« La connaissance s'accroît en la partageant. »
10 Janvier 2010
Réalisé par Christian Duguay, sorti à la télévision le 29 & le 30 décembre 2008
Bien avant qu'elle ne soit au cœur de l'actualité cinématographique de 2009 (avec pas moins de deux biopics lui étant consacrés cette année, Coco avant Chanel de Anne Fontaine et Coco Chanel & Igor Stravinsky de Jan Kounen), la plus fameuse créatrice de mode que la France ait fait naître avait déjà fait l'honneur d'une adaptation filmée de sa vie tumultueuse l'année précédente. En effet, coproduction européenne (france, Italie et Royaume-Uni) commandée par la société américaine Lifetime, la télésuite en deux parties Coco Chanel avait ainsi fait ses débuts à la télévision américaine le 13 septembre 2008, avant d'être proposée dans l'hexagone par France 2 les 29 et 30 décembre 2008.
C'est le réalisateur québécois Christian Duguay qui a alors été choisi pour mettre en scène cette histoire "librement inspiré de la vie de Coco Chanel" dans une approche donc volontairement plus romanesque que véritablement documentaire. Prenant la succession de son quasi-compatriote David Cronenberg (canadien pour sa part) en réalisant, près d'une décennie plus tard, la suite du son film choc Scanners (il signera également le troisième volet), Christian Duguay s'est par la suite fait remarquer par les amateurs de science-fiction en signant le fauché, mais néanmoins formidable Planète Hurlante en 1995, remarquable adaptation d'une nouvelle de Philip K. Dick avec Peter Weller (inoubliable interprète de Robocop) et Roy Dupuis (vu récemment dans Mesrine : L'instinct de mort). Il se spécialise ensuite dans le thriller d'action avec des films comme Contrat sur un terroriste (à l'affiche duquel on retrouve Aidan Quinn, Donald Sutherland ou encore Ben Kingsley), L'Art de la guerre (avec Wesley Snipes, Michael Biehn et toujours Donald Sutherland) ou bien The Extremists (avec Devon Sawa, Bridgette Wilson-Sampras et Rufus Sewell). Si le succès n'est pas toujours au rendez-vous dans les salles, le réalisateur affiche déjà des parti pris artistiques qui ne manquent pas d'intérêt et qu'il aura également le loisir de mettre à profit pour la télévision. Dès 1997 donc, il participe à la série télévisée Les Prédateurs "The Hunger" (développée à partir du film éponyme de Tony Scott), puis s'attelle à la reconstition historique en réalisant un biopic sur Jeanne d'Arc en 1999 (Joan of Arc), puis un autre sur Adolph Hitler en 2003 (Hitler : la Naissance du mal).

Pour le réalisateur, Coco Chanel est donc une nouvelle occasion d'explorer la vie d'une personnalité marquante de l'Histoire. Pour cette télésuite en deux parties de plus de trois heures (un minimum pour tenter d'appréhender un tant soit peu un destin aussi riche que celui de la couturière), le réalisateur a d'abord su s'entourer d'un casting aussi surprenant qu'enthousiasmant. Dans le rôle de Gabrielle "Coco" Chanel, on retrouve ainsi non pas une, mais deux actrices : d'un côté l'américaine expérimentée Shirley MacLaine (qui incarne la couturière de retour de Suisse alors qu'elle est âgée de 71 ans), et la méconnue slovaque Barbora Bobulova (qui prête quant à elle ses traits délicats à Coco dès ses 18 ans). Un choix pertinent à l'époque du tout numérique et des maquillages sophistiqués qui, en plus d'éviter le ridicule qu'aurait éventuellement pu provoquer l'utilisation de prothèses faciales lourdes et peu crédibles (d'autant que les moyens techniques et financiers offerts par la télévision sont rarement aussi confortables que dans le cinéma), permet surtout au personnage de gagner en profondeur. L'oscarisée Shirley MacLaine possédant effectivement toute l'expérience , l'élégance, et l'autorité nécessaire pour camper une Coco parvenu au sommet, mais que le temps qui passe plonge en pleine phase de remise en question (tant artistique et professionnelle, que personnelle et amoureuse) ; tandis que la très photogénique Barbora Bobulova parvient à retranscrire par sa fraîcheur, sa féminité débordante et sa spontanéité de jeu tout le caractère rebelle, passionné et anticonformiste de cette autodidacte impétueuse dans ses plus jeunes années. Certes, de première abord, la ressemblance entre l'actrice et l'artiste n'est peut-être pas flagrante, mais la sincérité de l'interprétation suffit largement à nous laisser porter par cette jolie histoire.
Qui plus est, les deux actrices ne sont pas seules à briller dans cette télésuite. Ainsi, peut-on avoir le plaisir de retrouver , auprès de Shirley MacLaine, le toujours aussi charismatique Malcolm McDowell en ami fidèle ; sa classe naturelle lui permettant sans difficulté de conférer à son personnage un raffinement distingué qui ne manque vraiment pas de charme. Barbora Bobulova n'est pas en reste non plus et peut même, quant à elle, compter sur la présence de deux acteurs pour la seconder. Le français Sagamore Stévenin tout d'abord endosse ainsi l'uniforme du premier mécène de Coco avec une allure assurée. Si on pourrait probablement reprocher à celui-ci de manquer d'un peu de nuances dans son jeu (se contentant le plus souvent d'apparaître comme une sorte de prince "charmeur" fantasmé et un brin poseur), son pouvoir de séduction est certain et le Étienne Balsan qu'il interprète ne manquera sûrement pas de plaire à la gente féminine. Dans le rôle du grand amour de Coco, Olivier Sitruk offre pour sa part une interprétation bien plus subtile du personnage d'Arthur "Boy" Capel. D'abord présenté comme un personnage fantasque et fanfaron aux manières un peu rustres, Boy gagne sensiblement en prestance à mesure que l'histoire avance et son charme opère sur Coco en même temps que sur le spectateur. Il est cependant dommage que certains aspects de sa vie soient aussi rapidement survolés (il n'est ainsi pas toujours évident de comprendre certains des choix de vie qu'il fait au détriment de son amour pour Coco). Sans fausse note ni éclat, le reste du casting demeure également à la hauteur ; j'ai néanmoins été agréablement surpris de retrouver Annie Duperey dans un rôle très différent de celui qui la rendu célèbre et qu'elle interprète dans la série Une famille formidable aux côtés de son "mari" Bernard Le Coq.

Télésuite de qualité, Coco Chanel surprend aussi par la qualité de sa reproduction. Costumes et décors nous font revivre les différentes époques traversées par Mademoiselle Coco avec force (quitte à utiliser quelques images d'archives lorsque la Grande Guerre éclate), tandis que la mise en scène de Christian Duguay enrobe le tout avec un raffinement et une ingéniosité qui détonnent quelque peu pour une production de cet ordre (les téléfilms se bornant le plus généralement à une réalisation et un montage plan-plan et sans âme). Ainsi débute-t-il son métrage avec un de ces fameux plan-séquences dont il a le secret. D'abord aérien et extérieur, "l'œil " de la caméra se rapproche ainsi lentement de la foule pour s'intéresser de plus près – et en même temps que le spectateur – aux personnages qui sont au centre de ce récit, avant de s'inviter littéralement enfin à l'intérieur du défilé de mode organisé par "Mademoiselle" et d'entrer directement au cœur de l'histoire. Pour entamer la seconde moitié de son métrage, Christian Duguay utilisera également une approche similaire ; même si l'angle du vue semble alors inversé. Filmant en gros plan une pancarte annonçant "Gabrielle Chanel, Modiste, 2ème étage", la caméra part cette fois-ci du sol du trottoir et s'attarde sur les anonymes de la rue (ce qui ne manque pas de symbolique s'agissant d'une créatrice qui a toujours revendiquée son indépendance vis-à-vis des classifications sociales et sa volonté d'habiller toutes les femmes, fussent-elles femmes couronnées ou femmes de la rue), avant d'enfin s'envoler vers la petite chambre de Coco ; qui était d'ailleurs déjà positionnée à bonne hauteur, en haut des marches, dans la précédente ouverture (comme pour signifier que, peu importe l'endroit où elle vit et le milieu qu'elle fréquente, elle reste grande d'abord par ce qu'elle représente).
Le montage décalé entre les jeunes années de la créatrice et une époque plus récente située au sortir de sa "retraite" en Suisse – et dont l'alternance est faite aux moyens de transitions élégantes (comme si la bande vieillissait d'un coup en passant d'une époque à une autre) – permet également de mettre en parallèle les deux visages de Chanel (la jeune Gabrielle et la vieillissante Coco), entre construction d'une artiste naissante et remise en question artistique sur le tard, entre gloire et infortune, les expériences et l'expérience ; dressant petit à petit le portrait d'une femme visionnaire d'une incroyable modernité (résistant à alors que certains concurrents, comme Doucet, ont depuis sombré dans l'oubli) et portée surtout par une passion infinie (comme le témoigne le triangle amoureux qui agrémente ce métrage, mais surtout la manière dont celle-ci parvient à se réaliser à travers son travail). Forcément partial, incomplet et romancé pour d'évidentes contraintes narratives (le côté fleur bleue pourra en agacer les plus réticents), Coco Chanel propose au final une vision assez bienveillante de l'artiste et de la femme, évitant ainsi soigneusement de se pencher sur les côtés les plus sombres de sa vie (toute la période polémique située pendant la seconde guerre mondiale est ainsi poliment éclipsée). Pourtant, le spectacle reste de qualité, jamais ennuyeux, et bien au-dessus du lot des habituelles productions télévisuelles. Christian Deuguay semble d'ailleurs lui-même avoir plutôt apprécié l'expérience puisque, après cette télésuite dédié à Coco Chanel, il a accepté de tourner le pilote d'une série télévisée produite par Ashton Kutcher et se déroulant dans le milieu de la mode (A beautiful life avec Elle MacPherson et Mischa Barton).
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