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19 juillet 2013 5 19 /07 /juillet /2013 23:00
Pacific RimRéalisé par Guillermo Del Toro, sorti le 17 juillet 2013            
            
Avec Charlie Hunnam, Idris Elba, Rinko Kikuchi, Charlie Day, Burn Gorman, Rob Kazinsky, Max Martini, Clifton Collins Jr., Mana Ashida, Ron Perlman...

"Surgies des flots, des hordes de créatures monstrueuses venues d’ailleurs, les « Kaijus », ont déclenché une guerre qui a fait des millions de victimes et épuisé les ressources naturelles de l’humanité pendant des années. Pour les combattre, une arme d’un genre nouveau a été mise au point : de gigantesques robots, les « Jaegers », contrôlés simultanément par deux pilotes qui communiquent par télépathie grâce à une passerelle neuronale baptisée la « dérive ». Mais même les Jaegers semblent impuissants face aux redoutables Kaijus..."




Mon avis
 
(coup de cœur) :
    


 

 

 

Même si Guillermo Del Toro a dû, à l'instar de son héros, attendre cinq longues années avant de pouvoir exercer son art à nouveau (son précédent long-métrage, le flamboyant Hellboy 2, remonte déjà à 2008), le prodige mexicain n'a pourtant pas chômé pour autant. Pendant plusieurs années, il a ainsi essayé de mettre sur pied une adaptation cinématographique digne de ce nom à la nouvelle de H.P. Lovecraft, Les Montagnes Hallucinées, que devait produire James Cameron et dont Tom Cruise aurait été la vedette. Ce projet ne parvenant pas à se faire (Universal aurait refusé d'investir 150 millions de dollars dans un projet vraisemblablement classé R - Restricted), il est allé ensuite s'égarer pendant plus d'un an en Terre du Milieu pour préparer la sortie de Bilbo le Hobbit. L'entreprise connaissant elle aussi de sérieux problèmes de production (grève des scénaristes en 2008, difficultés financières de la MGM), et le réalisateur du merveilleux Labyrinthe de Pan ne souhaitant pas rester éloigné de ses proches plus longtemps encore (le tournage devait se dérouler en Nouvelle-Zélande), il a une nouvelle fois dû renoncer au projet (ce prolongement en forme de préquelle au Seigneur des Anneaux sera finalement repris par celui qui ne devait que le produire, un certain Peter Jackson). Malgré ces déconvenues, le cinéaste restera particulièrement actif dans le domaine du fantastique en produisant plusieurs films notables du genre durant cette période (de Splice de Vincenzo Natali à Mama de Andres Muschietti, en passant par Les Cinq Légendes de Peter Ramsey ou encore Les Yeux de Julia de Guillem Morales). Pour son grand retour sur grand écran, Del Toro aura toutefois su tirer partie de toutes ces expériences pour livrer aux spectateurs le plus ambitieux long-métrage sur lequel il n'ait jamais travaillé. Ni remake, ni suite, ni préquelle, ni même adaptation d'une bande-dessinée, d'un roman, d'une série, ou d'un jeu-vidéo à succès, mais pourtant doté d'un budget conséquent de 190 millions de dollars, Pacific Rim témoigne ainsi – après des œuvres aussi singulières que Sucker Punch ou Cloud Atlas de l'audace dont est encore capable de faire preuve un studio d'importance telle que la Warner.

Car audacieux, Pacific Rim l'est à plus d'un titre. Le projet n'est pas seulement original quant à son histoire (intégralement sortie de l'imagination de Del Toro et de son scénariste Travis Beacham), mais aussi de par la nature même de son concept. Avec ce film, le cinéaste mexicain réalise en effet un véritable rêve de gosse en parvenant, pour la première fois dans une production américaine d'envergure, à réunir les deux sous-genres les plus emblématiques de la science-fiction japonaise : le kaiju eiga ("cinéma des monstres") et le film de mecha (mettant en scène des armures robotisées). Bien que le pays du soleil levant compte logiquement un grand nombre de productions de ce genre, elles n'ont jamais eu les moyens techniques et financiers alloués ici à Del Toro, et se contentaient même bien souvent d'être déclinées sous forme de longs-métrages (ou séries) d'animation. Certes, il est légitime aussi de songer au Godzilla de 1998 que réalisa Roland Emmerich et à son confortable budget de 130 millions de dollars. Mais, il était tellement américano-américain dans son approche – la créature ressemble d'ailleurs plus à un gros dinosaure qu'au monstre original, et le projet tient d'ailleurs plus du film catastrophe (à plus d'un titre) que de l'hommage respectueux au kaiju eiga qu'il aurait dû être – qu'il parait impossible d'en faire un digne représentant du genre. Du côté mecha, ne nous apesantissons pas davantage sur la peu glorieuse franchise Transformers de Michael Bay – qui n'est d'ailleurs même pas de l'ordre du mecha à proprement parlé (puisqu'il s'agissait alors d'extra-terrestres ayant l'apparence de robots) – dont le cynisme absolu, le patriotisme décérébré et la course à la surenchère constante en terme de destruction massive semblaient être les seules ambitions du cinéaste. Tout ce que n'est heureusement pas le bébé de Del Toro. Son introduction (qui semble inspirée de Cloverfield) reprend certes quelques uns des motifs propres au film catastrophe hollywoodien traditionnel (images d'archives, extraits de journaux télévisés, déclarations de responsables politiques) mais, passé l'annonce de son titre, Pacific Rim s'en détache rapidement pour s'engager dans un schéma totalement différent, et qui n'a alors plus grand chose à voir avec le pseudo Godzilla vs. Transformers auquel il aura pourtant été si rapidement réduit par une grosse partie de la presse dite "spécialisée". 

 

Pacific Rim
« On pensait que la vie extraterrestre viendrait des étoiles, mais elle a surgit des profondeurs marines, d'un portail entre deux mondes, dans l'océan Pacifique. »

 

Au cynisme de Michael Bay, Guillermo Del Toro a donc préféré opter – comme à son habitude – pour la sensibilité, la sincérité et l'émerveillement. La plus belle séquence du long-métrage, filmée à hauteur d'enfant, illustre bien le fait que Pacific Rim s'adresse avant tout au gamin qui vit à l'intérieur de nous (de 7 à 77 ans...). Il n'est donc pas surprenant que la violence exprimée à l'écran soit si douce – toutes les morts humaines sont hors-champ et les populations semblent presque absentes des villes durant les combats (ce qui correspond également assez bien à l'aspect "maquettes et miniatures" des productions japonaises originales) et que celle-ci se résume surtout à la destruction de décors ou d'objets inanimés. Le but du réalisateur est clairement de faire en sorte que son film reste amusant ; ce que vient confirmer un humour potache omniprésent qui a le bon goût de ne pas sombrer dans le lourdingue façon "couilles de robots en gros plan ou scientifique en string" (Michael Bay, si tu nous entends...). Cette sincérité qui émane de Pacific Rim se retrouve aussi dans la façon dont Del Toro a su exprimer son incroyable amour pour le genre, parvenant à réunir l'occident et l'orient sans jamais que l'un ne prenne le pas sur l'autre. Il est notable, et certainement pas anodin, que le film s'ouvre et s'achève par un hommage évident à deux maîtres du genre : le japonais Ishiro Honda (père de Godzilla et l'un des plus prolifiques réalisateurs de kaiju eiga) et l'américain Ray Harryhausen (grand spécialiste des effets visuels qui s'illustra, entre autres, sur Jason et les Argonautes ou encore Le Choc des Titans).  La première scène de Pacific Rim est d'ailleurs une référence évidente à La Guerre des Monstres de Honda (l'histoire d'un navire attaqué par une pieuvre géante avant d'être sauvé par un autre monstre humanoïde titanesque) et au Monstre vient de la mer supervisé par Harryhausen (où il est également question d'une créature aquatique gigantesque menaçant la côte ouest américaine) ; et le réalisateur a évidemment pris soin de leur dédier son film en les citant directement à la fin de son générique.

 

Dans ce film éminemment hétéroclite, la dimension cosmopolitique apparaît fondamentale. En réduisant à quelques minutes la partie introductive de son récit (qui aurait pu faire office d'un film à proprement parlé, et qui sera d'ailleurs en partie développée via le comic Tales from Year Zero supervisé par Del Toro et toujours écrit par Beacham), le réalisateur lui permet de gagner singulièrement en profondeur. Ne s'attardant ainsi pas sur la guerre menée par les différents États du monde contre ces monstres venus des profondeurs, mais préférant au contraire mettre l'accent sur la résistance – comme le mentionne ouvertement le Marshall Pentecost – qui s'est organisée ensuite (et où la diversité des ethnies peuplant les côtes du Pacifique est remarquablement représentée, en-dehors de tout stéréotype racial), Del Toro peut plus efficacement encore développer l'idée centrale sur laquelle repose son film : la nécessité d'union. C'est en unissant toutes les ressources humaines de la terre face à cette menace commune que l'espoir semble permis. Et c'est aussi l'union psychique des pilotes qui leur permet de contrôler les Jaegers et donc de combattre les Kaijus ; tout comme les scientifiques devront allier théorie et pratique pour comprendre le phénomène dans sa globalité. Les humains doivent ici littéralement utiliser leurs cerveaux pour combattre ses monstres et cette "jonction neuronale" (très cronenbergienne dans l'idée) exige une connexion parfaite entre les deux pilotes le gag (apparemment anodin) de Mako qui se trompe de porte pouvant ainsi s'interpréter comme le premier signe de son lien naissant avec Raleigh pour qu'ils soient à même de corréler leurs réflexes et d'affronter leurs démons ; qu'il s'agisse des souvenirs traumatiques nichés dans leurs songes ou de ces terribles créatures surgissant des entrailles de la mer (Raleigh et Mako en feront d'ailleurs la douloureuse expérience en découvrant que leurs angoisses intérieures peuvent s'avérer plus effrayantes encore que les monstres qui menacent à l'extérieur). Pour finir, la suite du long-métrage nous apprendra également que les Kaijus semblent être reliés à une sorte de pensée commune (à l'instar des insectes extraterrestres de Starship Troopers, dont le fauché troisième opus Marauder mettait déjà en scène un robot géant) ; ce qui donne encore sens à ce facteur unitaire.

 

Pacific Rim
« Pour combattre des monstres, nous avons créé des monstres. »

 

Pacific Rim évoque également le long-métrage de Paul Verhoeven dans la façon dont la guerre meurtrit les corps (qu'il s'agisse des cicatrices sur le flanc gauche du jeune Raleigh Beckett ou des saignements de nez intempestifs du vétéran Stacker Pentecost), mais aussi dans le traitement archétypal de ses personnages. Le modèle primitif dans lequel semble enfermé les protagonistes du film se trouve là aussi justifié par l'environnement militaire dans lequel ils evoluent et qui ne laisse, par nature, que peu de place à l'extravagance. Del Toro parvient tout de même à conserver une part de cette fantaisie qui lui est propre via ces deux scientifiques excentriques, Hermann Gottlieb (campé par un Burn Gorman évoquant à la fois le Colin Clive de Frankenstein, le Dwight Frye de Dracula ou encore le Crispin Clover de Willard) et Newton Geizler (incarné par un Charlie Day en grande forme et dont le surnom "Newt" n'est pas sans évoquer un personnage-clé du Aliens de Cameron), mais aussi par l'intermédiaire du déjà mythique Hannibal Chau (interprété par un acteur monumental que les amateurs du cinéaste connaissent bien). Bien sûr, certains personnages pourront paraître trop survolés, à l'instar de Hercules – encore une référence antique fameuse Hansen (malgré la prestance indéniable de Max Martini) ; caricaturaux, comme son binaire fils Chuck (qui encaisse assez mal la mise au rebut des Jaegers) ; ou même totalement absents, les équipes russes et chinoises auraient pu être davantage exploitées (surtout que le design rétro du Cherno Alpha ou l'idée du triple-bras du Crimson Typhoon sont assez mortels). Toutefois, s'il reste simple dans sa forme, le scénario de Pacific Rim n'en est pas pour autant simpliste. Sa portée universelle et ses personnages familiers s'avèrent tout aussi marquants que ceux d'un Avatar (de Cameron justement) ; blockbuster totalement original aussi s'il en est. Dans les deux cas, le personnage principal doit faire face à la mort brutale d'un frère modèle, avant de parvenir à ne plus rester figer dans le passer, envisager l'avenir, et – comme souvent chez le cinéaste – essayer de reconstruire une cellule familiale meurtrie. Le flashback sur l'enfance de Mako – littéralement placé au cœur de l'histoire (le personnage interprété par la jolie Rinko Kikuchi semble d'ailleurs être le véritable centre névralgique du film)  témoigne d'ailleurs de l'importance essentielle de la valeur familiale dans le long-métrage de Del Toro.

 

En plus d'être l'une des scènes les plus émotionnellement déchirantes que j'ai pu vu voir dans le genre (la petite Mana Ashida est formidable ; on croirait presque que Del Toro lui a filé deux baignes avant le tournage pour qu'elle soit aussi crédible !), elle permet surtout à Raleigh (incarné par Charlie Hunnam, héros de la série Sons of Anarchy) et donc au public de comprendre le traumatisme vécu par la japonaise mais aussi, par extension, par son pays tout entier (quant on sait que Godzilla et Gamera ont été créés sur les cendres de Hiroshima et Nagasaki, le parallèle ne manque pas de pertinence). Ce passage apporte également un éclairage intéressant sur Stacker Pentecost (incarné par un Idris Elba débordant de charisme, et capable de faire naître le silence d'un simple regard ou de galvaniser toute une foule lorsqu'il s'agit d'aller "annuler l'apocalypse" !). On comprend alors mieux son attitude paternel surprotectrice, mais on devine aussi, en filigrane (et ce que confirme le comic), qu'il a dû perdre un être cher (les pilotes étant le plus souvent parents ou conjoints en raison de l'osmose mentale requise). Et si certains ont pu pointer du doigt (à tort ou à raison) le manque de développement psychologique des personnages, c'est finalement davantage dans le traitement original de leurs conflits personnels (rendu palpable par le phénomène de la "dérive") que ceux-ci vont gagner en épaisseur ; le cinéaste ayant tout de même bien pris soin de nous épargner les passages les plus épuisants à la Evangelion – autre source évidente d'inspiration – avec ces ados qui se morfondent dans une pièce isolée en se posant un milliard de questions existentielles avant chaque combat. Car si la dimension émotionnelle reste indéniablement présente, Pacific Rim reste avant tout autre chose un pur produit de divertissement et d'émerveillement. C'est d'ailleurs peu dire que les quelques 500 techniciens de ILM (sans parler des dizaines d'autres artistes ayant participé à l'entreprise) se sont surpassés. On n'a clairement jamais rien vu tel sur grand écran. Bien loin des "hommes en costumes" des kaiju-eiga d'antan et autres mecha traditionnels japonais, les Kaijus et Jaegers du film s'avèrent incroyablement réalistes. Pour ainsi dire, on a presque l'impression qu'ils existent vraiment .

 

Pacific Rim
La petite fille aux hallus muette. 

 

Pour parvenir à un tel résultat, l'équipe technique du film s'est largement inspirée des technologies existantes. L'agence pour les projets de recherche avancée de défense citée dans le film – DARPA (Defense Advanced Research Projects Agency) – existe vraiment. On lui doit d'ailleurs rien de moins que la création d'Internet, via le projet ARPAnet. Et l'actuel projet RE-NET (Reliable Neural-Interface Technology) – qui consiste à utiliser les connexions neurales de personnes amputées pour faire bouger des prothèses robotiques – fait évidemment écho à l'interface cerveau/machine que l'on retrouve dans le long-métrage de Del Toro. Les Jaegers (de l'allemand "chasseur", évoquant la figure mythique du chevalier en armure pourfendeur de dragons tel que Siegfried) ont d'ailleurs été globalement conçus à partir de pièces existantes de bateaux, d'avions ou d'autres engins diverses (tel le moteur Gipsy de la société de Havilland qui donne ici son nom au principal Jaeger du film : Gipsy Danger). Du pionnier Robot Jox de Stuart Gordon en 1990 – produit pour moins de 10 millions de dollars par l'inénarrable Charles Band (Ghoulies, Re-Animator, Puppet Master, encore Prison de Renny Harlin) – à la récente trilogie Transformers de Michael Bay – chaque opus ayant quant à lui coûté de 150 à 200 millions de billets verts, rien de comparable et d'aussi tangible n'aura jusqu'à présent été présenté en salles. Trouvant son inspiration dans le meilleur de l'animation japonaise (Gundam, Gunbuster, Patlabor, ou encore Robotech ; auxquels les Jaegers empruntent d'ailleurs certains traits) et du cinéma de James Cameron (impossible de ne pas songer aux visions d'apocalypse de Terminator 2, ou bien au combat final de Ripley en armure robotique contre la Reine Xénomorphe dans Aliens), Del Toro est donc parvenu à une osmose parfaite des genres et des influences, tout en livrant une œuvre qui soit à la fois respectueuse, originale et personnelle. Le réalisme des Jaegers est également accentué par le soin apporté aux environnements qui les entourent (les textures de l'eau sont sublimes, tout comme les décors de la ville de Hong-Kong composés essentiellement de néons, de surfaces réfléchissantes et qui ne sont pas sans rappeler le Los Angeles pluvieux de Blade Runner), ainsi que dans leurs interactions (à l'instar de ces plans iconiques où une borne d'amarrage est renversée ou un boulier à peine effleuré), mais également dans l'histoire que ces armures portent en elles (de l'ancêtre Cherno Alpha à l'ultra moderne Striker Eureka ; dont le nom fait référence au fameux drapeau de combat utilisé à la palissade Eureka lors d'une révolte de mineurs australiens au XIXe siècle et qui devenu depuis un symbole de protestation).

 

 Le même soin a évidemment été apporté à la conception des Kaijus dont le design évoque logiquement les grandes figures du genre, du dragonesque Gyaos au crustacé Ebirah, en passant par Zigra et son look de requin-espadon (voire même aux plus occidentaux gorille King-Kong ou démoniaque Balrog tels que les a représentés Peter Jackson) ; chaque monstres ayant ici des spécificités qui lui sont propres. Le sang acide des Kaijus m'a également fait penser au Monstre des temps perdus de Eugène Lourié (dont les effets-visuels furent également supervisé par Harryhausen) avec cette créature préhistorique gigantesque dont le germe contamine tout ceux qui y sont exposés. De façon plus générale, si les Jaegers mettaient l'accent sur l'obsession de Del Toro pour les mécanismes (de Chronos à Hellboy, en passant par Blade 2), les Kaijus évoquent davantage sa passion pour les grands monstres (lui-même étant un véritable "Kaiju groupie" pour reprendre une réplique mémorable du film), les créatures surnaturelles et autres esprits de la nature  (on pense notamment au titanesque Dieu de la Forêt de Hellboy 2). On peut d'ailleurs noter que les Kaijus sont ici comparés à des véritables fléaux envoyés par la nature ; les superviseurs (dont le responsable est joué par le trop rare Clifton Collins Jr.) les catégorisent ainsi comme s'il s'agissait d'ouragans (de 1 à 5), et les Jaegers sont aussi présentés comme pouvant littéralement affronter des tornades. L'expérience de Del Toro sur l'adaptation cinématographique avortée des Montagnes Hallucinées de H. P. Lovecraft a également eu rôle indéniable dans la conception de cet univers. Car s'il est à nouveau permis d'évoquer Cameron avec Abyss, ces créatures sous-marines d'outre-space, vestiges d'anciennes civilisations extraterrestres venues sur Terre des millions d'années avant l'homme – le film fait d'ailleurs un lien intéressant avec la propre histoire de notre planète – et qui vivent à présent cachées dans les profondeurs du Pacifique, ne sont pas sans évoquer le fameux mythe de Cthulhu et la cité de R'lyeh. Les séquences de "dérive" avec les Kaijus (qui se finissent toujours par un œil évoquant le Sauron du Seigneur des Anneaux) permettent d'ailleurs d'entrevoir les bribes d'une cité cyclopéenne faites de monolithes titanesques aux teintes bleu-vert s'élançant vers le ciel  rappelant fortement les descriptions de Lovecraft. En ce qui me concerne, la vision de ces Kaijus titanesques revenus exterminer les hommes apparaît clairement comme la représentation la plus convaincante que j'ai pu voir en salles des écrits du célèbre romancier américain .

 

Pacific Rim
"Dans sa demeure de R'lyeh la morte, Cthulhu rêve et attend." (L'Appel de Chtulhu, H. P. Lovecraft)

 

À plus d'un titre, la mise en scène de Del Toro s'avère tout bonnement époustouflante. Parvenant à rendre son action remarquablement lisible malgré une foultitude de détails (notamment durant le plus gros moment de bravoure du film, l'affrontement à Hong-Kong) et des conditions climatiques volontairement peu clémentes (une pluie diluvienne persistante qui rappelle à chaque seconde la menace guettant au fond des eaux), le prodige mexicain donne la part belle aux plans larges (ce qui permet aux rapports d'échelle de prendre d'avantage d'ampleur encore) et distendus (la seule séquence de combat filmée de près, et avec un montage plus cut, étant paradoxalement celle impliquant directement les humains durant la phase de sélection de Raleigh ; elle reste néanmoins parfaitement compréhensible). Chacune des batailles de Pacific Rim semble d'ailleurs avoir été conçu comme un véritable opéra lyrique où le thème principal composé par Rawan Djiwadi (Iron Man, Person of Interest, Game of Thrones) s'avère particulièrement galvanisant (même si le reste de la bande originale manque parfois d'inspiration), et chacun de ses cadres comme un véritable tableau – Del Toro ne cache pas s'être fortement inspiré de la peinture Le Colosse actuellement exposée au Musée du Prado à Madrid où la photographie du génial Guillermo Navarro (Une nuit en enfer, Jackie Brown, Le Labyrinthe de Pan) fait une fois encore des merveilles. Il se murmure par ailleurs que les compatriotes Alfonso Cuarón (Les Fils de l'homme) et Alejandro Iñárritu (Babel) seraient venus apporter de précieux conseils de montage. On apprécie aussi le soucis du détail – marque des grands cinéastes – qui s'immisce dans chaque recoin de l'écran (rouille omniprésente dans ce Shatterdome survivant tant bien que mal, vitres vibrant au passage des monstres, rues meurtries, mer littéralement soulevée par une explosion) et ancre définitivement ces titans dans un cadre réaliste. En outre, le facétieux Del Toro agrémente chaque scène d'action de son film (finalement peu nombreuses mais foutrement épiques) de multiples surprises relançant constamment l'intérêt du spectateur ; qu'il s'agisse de l'armement des Jaegers, des caractéristiques des Kaijus, d'un délicieux clin d'œil à Jurassic Park, ou de cette rencontre inattendue à l'occasion d'une bataille sous-marine entre les deux figures légendaires du film de sabre asiatique : le samouraï aveugle japonais et son alter-ego chinois manchot.

           
Même si Guillermo Del Toro a dû s'accommoder d'une 3D exigée par la Warner (et qui s'avère pourtant particulièrement immersive en Imax cela dit), le spectacle transpirant de générosité et de sincérité que représente Pacific Rim demeure le plus beau témoignage d'un auteur étant parvenu à imposer sa propre vision au studio et non l'inverse ; tout comme le Marshall Pentecost saura prouver que les Jaegers était un projet bien plus ambitieux à soutenir que le ridicule Mur de la vie (cette barrière physique marquant la résignation morale des hommes, et qui avait à peu près autant de chance de stopper les Kaijus que la ligne Maginot d'empêcher l'invasion allemande). Car, au-delà de sa facture technique époustouflante, Pacific Rim reste bien un pur film de Del Toro faisant appel à la même sensibilité, aux mêmes thèmes récurrents, aux mêmes valeurs nobles, au même humanisme, et où la volonté d'offrir un divertissement gigantesque sous forme de conte fantastique apocalyptique trouvera un écho évident chez tout ceux parvenant encore à faire appel à leur faculté d'émerveillement (qu'on soit encore gamin ou déjà ancien enfant). Le réalisateur mexicain pourrait d'ailleurs parfaitement faire siens les propos tenus par Sir Arthur Conan Doyle à l'occasion de la sortie de son roman, Le Monde Perdu : « Je n'ai voulu que divertir en somme ; l'homme, ce grand enfant, l'enfant, ce petit homme ». Supportant qui plus est très bien les seconds visionnages (j'en suis pour ma part déjà à mon sixième et je me réjouis par ailleurs du joli score qu'il réalise actuellement à l'international), le long-métrage supporte en revanche assez mal d'être découvert en version française tant le doublage accentue affreusement le côté caricatural de certaines répliques (et ce même si les sous-titres – qui transforment ainsi le "noir" Cherno Alpha en "nucléaire" Tcherno Alpha – sont un peu trop souvent à la ramasse). Quoi qu'il en soit, en VO ou VF, Pacific Rim mérite largement le déplacement dans le cinéma le plus proche. Croyez-moi, on n'a jamais rien vu de tel sur grand écran et, si d'aventure le film ne donnait pas lieu à une suite, les chances de revoir un tel spectacle en salles semblent assez maigres...

 

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