qui plus est totalement dénuée de point de vue (la caméra se contentant de suivre les comédiens avec des cadrages les mettant assez rarement en valeur) et esthétiquement bien sage ; donnant à Coco avant Chanel davantage l'apparence d'un téléfilm de luxe que d'un film de cinéma à proprement parlé (malgré quelques beaux plans éparses, comme habités par une grâce aussi soudaine que rare, surtout sur la fin). En outre, handicapé par un montage peu énergique, le rythme du film ne cesse de se perdre jusqu'à susciter un irrépressible ennui. Et aussi surprenant que cela puisse paraître s'agissant d'une composition du pourtant brillant Alexandre Desplat (Un prophète, L'Étrange histoire de Benjamin Button, L'Ennemi intime), la bande originale du film d'Anne Fontaine ne parvient pas davantage à nous captiver (l'intéressé semblant se contenter du minimum syndical) et a surtout bien du mal à tenir la comparaison de la prodigieuse partition qui accompagne le concurrent Coco Chanel & Igor Stravinsky de Jan Kounen (et c'est sans parler de l'horripilant "Qui qu'a vu Coco ?" qui nous est ici assené jusqu'à l'overdose). La réalisatrice démontre en revanche que son savoir-faire dans l'écriture est demeuré intact et nous livre d'ailleurs de très jolis échanges de texte (notamment lors de ce passage où Coco explique à Boy qu'elle ne sera la femme de personne, pas même la sienne). !

Coco avant Chanel
Diiis-moi Cocooo ! Qu'est-ce qu' y a sous ton grand chapeau ? (air connu)

Si les choix de Barobora Bobulova pour Coco Chanel ou d'Anna Mouglalis pour Coco Chanel & Igor Stravinsky ne s'incrivaient nécessairement pas dans une démarche de ressemblance au sens strict, l'étrange similitude physique entre les traits d'Audrey Tautou et ceux de Coco Chanel n'est certainement pas étranger au choix de la réalisatrice de Coco avant Chanel. Karl Lagerfeld lui-même – devenu directeur artistique de la marque dans les années 1980 aurait d'ailleurs vu en elle "la vraie Chanel" selon ses propres termes ; et ce malgré les quelques réserves qu'il avait émis dans le même temps sur la capacité de l'interprète du Fabuleux destin d'Amélie Poulain à jouer une "femme dure". Force est de constater que l'excentrique styliste allemand avait vu juste. Si à force de maquillage, de coiffure et d'habillement,  l'allure Audrey Tautou rappelle effectivement celle de Gabrielle Chanel, cela ne fait pourtant pas d'elle une Coco Chanel à proprement parlé. Visage trop rond et jovial pour  figurer cette femme anguleuse au caractère bien trempé, physique aux formes trop généreuses et féminines pour celle qui incarnait avec une telle aisance la beauté androgyne, voix trop minaudante et juvénile pour une personnalité qui imposait son autorité d'un simple regard. Certes, l'actrice a un bien joli minois, mais celui-ci sied mal à "Mademoiselle", elle-même plus prompt à porter le masque d'une souveraineté arrogante que l'apparence d'une jouvencelle ingénue. Face à elle, Benoît Poelvoorde qui avait déjà été dirigé par la réalisatrice dans Entre ses mains est revanche absolument formidable. Mélange subtile de truculence et de fragilité, de potentiel comique et d'intensité dramatique, l'acteur campe un Étienne Balsan à la fois amuseur et amusant, sensible et attachant, qui convainc d'ailleurs autrement plus que celui joué Sagama Stévenin dans la version de Christian Duguay. Il est alors d'autant plus dommage que le pourtant séduisant Alessandro Nivola qui avait prêté ses traits au frère de Nicolas Cage dans le mémorable  Volte / Face de John Woo et côtoyé la très belle Kate Beckinsale à l'occasion de Laurel Canyon paraisse aussi peu concerné par son rôle (à sa décharge, le fait qu'il joue en  français a pu le pénaliser) et nous offre un Boy Capel aussi fade (l'approche d'Olivier Sitruk dans la version de Christian Duguay m'avait ici en revanche davantage enthousiasmé) ; et ce même si cette sobriété laisse alors d'autant plus de place à l'exubérance de son "rival" (définitivement savoureux) de s'exprimer. Concernant le reste du casting, on n'est ni surpris, ni déçu. Néanmoins, j'ai tout de même eu un peu de mal avec la prestation d'Emmanuelle Devos, pas franchement à l'aise dans son rôle.

En définitive, j'ai trouvé que Coco avant Chanel était peut-être un joli film, mais qu'il était surtout une assez mauvaise représentation de la vie de la créatrice de mode. Le long-métrage survole bien des choses sur la vie de Chanel, mais n'apporte rien sur la légende de Coco (l'encart qui apparait dans les vingt dernières secondes, à la fois classique sur la forme et grotesque sur le fond, nous en apprend finalement plus sur cette dernière que les presque deux heures qui ont précédées). Sans chercher à creuser véritablement un sujet pourtant extrêmement prometteur, Anne Fontaine nous livre donc un film qui ne passionne guère et s'oublie si tôt la séance terminée. Moins concernée par la personnalité de Coco (son évolution personnelle et son épanouissement professionnel sont trop rapidement survolés) que par la femme en elle-même (la réalisatrice s'épandant plutôt sur les épisodes sentimentaux de sa vie), elle oublie surtout d'explorer un mythe qui aurait certainement mérité davantage de considération. Tant et si bien que l'on est à nouveau tenté de se demander pourquoi elle a choisi un personnage aussi fascinant que Coco Chanel si c'était pour parler d'une aussi banale histoire d'amour tragique ? D'autres destins, y compris ceux d'anonymes, auraient tout à fait convenu à l'exercice. En l'espèce, l'exercice s'apparente surtout à du hors-sujet, et c'est bien dommage.

 

 

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Vlad 27/01/2010 23:19


N'ayant vu que cette version de Chanel je ne vais aps comparé avec les autres versions dont tu parle sur ton blog mais j'ai trouvé ce film particulièrement réussie même si je comprends quand même
ta deception. C'est vrai que la réalisation est assez classique je te l'accorde tout comme la prestation des acteurs. Après, je sais que je suis aps exigent et j'ai quand même passé un bon moment
mais je suis curieux de voir les autres versions quand même ^^


Le Cinévore 21/01/2010 21:06


Bonjour Shin,

avant toute chose, félicitation pour ce billet très bien écrit et comme toujours très agréable à lire.

C'est vrai que ce film à des allures de téléfilm de luxe comme tu dis, et que la création de l'empire Coco est survolée, ce qui est assez frustrant puisque finallement, on a un peu l'impression
qu'elle est passée de Coco à Chanel en 2 jours...

Cela dit, je n'ai pas eu le même sentiment que toi quand au côté "amourette" de l'histoire. J'ai trouvé au contraire qu'au travers de son parcours sentimental, on decouvrait bien le caractère de
cette femme d'exception.

Amicalement,
Delphine.