Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
LA SHINÉMATHÈQUE

LA SHINÉMATHÈQUE

« La connaissance s'accroît en la partageant. »

No Pain No Gain

No Pain No GainRéalisé par Michael Bay, sorti le 11 septembre 2013
Titre original : Pain & Gain
                            
Avec Mark Wahlberg, Dwayne Johnson, Anthony Mackie, Tony Shalhoub, Ed Harris, Rob Corddry, Ken Jeong, Bar Paly ...

"À Miami, Daniel Lugo (Mark Wahlberg), coach sportif, ferait n’importe quoi pour vivre le « rêve américain » et profiter, comme sa clientèle fortunée, de ce que la vie offre de meilleur : maisons de luxe, voitures de course et filles de rêve. Pour se donner toutes les chances d’y arriver, il dresse un plan simple et (presque) parfait : enlever un de ses plus riches clients et… lui voler sa vie. Il embarque avec lui deux complices, Paul Doyle (Dwayne Johnson) et Adrian Doorbal (Anthony Mackie), aussi influençables qu’ambitieux. No Pain No Gain s’inspire de l’histoire incroyable mais vraie de ces trois kidnappeurs amateurs qui, à la recherche d’une vie meilleure, se retrouvent embarqués dans une série d’actes criminels qui dégénèrent rapidement. Rien ne se déroule jamais comme prévu..."                




Mon avis
 
(pas mal) :
  


 
 
Si Michael Bay n'est certainement pas le réalisateur le plus subtil engendré par Hollywood, il n'en demeure pas moins une figure incontournable du cinéma d'action moderne et son influence sur le genre semble  que l'on apprécie ou non son travail indéniable. Rock, Bad Boys, Armaggedon, Pearl Harbor, Bad Boys 2, Transformers... Ses films ont beau être largement controversés, ils continuent néanmoins à remplir massivement les salles. Le réalisateur américain semble avoir parfaitement saisi les attentes actuelles du grand public, en quête perpétuelle de sensations toujours plus fortes. D'ailleurs, même lorsque celui-ci commet une atrocité telle que l'imbuvable Transformers 2 : la revanche, les spectateurs ne lui en tiennent absolument pas rigueur ; offrant même un accueil triomphal à l'opus suivant (avec plus d'un milliard de recettes mondiales, Transformers 3 : la face cachée de la lune reste d'ailleurs son plus gros succès). Bien sûr, on pourrait se contenter de penser que le public est devenu complètement débile et qu'il se contente de peu. Néanmoins, cette vision réductrice n'explique en rien le succès constant de ce roi du divertissement friqué qui jusqu'à présent n'a connu aucun échec commercial ; car même les résultats en demi-teinte de The Island ont finalement permis au film d'être rentable. Et bien que Michael Bay donne de plus en souvent l'impression d'un être ce bon réalisateur qui gâche bêtement son talent en tournant de mauvais films (à plus forte raison lorsqu'il s'acharne à filmer ses robots-joujous dans des couillonnades complètement idiotes), il n'en reste pas moins un technicien éminemment doué (capable de mettre en boîte de très belles séquences ; lorsqu'elles ne sont pas gâchées par un odieux montage épileptique). Laissant enfin tomber ses affreux jouets Hasbro plaisir de courte durée puisqu'un Transformers 4 est déjà en route pour se consacrer à un projet plus personnel, No Pain No Gain apparait dès lors comme cette opportunité que l'on croyait perdue de renouer avec le cinéaste. Annoncé un peu partout comme totalement atypique et novateur dans la filmographie de son auteur, ce projet  mettant qui plus est  en scène un acteur aussi attachant que Dwayne "The Rock" Johnson  – avait donc largement de quoi susciter une curiosité légitime.
         
Assurément, No Pain No Gain est un objet fimographique assez curieux. En effet, davantage connu pour être ce démolisseur de l'extrême qui fait tout péter à l'écran, Michael Bay surprend plutôt en nous livrant cette petite comédie noire assez éloignée des blockbusters auxquels il nous avait jusque-là habitué. Bien loin de ses grosses productions avoisinant systématiquement les 150 millions de dollars, No Pain No Gain est ainsi, avec seulement 26 millions au compteur, son plus petit budget depuis près de dix-huit piges (son premier long, Bad Boys, ayant coûté sans tenir compte de l'inflation  19 millions de dollars en 1995). Mais ce qui étonne le plus de la part d'un Michael Bay coutumier des gros blockbusters ultra-patriotiques, c'est moins la modestie de ce budget (pour lequel lui et ses acteurs ont dû en grande partie renoncer à leur salaire habituel) que la façon dont il s'efforce ici à éreinter ce fameux "rêve américain" dont il était pourtant devenu l'un des plus emblématiques représentants. En effet, cette idée selon laquelle n'importe quelle personne vivant aux États-Unis  même le dernier des abrutis  peut, par son travail, son courage et sa détermination, réussir dans la vie ce qui se traduit inévitablement par "devenir riche" au pays du capitalisme  est dépeinte ici de façon bien peu reluisante. No Pain No Gain dresse donc le tableau de trois ratés  incarnant chacun l'une des mamelles nourricières de l'Amérique contemporaine (l'argent, le sexe, la religion)  qui travestissent complètement ce sacro-saint American Dream en "volant" aux autres la vie qu'ils sont incapables de "gagner" par leurs propres moyens (certes très limités, surtout intellectuellement). Ces faux "héros" – qui n'en seront finalement jamais (même si la caméra, via l'utilisation de plans iconiques au ralenti ou en contre-plongée, s'amuse à les filmer comme tels) – représentent une vision (déformée et outragée) d'un certain modèle de perfection physique, mais ils agissent surtout comme de parfaits abrutis immatures et déconnectés de toute réalité sociale. Michael Bay s'amuse ici autant à maltraiter les corps (trop musclés, trop bronzés, trop stéroïdés ; lorsqu'il ne s'agit pas carrément de tortures physiques) qu'à railler les fondements mêmes du traditionnel American Way of Life (à travers le portrait de ces trois bouffons totalement inconscients).
       
No Pain No Gain
        No Brain No Gain.
 
Ainsi, Daniel Lugo a beau nous être présenté comme le "cerveau" de la bande, il agit de façon tout aussi irréfléchi que ces cons dégénérés congénères. Contrairement à ce qu'il croit, il ne gère absolument pas la situation. Au contraire, celle-ci ne cesse d'empirer, de lui échapper et les conséquences s'avèrent de plus en plus tragiques. Daniel Lugo n'est pas le plus malin de la troupe, il en est seulement le plus motivé (il faut le voir évacuer le stress à coup de pompes ou d'abdos). Et son inflexible confiance en lui suffit à ce que ses deux acolytes déboussolés – trop occupés à gérer leurs problèmes sexuels pour l'un et ou leur désœuvrement spirituel pour l'autre – voient en lui un modèle à suivre ; quitte à plonger jusqu'au fond du gouffre. Plus congénitalement idiots que fondamentalement méchants (malgré l'extrême gravité de leurs actes), les personnage de No Pain No Gain sont à la fois les coupables et les victimes de leur abyssale connerie. D'une certaine façon, en accentuant massivement l'irresponsabilité totale et leur stupidité pathologique dont ils font preuve, Michael Bay rendrait presque sympathique ce trio de bouffons inconscients. Ces kidnappeurs du dimanche ne sont d'ailleurs pas si éloignés des jeunes cambrioleurs mis en scène par Sofia Coppola dans The Bling Ring. Ces deux faits divers authentiques présentent le même type de protagonistes envieux, superficiels et crétins dont la motivation première (mener la grande vie luxueuse de leurs modèles), tout comme les moyens d'y parvenir (le vol) sont assez similaires ; si ce n'est que ceux présentés par Michael Bay semblent plus extrêmes encore. Au niveau de la mise en scène, on retrouve d'ailleurs la même intention d'illustrer le fond par la forme. Là où Sofia Coppola usait d'un rythme lent, d'une réalisation désincarnée et d'une caractérisation quasi-inexistante pour figurer l'ennui, la vacuité et l'inconsistante de ses personnages, Michael Bay va donc traduire la chute en avant, l'outrance et l'idiotie des siens en usant d'un rythme débridé, d'une mise en scène clinquante et d'une sur-caractérisation de chaque instant. Il est comme ça Michael, il ne lésine jamais sur les effets. C'est toujours ce gros bourrin qui, enfant, faisait exploser au pétard son petit train électrique et a complètement oublier depuis le sens du mot "finesse". Filmer de manière subtile et élégante, il ne sait pas faire, et en plus ça l'emmerde. Lui, il préfère y allait à fond dans la surenchère et la vulgarité.      
    
De fait, No Pain No Gain apparait donc comme un produit à la photographie surexposée, où la caméra à l'épaule est systématiquement frénétique, et où les ralentis stylisés et autres plans circulaires virevoltants sont omniprésents. Si le style rentre-dedans un peu beauf de Michael Bay est tout à approprié à ce qu'il nous raconte, l'exercice finit tout comme chez Sofia Coppola – par franchement lasser ; l'interprétation en roue libre des vieux briscards sévissant dans No Pain No Gain fatiguant autant que le quasi non-jeu des jeunes comédiens de The Bling Ring. Certes, le réalisateur de Pearl Harbor n'a jamais été un grand directeur d'acteurs. Néanmoins, ça fait quand même de la peine de voir Mark Wahlberg totalement à la ramasse (bien dirigé, il n'est pourtant pas si mauvais), Anthony Mackie aussi insipide (il se fait littéralement bouffer par Rebel Wilson, sa compagne à l'écran), Ken Jeong nous ressortir son sempiternel numéro à la Leslie Chow (à croire qu'il s'est cru dans Very Bad Trip 4) ou encore  Tony Shalhoub s'adonner à un cabotinage que même Eddie Murphy n'aurait pas osé. Égal à lui-même, Ed Harris – qui retrouve le cinéaste dix-sept ans après l'excellent Rock – reste convaincant et parvient même à relancer, après une sérieuse baisse de rythme, l'intérêt du film  ; temporairement, du moins. Mais la vraie – et unique – grosse surprise du casting s'incarne ici en la personne d'un Dwayne Johnson absolument formidable qui, après Southland Tales, livre l'une des meilleures interprétations de sa carrière ; la pureté de son jeu et le caractère angélique de son faciès créant un contraste assez saisissant avec la monstruosité de son corps et la gravité de ses actes. On regrette donc d'autant plus que No Pain No Gain n'ait pas bénéficié d'une écriture plus précise et d'un réalisation un peu moins bordélique (bien que Michael Bay ait tout de même fait de sérieux progrès à ce niveau depuis la saga Transformers) ; l'euphorie des premiers instants laissant trop rapidement place à un ennui persistant, accompagné d'un immense mal de crâne.
 
Malgré un réel changement de cap (salvateur) et les intentions (plus que louables) du cinéaste, No Pain No Gain souffre encore des défauts inhérents au cinéma de Michael Bay. Même si son montage et ses effets de style paraissent ici mieux maîtrisés, le long-métrage n'échappe pas à la lourdeur pachydermique de son auteur.  On est quand même loin de la galerie d'idiots magnifiques dont savent faire preuve les frères Coen (O'Brother, Burn After Reading) ou de la caractérisation enlevé d'un Quentin Tarantino (Jackie Brown, Django Unchained). D'ailleurs, si les débordements incontrôlés de situations donnaient lieu à des extravagances sublimes dans des films comme Fargo ou Pulp Fiction, ils tombent ici trop souvent à l'eau. Pour un gag foncièrement réussi (le barbecue où on nous rappelle à juste titre qu'il s'agit d'une histoire vraie), No Pain No Gain s'enlise trop souvent dans la surenchère outrancière (le casse consternant et cocaïné de Dwayne Johnson, raté à tous les niveaux), les blagues de potache douteuses (les passages avec le nain et le producteur porno font de la peine) et ce machisme omniprésent dont le réalisateur n'est jamais parvenu à se défaire (le beau sexe ayant rarement le beau rôle). Bien trop long d'une bonne demi-heure (un problème récurrent chez Michael Bay), le film donne aussi la très désagréable impression que le cinéaste n'a pas su – tel Daniel Lugo et sa bande – s'arrêter à temps, et il nous rappelle surtout que – à l'instar de ces corps déformés – le trop est toujours l'ennemi du bien.    
   
 
Films de Michael Bay chroniqués ici : Bad Boys II ; No Pain No Gain ; Transformers ; Transformers 2 : la revanche
 
 
Pour voir d'autres chroniques de films : cliquez-ici 

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article

Streamiz Filmze 10/05/2014 01:09


Merci pour cet article, j'ai enfin compris

yetaland 14/11/2013 16:44


Sympa comme film. Avec un fin comme cela on a du mal a ce dire que c'est inspiré d'une histoire vraie :@