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19 mai 2013 7 19 /05 /mai /2013 23:00
Evil Dead (2013)Réalisé par Fede Alvarez, sorti le 1er mai 2013            
            
Avec Jane Levy, Shiloh Fernandez, Lou Taylor Pucci, Elizabeth Blackmore, Jessica Lucas, Jim McLarty, Randal Wilson, Lorenzo Lamas ...

"Mia (Jane Levy)a déjà connu pas mal de galères dans sa vie, et elle est décidée à en finir une bonne fois pour toutes avec ses addictions. Pour réussir à se sevrer de tout, elle demande à son frère David (Shiloh Fernandez), sa petite amie Natalie (Elizabeth Blackmore) et deux amis d’enfance, Olivia (Jessica Lucas) et Eric (Lou Taylor Pucci), de l’accompagner dans la cabane familiale perdue au fond des bois. Dans la cabane isolée, les jeunes gens découvrent un étrange autel, et surtout un livre très ancien, dont Eric commet l’erreur de lire un passage à haute voix. Les plus épouvantables des forces vont se déchaîner sur eux..."




Mon avis
 
(excellent) :
    


 

 

Depuis le succès de la relecture nerveuse du cultissime Massacre à la tronçonneuse en 2003 (produite par Michael Bay et réalisée avec brio par le très efficace Marcus Nispel), on ne compte même plus le nombre de remakes issus des grands classiques américains de l'horreur des années 70-80. Mais pour un L'Armée des Morts (Zack Snyder), un La Colline a des yeux (Alexandre Aja), ou un Maniac (Franck Khalfoun) véritablement enthousiasmants, combien de ratages embarrassants comme 666 : La Malédiction (John Moore), Amityville (Andrew Douglas), Le Bal de l'horreur (Nelson McCormick), Fog (Rupert Wainwright), Fright Night (Craig Gillespie), ou encore Les Griffes de la nuit (Samuel Bayer) ? Plus que jamais, si la modernisation des grandes figures du genre reste le moyen facile et pratique des studios pour se faire de l'oseille sans trop se fouler, les spectateurs sont rarement les grands gagnants de l'histoire. Pour eux, le principal intérêt se résume désormais surtout à essayer de deviner quel sera le prochain sur la liste car – après Black Christmas, The Crazies, La Dernière maison sur la gauche, Halloween, Hitcher, Piranha ou encore  Vendredi 13 les possibilités semblent de plus en plus restreintes. On n'est donc pas franchement étonné de voir aujourd'hui débarquer une nouvelle version d'un autre film totalement culte : Evil Dead. Ce projet a tout de même ceci d'original qu'il émane de la volonté même de ses créateurs : le producteur Robert G. Tapert, l'acteur Bruce Campbell et, bien entendu, le réalisateur Sam Raimi. Ce dernier souhaitait en effet ardemment offrir aux fans de la franchise un film plus abouti techniquement que son œuvre de jeunesse : « À mes yeux, c’était une fantastique histoire de fantôme qui méritait d’être à nouveau portée à l’écran, mais cette fois-ci avec de belles images, des effets visuels de qualité et un excellent son ».  Et si celui-ci semble à présent enfin vouloir donner suite aux aventures de Ash (Army of Darkness 2 prévu pour 2016, avec évidemment toujours l'irremplaçable Bruce Campbell donc !), c'est à un cinéaste totalement inconnu que le papa de Darkman et de Spiderman a choisi de confier la "renaissance" de son mythique premier bébé.

  

Sam Raimi a en effet découvert le jeune réalisateur uruguayen en question par l'intermédiaire du court-métrage Ataque de Pánico! qui raconte – en cinq minutes terriblement intenses et inventives – l'attaque de Montevideo par des robots géants ; et comptabilisant déjà plus de sept millions de vues sur YouTube. Mais bien que produisant effectivement cette relecture moderne (assurant ainsi aux fans que n'importe quoi ne serait pas entrepris), Sam Raimi, Bruce Campbell et Robert G. Tapert ont laissé toute latitude à Fede Alvarez (lui permettant d'imprimer sa propre patte au projet). Bien entendu, Evil Dead nouvelle version n'est évidemment pas avare de clins d'œil et rappels à destination des aficionados du film original (le viol forestier, le personnage possédé enfermé dans la cave, l'amputation de la main, le livre maudit qu'on tente de brûler, ou encore la présence de l'indispensable tronçonneuse et de l'incontournable Oldsmobile Delta 88) ; jusque dans sa mise en scène comme le montre ce fameux plan de poursuite aérien dans les bois qui reproduit avec une belle efficacité l'une des trouvailles les plus remarquables de Sam Raimi. Les fans de la première heure  apprécieront aussi la sympathique (bien que très courte) scène post-générique qui leur est spécialement dédiée. Mais au-delà de l’évidente déférence du cinéaste pour ses modèles, Fede Alvarez a surtout su capter l’essence même de ce qui faisait (et fait toujours) la force des productions horrifiques des années 70-80. Cet Evil Dead a beau être sorti en 2013, il semblerait presque avoir trente ans de moins tant la volonté du réalisateur de livrer une œuvre "à l’ancienne" est palpable. Ainsi, alors que la plupart des films récents du genre mise tout sur des artifices aussi grossiers que faciles comme les fameux "jump scares" (cet emballement de musique soudain ou cette apparition impromptue de personnage), ou – pire encore ! – se vautre dans le laborieux et terriblement opportuniste exercice de style du "found fountage" (on ne remerciera jamais assez les gens responsables de Paranormal Activity pour cette "magnifique" mode qui a ainsi été relancée…), Fede Alvarez a en effet d’abord cherché à soigner son ambiance.    

 

Evil Dead
La belle est la bête.

 

Il en résulte un long-métrage à la musique délicieusement oppressante – signée par le particulièrement efficace Roque Baños (qui souligne sans surligner ce qui se passe à l’image) – et au rendu esthétique volontairement très graphique – grâce à la très belle photographie de Aaron Morton (qui sublime à merveille le caractère résolument pictural du film) ; et surtout dans la mémorable dernière bobine où l'artistique et le malsain se mélangent – dans de très inspirés plans en contre-jour gorgés de teintes rouge-orangé superbes – avec une singularité "proprement" saisissante. En plus d'être mis en scène avec un indéniable talent, cette première réalisation d'envergure de Fede Alvarez se montre particulièrement généreuse aussi lorsqu'il s'agit de balancer des hectolitres de sang à l'écran. Mais là où la très grande majorité des films d'horreur actuels se contente de jouer la carte de la surenchère torture porn façon Saw ou Hostel, ce nouvel Evil Dead ne sacrifie jamais la minutie de son scénario sur l'autel de l'écœurant trash facile. Certes, les scènes de violence de Fede Alvarez sont d'une brutalité crue autrement plus démonstrative que celles de Sam Raimi (notamment dans l'hallucinant carnage sanglant que constitue donc l'ultime moment de bravoure du film) ; le parti pris du cinéaste uruguayen de ne recourir uniquement qu'aux maquillages prosthétiques (conçus par le franchement doué Roger Murray-Leach) et autres effets de plateaux directs – "à l'ancienne" là aussi (ce qui est au passage est plus qu'appréciable à l'ère du tout numérique) – ne faisant qu'accroître davantage encore le réalisme (presque insoutenable) des différentes séquences de boucherie (les sévices subis par les personnages sont à ce titre particulièrement douloureux). Néanmoins, le long-métrage Fede Alvarez ne repose heureusement pas que là-dessus. Au-delà de son authenticité et de cette générosité qui font plaisir, ce remake demeure malgré tout un film résolument moderne dans son écriture. Comme dans une large majorité des films récents du genre, l'approche est en effet nettement plus réaliste.

 

On ne trouvera donc pas de gags burlesques et de gaudrioles splastick si caractéristiques à la saga originale de Sam Raimi principalement dans les deux suites cela dit (le premier Evil Dead ayant toujours eu une approche nettement moins fantasque) mais plutôt cette volonté de rendre ce cauchemar autrement plus tangible. De ce fait, ce que ce remake perd logiquement en excentricité (exit l'espèce de créature lovecraftienne de Sam Raimi au profit d'une entité démoniaque androgyne plus commune)il le gagne donc en réalisme. D'ailleurs, en dépit du jeu exagérément approximatif des acteurs (ce qui concorde néanmoins avec le côté résolument "rétro" recherché par le film ; Lorenzo Lamas himself fait d'ailleurs une courte apparition dans le film !) et de certains comportements idiots propres à ce type de production (comme de prononcer à haute voix une incantation satanique inscrite à une certaine page 666), le traitement des personnages a ici grandement gagné en pertinence. Alors que tant de films d'horreur du même type donnent juste envie d'insulter les personnages pour chaque seconde supplémentaire qu'ils s'entêtent à rester dans leur vieille baraque pourrie, Fede Alvarez parvient à rendre nettement plus crédible la présence persistante de ces jeunes dans un lieu aussi inhospitalier : en faisant tout d'abord de son héroïne une junkie récidiviste (prometteuse Jane Levy), puis en plaçant ensuite la désintoxication de celle-ci au cœur de l'intrigue. L'ingéniosité de ce procédé scénaristique astucieux est telle que les symptômes (réels) de la possession démoniaque vont progressivement non sans une certaine ironie morbide être confondus avec les symptômes (supposés) de son sevrage forcé. Ce qui, en plus de renforcer la profonde détresse de l'héroïne, va aussi permettre à l'empathie du spectateur pour elle, mais aussi pour son frère (leur relation étant clairement le principal pivot émotionnel du film) de fonctionner plus largement encore.

 

Bien entendu, ce nouvel Evil Dead n'est pas totalement exempt de défauts et son caractère parfois trop démonstratif pourra légitimement en rebuter quelques uns (le flash-black introductif même s'il a certes le mérite d'annoncer immédiatement la couleur n'était sans doute pas indispensable). Pourtant, comparé à toutes les productions horrifiques interchangeables et absolument insipides qu'on se coltine chaque année, le premier-long métrage de Fede Alvarez possède, lui au moins, une vraie personnalité et une sincérité qui, dans le genre, devient une qualité de plus en plus rare...

 

                
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