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LA SHINÉMATHÈQUE

LA SHINÉMATHÈQUE

« La connaissance s'accroît en la partageant. »

Mensonges d'État

Réalisé par Ridley Scott, sorti le 5 novembre 2008
Titre original : Body of lies

Avec Leonardo DiCaprio, Russell Crowe, Mark Strong, Golshifteh Farahani, Ali Suliman, Oscar Isaac, Alon Abutbul, Michael Gaston ...

"Ancien journaliste blessé pendant la guerre en Irak, Roger Ferris (Leornado DiCaprio) est recruté par la CIA pour traquer un terroriste basé en Jordanie. Afin d'infiltrer son réseau, Ferris devra s'assurer le soutien du très roué vétéran de la CIA Ed Hoffman (Russell Crowe) et du chef des renseignements jordaniens, peut-être trop serviable pour être honnête. Bien que ces deux là soient censés être ses alliés, Ferris s'interroge : jusqu'où peut-il leur faire confiance sans mettre toute son opération -– et sa vie – en danger ?"




Mon avis
:
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Entre Le Royaume de Peter Berg, Angles d'attaque de Pete Travis, Détention secrète de Gavin Hood, Syriana de Stephen Gaghan, Lions & Agneaux de Robert Redford, Redacted de Brian De Palma, Battle for Haditha de Nick Broomfield, Dans la vallée d'Elah de Paul Haggis ou le prochain film de Kathryn Bigelow, Hurt Locker (que j'attends avec beaucoup d'impatience), on peut légitimement affirmer qu'on en aura soupé des thrillers géo-politiques post-11 septembre 2001 à base de terrorisme, de conflits arabo-américains, voire même des deux. Et bien qu'une lassitude légitime se fasse de plus en plus sentir, avec un réalisateur de la trempe de Ridley Scott (Alien, Gladiator ou encore La chute du Faucon Noir), on est quand même en droit d'attendre un film de haute volée qui se démarque de ces multiples prédécesseurs.  Et ce même si ce dernier semble n'être plus que l'ombre de lui-même depuis un certain temps et qu'il a tendance à décevoir à chacun de ses nouveaux films (surtout qu'il est aussi capable du pire comme 1492, Hannibal ou Une grande année). Car si son début de carrière était flamboyant,  il est quand même grand temps que le pépère se réveille car, depuis La chute du Faucon Noir (et c'était en 2001 !), Ridley Scott n'a rien réalisé de vraiment enthousiasmant (à part un American Gangster sympathique, bien que surestimé je trouve). En fait, ce n'est pas tellement que ses derniers films soient mauvais, c'est juste que je les trouve tout à fait quelconque, sans folie, sans magie et manquant cruellement d'envergure. Cela dit,  l'affiche a de quoi être alléchante puisqu'on nous y promet rien de moins que la confrontation entre l'imposant Russell Crowe (dont c'est quand même la quatrième collaboration avec le réalisateur après Gladiator, Une grande année, American Gangster et en attendant Nottingham) et Leonardo DiCaprio, qui ne cesse de démontrer la grandeur de son talent à chacun de ses films (qu'il s'agisse de Gangs of New-York, Aviator, Arrête-moi si tu peux, Blood DiamondLes Infiltrés et probablement Les noces rebelles de Sam Mendes, où il retrouvera Kate Winslet près de douze ans après Titanic).

Une affiche alléchante donc, même si son accroche "Ne croire personne / Mentir à tous" fleure quand même bon le déjà-vu pour tous les amateurs d'une fameuse série créée par Chris Carter et dont le leitmotiv était justement "Trust no one / The truth is out there"... Malheureusement, l'impression de déjà-vu va s'avérer fatale à
Mensonges d'État. Et si on m'avait dit toutes les horreurs du monde concernant Marc Forster et son Quantum of Solace (finalement pas si mal que ça, malgré un montage abominable et son incapacité à atteindre l'ampleur d'un Casino Royale), c'est malheureusement Ridley Scott qui est à l'origine de ma plus grosse déception de l'année. Ce n'est pas tant que le long-métrage soit mauvais mais, comme trop souvent chez le cinéaste dernièrement, il s'avère tout à fait anecdotique et ne laisse aucun souvenir impérissable... Et pourtant, ça commençait bien. Les premiers plans sont assez jolis et l'ensemble est réalisé avec un élégance. C'est beau, c'est propre (et on est loin des déviances épileptiques récentes à la Course à la mort qui ont précisément contaminées le dernier James Bond). Un peu trop beau et propre même. En effet tout semble ici aseptisé et basique. Alors qu'il aurait pu transcender son propos et rendre sa mise en scène flamboyante, Ridley Scott nous sert une vieille soupe qui donne à l'expression "l'art de raccommoder les restes" toute sa portée et qui n'apporte vraiment rien de neuf en genre. De surcroît, le réalisateur semble puiser allègrement dans le cinéma de son frangin (l'opposition entre un vieux briscard de l'administration américaine et son jeune rival survolté rappelle USS Alabama, l'aspect high-tech du film renvoit à Ennemi d'État, l'évolution sentimentale du personnage de Leonardo DiCaprio n'est pas sans évoquer celle de Denzel Washington dans Man on Fire et le tout ressemble furieusement à Spy Game), avec l'énergie en moins et une absence de style précis (trop beau, trop propre donc). D'ailleurs, les maigres scènes d'action et les fusillades sans saveur qui agrément tant bien que mal le film (Le Royaume ayant été largement plus efficace à ce niveau-là) font presque mal au cœur quand on sait de quoi le réalisateur est capable (surtout si on se rappelle de La chute du Faucon Noir et de ses monstrueuses séquences armées).

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Titre provisoire : Coup de foudre et conséquences (mince, c'est déjà pris !)

Bien trop sage et manquant furieusement d'audace visuelle (le seul passage un peu marquant étant celui où des 4x4 font des ronds de sable dans le désert...), le film de Ridley Scott arrive surtout un peu après la bataille ; alors que des dizaines de films sur le sujet ont inondé les salles obscures et que cela fait déjà six saisons que l'on se gave de la série 24 heures chrono (et ce que ça sous-entend d'images satellites, des dialogues assénés au kilomètre via des téléphones portables ou d'interrogatoires musclés à la Jack Bauer). En outre, le film se traîne laborieusement en longueur avant de virer dans un consensuel des plus affligeants où ne nous sont épargnés ni les clichés du genre ni l'inutile amourette entre Leo et la jolie infirmière de service. Les États-Unis quant à eux, qui useront pendant tout le film de moyens techniques et logistiques à faire pâlir le Predator (les satellites high-tech ultra-précis du film pouvant même servir à une coloscopie si besoin est, enfin j'imagine), vont donc se faire ridiculiser pendant deux heures par des terroristes qui utilisent des pigeo... pardon... des martyrs voyageurs pour transmettre leurs messages (paie ton concept de scénario à trente centimes...). Et en plus d'être incapables d'exploiter leurs avantages technologiques considérables, ces grosses tanches de Washington ont également confié la supervision de leur mission diplomatique top-secrète à un agent égocentrique, buté et surtout con comme ses pieds qu'interprète un Russell Crowe, rondouillard et cabotin, complètement à côté de la plaque (à sa décharge, j'ai rarement vu un rôle aussi caricatural dans un film de cet acabit). À vouloir éviter de sombrer dans un patriotisme déplacé (d'autant plus que le réalisateur est britannique), Ridley Scott nous livre donc un formidable fatras scénaristique où les renseignements américains sont présentés de façon aussi basique que grotesque. Pire, le film accumule les séquences d'un capillo-tractage carabiné, à base de méchants abrutis qui racontent leur life au lieu d'appuyer sur la détente, d'interventions improbables façon "L'ami Ricoré style" (vous savez, celui qui arrive toujours au bon moment...), avant de se conclure d'une façon aussi maladroite (avec des rebondissements à faire frémir M. Night Shyamalan !) qu'ambigüe. D'accord, on évite le patriotisme habituel, mais si c'est pour appuyer un propos aussi discutable que "la démocratie c'est tellement naze qu'elle explique à elle-seule l'inefficacité totale de la lutte contre le terrorisme des États-Unis" (le pouvoir aux mains d'un seul, y a qu'ça d'vrai ! ^__^), c'est quand même un peu too much...

Heureusement, si les acteurs suivent globalement le chemin du réalisateur et ne se contentent que du minimum syndical, le  "Don Corleone" du pauvre à qui on doit cette mémorable leçon de politique est toutefois interprété avec une certaine classe par un sosie d'Andy Garcia appelé Mark Strong. En outre, comme à son habitude (et  fort heureusement d'ailleurs puisque l'acteur porte littéralement le film sur ses épaules), Leonardo DiCaprio est tout bonnement formidable et parvient à donner un peu de consistance à un rôle qui n'en demandait pas tant. Esquivant les balles avec plus d'agilité que le Neo de Matrix et  L'homme qui valait trois milliards réunis (les seconds couteaux islamistes étant légèrement moins habiles), notre cher héros passe en effet (et en un temps record !) du statut d'expert tactique blasé à celui d'amoureux transis naïf (ce qui représente quand même un sacré grand écart émotionnel...). On l'aime bien Leo, mais il devient un peu con quand même lorsqu'il tombe amoureux (on avait déjà eu l'occasion de voir ça dans Roméo+Juliette et Titanic...). Du coup, alors qu'il est sensé être un agent américain confirmé (et qu'il se sait espionné), il se balade dans l'avenue, le cœur ouvert à l'inconnu, ayant envie de dire "bonjour" à n'importe qui. N'importe qui et ce fut toi et je t'ai dit n'importe quoi,... Bref, je m'égare. Leo le romantique arpente donc les rues l'air de rien avec sa promise en s'étonnant ensuite qu'on puisse s'en prendre à elle. C'est ballot ça ! Et même si la demoiselle est interprétée par une ravissante actrice au nom quasi imprononçable (Golshifteh Farahani), on se demande bien ce que cette romance mièvre à peine plus crédible que celle du récent Bangkok Dangerous vient faire là-dedans. Fortement improbable et niaise au possible, elle ne sert en rien l'histoire. Se donnant visiblement beaucoup de mal pour rendre son intrigue compréhensible et accessible à tout le monde, au point de la rendre surtout extrêmement simpliste et inintéressante pour tous (je me demande si l'ouvrage de David Ignatius servant de base au film donnait la même impression), Ridley Scott enroule son film autour d'une romance  à l'eau-de-rose envahissante qui rapprocherait davantage son film d'un blockbuster récréatif façon Pearl Harbor (le second degré et le fun au moins) que d'un véritable thriller politique à la Spy Game.

Au final, on ne comprend pas grand chose aux enjeux de cette histoire d'espionnage, pourtant simplifiée à l'extrême. La mise en scène, bien que soignée, manque cruellement d'audace et s'avère d'un conformisme globalement déprimant (hormis les séquences de tortures d'interrogatoires empruntées à la série 24). Tout est lisse, convenu et attendu. Il n'y aucune subtilité, aucune finesse dans l'histoire. Ridley Scott ne passionne jamais et l'ensemble ne se démarque en rien des autres films du genre sortis récemment. Malgré un emballage attrayant et des séquences bien filmés, c'est plat à mourir et le long-métrage donne l'impression de tourner à vide. En gros : on s'emmerde un peu. Et quand on connait le potentiel fantastique dont dispose Ridley Scott, on ne peut que regretter amèrement que son Mensonges d'État ne soit qu'un simple divertissement correct, mais maladroit, alors qu'il y avait franchement de quoi en faire quelque chose de largement plus intense et de donner un peu plus de gueule à la confrontation tant espérée entre Leonardo DiCaprio et Russell Crowe... Allez Ridley, un petit effort, on y croit, tu peux faire mieux que ça !  ^__^


Pour voir d'autres chroniques de films : cliquez-ici

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MAYDRICK 03/12/2008 16:10

En même temps, ceux qui vont encore au cinéma pour voir les films de Ridley Scott sont un peu inconscients...

Shin 04/12/2008 23:29



Bonsoir Maydrick,

Sait-on jamais, il peut nous surprendre et revenir à l'excellent niveau qui était le sien il y a de ça quelques années maintenant...

Amicalement,

Shin.



Thib 27/11/2008 19:34

Salut Shin,
J'ai lu avec intérêt ta chronique et je ne peux qu'aller dans ton sens.
Faire des film géo-politique est une bonne idée mais faut-il encore ne pas copier ce qui a été déja fait.
Thib.

Shin 29/11/2008 12:27



Bonjour Thib,





Effectivement, on a déjà eu suffisamment notre dose de films géo-politiques et celui de Ridley Scott n''apporte malheureusement rien de neuf... Son long-métrage est certes beau, mais surtout
vain.





Amicalement,





Shin.



Thomas Grascoeur 13/11/2008 16:09

C'est vrai, plutôt décevant...

Shin 13/11/2008 17:43



Bonjour Thomas,

Outre le légitime sentiment de lassitude, Mensonges d'État sonne un peu comme une preuve supplémentaire que le cinéma de Ridley Scott tourne sérieusement en rond ces temps-ci. Ce qui est
bien dommage...

Amicalement,

Shin.