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LA SHINÉMATHÈQUE

LA SHINÉMATHÈQUE

« La connaissance s'accroît en la partageant. »

Jack le chasseur de géants

Jack le chasseur de géantsRéalisé par Bryan Singer, sorti le 27 mars 2013
Titre original : Jack the Giant Slayer
    
Avec  Nicholas Hoult, Eleanor Tomlinson, Ewan McGregor, Stanley Tucci, Eddie Marsan, Ewen Bremner, Ian McShane, Bill Nighy ...  

"Lorsqu’un jeune fermier (Nicholas Hoult) ouvre par inadvertance la porte entre notre monde et celui d’une redoutable race de géants, il ne se doute pas qu’il a ranimé une guerre ancienne… Débarquant sur Terre pour la première fois depuis des siècles, les géants se battent pour reconquérir leur planète et le jeune homme, Jack, doit alors livrer le combat de sa vie pour les arrêter. Luttant à la fois pour le royaume, son peuple et l’amour d’une princesse courageuse (Eleanor Tomlinson), il affronte des guerriers invincibles dont il s’imaginait qu’ils n’existaient que dans les contes. L’occasion, pour lui, de devenir une légende à son tour..."

 


Mon avis
(pas mal) :
 
 

     
Avec un premier film très remarqué par la critique, Ennemi public (lauréat du prix du jury au Festival du film de Sundance et au Festival de Deauville en 1993), Bryan Singer connaît la consécration dès son film suivant, Usual Suspects qui, fort d'un bouche-à-oreille excellent, récolte près de dix fois ses 6 millions de dollars de budget lors de sa sortie en 1995 (en plus d'empocher une pléiade de récompenses, dont l'Oscar du meilleur scénario original pour le fidèle Christopher McQuarrie – déjà à l'œuvre sur le premier long-métrage du cinéaste – et celui du meilleur second rôle pour Kevin Spacey imposant définitivement l'acteur aux yeux du grand public). Après avoir livré une adaptation solide et tendue d'une nouvelle de Stephen King, Un élève doué en 1998 (porté par un duo composé du toujours impérial Ian McKellen et du glaçant et regretté Brad Renfro), le réalisateur new-yorkais remet définitivement les super-héros à la mode en signant la très soignée première aventure cinématographique des X-Men en 2000 puis en s'attelant, trois ans plus tard, à sa suite ambitieuse, X-Men 2. Il "abandonne" ensuite les mutants de Marvel aux mains du peu inspiré Brett Ratner pour se consacrer en 2006 à la résurrection très attendue du plus célèbre des super-héros de la firme concurrente DC Comics avec Superman returns (un ratage rendu d'autant plus amer qu'il a également conduit à une conclusion justement peu concluante de la trilogie initiale consacrée à l'affrontement du Professeur Xavier et de son rival de toujours Magneto). Finalement, le réalisateur retrouve son complice, le talentueux Christopher McQuarrie, deux ans plus tard pour le poignant et percutant récit historique Walkyrie. Et c'est précisément en 2009, alors que le dernier film de Bryan Singer sort en salles, que le projet Jack le chasseur de géants est lancé.
      
Initialement destiné à D.J. Caruso ( Taking lives - destins violés, L'Œil du mal, Numéro Quatre), le projet est pourtant vite confié à Bryan Singer. Néanmoins, il faudra tout de même attendre 2013 pour que, après une production des plus laborieuses, Jack le chasseur de géants sorte enfin sur nos écrans. Entre temps, le cinéaste aura eu à gérer la production de X-Men : Le Commencement (mis en scène par le très doué Matthew Vaughn), avant de commencer la préparation de son X-Men : Days of Future Past (pour lequel il reprendra enfin son poste de réalisateur). Alors que le dépoussiérage des classiques de la littérature enfantine – amorcé par le très décevant, mais foutrement lucratif, Alice aux Pays des merveilles de Tim Burton et son milliard de dollars de recettes au box-office mondial – a récemment donné lieu au très esthétique Blanche-Neige et le Chasseur, au foutraque mais fun Hansel & Gretel ou encore au flamboyant Monde fantastique d'Oz de Sam Raimi, et qu'on attend pour les années à venir les relectures modernes de La Belle au Bois Dormant (Maléfique avec Angelina Jolie dans le rôle titre), de Cendrillon par Kenneth Branagh (avec Cate Blanchett en vilaine belle-mère), et de La Belle & La Bête par Jan Kounen (avec Léa Seydoux et Vincent Cassel ; on parle également d'une version réalisée par Guillermo Del Toro avec Emma Watson), cette adaptation croisée de deux contes populaires anglais Jack et le Haricot magique / Jack le tueur de géants – n'a finalement rien de très surprenante, ou même de foncièrement original. Pourtant, et ce même si le cinéaste américain a déjà pu fortement décevoir par le passé (le sinistre Superman returns), la présence d'un réalisateur aussi intéressant que Bryan Singer sur un tel projet ne pouvait que susciter un évident intérêt.

Jack le chasseur de géants
        Une histoire de haricots qui a l'art de mettre le Roi en boîte.
 
Malheureusement, il ne faut que quelques minutes, durant lesquelles se déroulent une introduction plus que bâclée qui – en plus de lorgner maladroitement sur Hellboy 2 nous gratifie surtout des plus atroces effets-visuels vus en salles depuis le final du Retour de la Momie (un film datant quand même de 2001), pour se rendre compte des conséquences désastreuses qu'a engendré l'accouchement ô combien douloureux de ce long-métrage (qui aura donc mis pas mois de quatre ans à voir le jour). À l'écran, on a bien du mal à saisir comment le pourtant très confortable budget de 195 millions de dollars du film a pu conduire à un résultat visuel aussi affligeant. Entre fonds verts foireux, motion-capture totalement à la ramasse (après Avatar et Le Hobbit : Un voyage inattendu, difficile d'accepter ces géants numériques sans personnalité aussi approximatifs et inexpressifs), laideur sans pareille des effets-spéciaux (quand je pense que certains se plaignaient du rendu visuel du récent Monde fantastique d'Oz ...) et un design globalement peu convaincant (les armures celle du Roi en premier lieu font vraiment peine à voir), on n'a le sentiment d'un laisser-aller général franchement embarrassant ; le pire restant quand même cette atroce introduction en forme de bouillie de pixels qui est totalement indigne d'une production de ce niveau (d'autant que l'emploi de marionnettes, d'ombres chinoises ou encore d'animation traditionnelle aurait permis un résultat final bien plus satisfaisant et tout aussi conforme à l'ambition affichée de faire de ce passage un "conte dans le conte"). Saluons toutefois le travail des équipes responsables de la création du fameux haricot géant réalisé directement en plateau à grand renfort de plâtre, mousse, contreplaqué et autre caoutchouc – dont la poussée exponentielle, autant que son escalade épique, sont à l'origine des séquences parmi les plus mémorables de cet hommage à peine déguisé aux grands films d'aventures fantastiques d'autrefois.
      
Le caractère pas totalement finalisé du long-métrage se ressent également dans la façon dont son scénario a été conçu. Hésitant constamment entre le divertissement grand public aseptisé un brin niaisieux et l'ambitieuse œuvre épique, le traitement de Jack le chasseur de géants déçoit souvent et manque clairement d'un cap clair. L'intrigue principale (la recherche de la princesse kidnappée) ne propose rien de très passionnant et n'offre absolument aucune surprise quant à son déroulement ultra-prévisible (le passage au royaume des géants rappelle même très fortement les escapades de Jack Sparrow au sein de la tribu de cannibales dans Pirates des Caraïbes). Le duo central manque d'ailleurs cruellement d'épaisseur. Nicholas Hoult (révélé par la série britannique Skins et récemment à l'affiche du sympathique Warm bodies), héros improvisé de l'histoire, fait ici preuve d'un déficit évident de charisme que son interprétation tout en tiédeur ne parvient guère à relever. Face à lui, la toute mimi Eleanor Tomlinson peine également à imposer son personnage, qu'elle campe certes avec un peu plus de conviction, mais dont l'écriture très archétypale et poussiéreuse de princesse nunuche en détresse n'aide pas vraiment le spectateur à s'attacher. Heureusement, les personnages secondaires se révèlent déjà nettement plus intéressants que ce couple vedette. Si Ian McShane fait ce qu'il peut pour ne pas avoir l'air trop ridicule engoncé dans son armure mal taillée, le cabotinage de Ewan McGregor en chevalier héroïque vaniteux s'avère franchement savoureux. Mark Strong n'étant visiblement pas disponible le jour des essais perruques, c'est donc à Stanley Tucci que revient donc le rôle de salopard moumouté de service ; un rôle qu'il endosse d'ailleurs avec un certain panache et une délicieuse fourberie. Pour le reste, j'ai également apprécié la bêtise crasse du pleutre interprété par Ewen Bremner (inoubliable Spud de Trainspotting) et les brèves apparitions de Eddie Marsan en fidèle lieutenant de Ewan McGregor (que j'aurais d'ailleurs aimé voir davantage).  

Jack le chasseur de géants
« Stupides hommes bêtes joufflus !! »
 
 En revanche, du côté des méchants géants, il n'y a peu de choses à retenir ; tant dans l'interprétation transparente de Bill Nighy, qu'on a connu plus inspiré en général en chef (mélange du cruel orque Azog et du hobbit déchu schizophrène Gollum), que dans le manque total de caractérisation de tous les autres (j'attendais quand même bien plus des fameux Fee, Fye, Foe, Fum...). Malgré la réécriture tardive de l'inévitable Christopher McQuarrie – appelé à la rescousse pour booster le script mollasson de David Dobkin (Serial Noceurs) et Darren Lemke (Shrek 4, il était une fin) ; à qui on doit probablement des jeux de mots aussi hilarants que « C'est la fin des haricots ! » ou « Il commence à me courir sur le haricot ! »)   Jack le chasseur de géants reste, de manière générale, ce film malade et maladroit. Parasité par de très grossières incohérences (cette statue-cascade détruite qui se répare toute seule d'un plan à un autre, ou cette couronne-bague magique à géomatrie variable) et des raccourcis scénaristiques grotesques (la princesse qui trouve refuge dans la seule maison du coin où vit par le plus heureux des hasards – ce fermier l'ayant justement sauvé le matin même, ou le cheval du héros dérobé par un moine et qui réapparait pile-poil au bon moment lorsqu'on a besoin de lui en pleine débâcle), le long-métrage de Bryan Singer ne retrouve ce second souffle inespéré que dans son tout dernier quart d'heure. Ce dernier acte, presque un autre métrage qui commence, permet alors à Jack le chasseur de géants d'enfin évoluer positivement vers le film de siège. Parvenant alors à livrer des scènes d'action très impressionnantes tout en accentuant significativement le rythme, Bryan Singer illustre alors avec un réel talent le rapport de force inégal existant entre humains et  géants ; même si on peut s'amuser de ces quelques soldats apeurés qui parviennent à résister aussi longtemps à ce jeu de tir-à-la-corde contre des géants énervés. De façon générale, c'est tout de même avec une belle efficacité que le réalisateur réussit à rendre cette bataille finale la plus épique et la plus spectaculaire possible (sans toutefois parvenir à égaler, ne serait-ce qu'un instant, la puissance d'un Hobbit).
   
Outre sa bande originale peu inspirée (avec ses envolées lyriques à chaque séquence héroïque ou d'émerveillement sentant bon la tentative de plagiat de partition musicale du Seigneur des Anneaux), on pourra enfin pester contre les toutes dernières minutes du long-métrage qui, juste avant un ultime twist un peu poussif, sont à nouveau gâchées par un traitement esthétique des plus bâclés (avec ce plan très ridicule où l'on ne prend même pas la peine de grimer, de maquiller, et encore de vieillir numériquement un tant soit peu des acteurs alors censés avoir une bonne dizaine d'années de plus). C'est vraiment dommage de finir le film sur cette sensation d'inachevé (déjà présente lors de son introduction), alors même que Bryan Singer été enfin parvenu à susciter un réel regain d'intérêt chez le spectateur. Pas totalement raté, plutôt divertissant même, bien que rapidement oubliable, Jack le chasseur de géants reste tout de même une amère déception, surtout compte-tenu de son potentiel (bien trop tardivement développé dans son dernier quart d'heure). Paraîssant déjà terriblement daté à sortie (un comble), tant d'un point de vue strictement visuel qu'au niveau du traitement de son histoire et de la caractérisation de ses personnages, le long-métrage ne parvient de fait jamais à se démarquer véritablement de toutes les productions fantastiques vues récemment. Moins ambitieux et impressionnant qu'un Hobbit : Un voyage inattendu, pas aussi merveilleux et transportant qu'un Monde fantastique d'Oz, denué du soin esthétique et du caractère iconique dont bénéficiait un Blanche-Neige et le Chasseur, Jack le chasseur de géants n'est alors rien de plus qu'un conte de fées cinématographique quelconque et sans relief auquel, en de trop rares occasions, Bryan Singer réussit tout de même à insuffler un peu de magie et de spectaculaire. C'est finalement bien peu (je me trouve presque généreux dans ma notation) mais, il faut le reconnaître, ce n'est déjà pas si mal.
  

   

Films de Bryan Singer chroniqués ici : Jack le chasseur de géants ;  Walkyrie ; X-Men : Days of Future Past

   

 

Pour voir d'autres chroniques de films : cliquez-ici

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robin 10/04/2013 16:04


j'ai découvert Mc Shane dans le dernier pirates des caraibes !

Tietie007 10/04/2013 06:17


Ca me rappelle les films avec les effets spéciaux de Ray Harryhausen.