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LA SHINÉMATHÈQUE

LA SHINÉMATHÈQUE

« La connaissance s'accroît en la partageant. »

[REC]

Réalisé par Jaume Balagueró et Paco Plaza, sorti le 23 avril 2008

Avec Manuela Velasco, Ferran Terraza, Jorge Yamam, Carlos Lasarte, Pablo Rosso, David Vert ...

"Angéla (Manuela Velasco) est journaliste pour une télévision locale. Accompagnée de son caméraman, elle relate le quotidien de ceux qui travaillent la nuit. Ce soir, elle est dans une caserne de pompiers. La nuit est calme, aucune urgence. Jusqu'au coup de fil d'une vieille dame qui réclame du secours. Le tandem suit les pompiers et découvre en arrivant sur place des voisins très inquiets. D'horribles cris ont été entendus dans l'appartement de la vieille dame. Angéla perçoit la tension des habitants, son reportage devrait enfin sortir de la routine... Elle n'imagine pas à quel point !
"



Mon avis http://s184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/th_icon_smile.gif http://s184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/th_icon_smile.gif http://s184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/th_icon_none.gif http://s184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/th_icon_none.gif http://s184.photobucket.com/albums/x158/GeniusTF/th_icon_none.gif




Le cinéma de genre hispanique se porte très bien. Qu'il s'agisse d'Alex De La Iglesia (Action mutante, Le jour de la bête, La chambre de l'enfant), de Guillermo Del Toro (Cronos, L'échine du Diable, Le Labyrinthe de Pan) ou encore d'Alejandro Amenábar (Tesis, Ouvre les yeux, Les Autres), le cinéma de genre hispanique se porte très bien (bien mieux que le nôtre, ce qui n'est pas bien difficile). Et puis bien sûr, il y a aussi Jaume Balagueró, un des maîtres du genre, à qui on doit des films aussi effrayants que La secte sans nom, Darkness ou encore Fragile (et qui feront bien entendu prochainement l'objet de chroniques sur ce blog). Alors bien sûr, quand un nouveau film de ce prodige espagnol sort, ça ne peut qu'attirer l'attention de tout aficionado du genre qui se respecte ; et d'autant plus lorsque celui-ci est précédé d'une réputation fortement élogieuse qui en fait la nouvelle référence du genre après Le projet Blair Witch de Daniel Myrick & Eduardo Sánchez ou encore Ring de Hideo Nakata, rien que ça. Avec tout ça, on s'attendrait presque à un film de la trempe de The Descent, 28 jours plus tard ou encore 2 sœurs. Le "presque" n'est hélas pas superflu car, si le film possède un certain nombre de qualités indéniables qui en font un divertissement efficace, il est grandement pénalisé par des grosses maladresses surprenantes de la part d'un réalisateur de la trempe de Jaume Balaguero (je ne connaissais pas Paco Plaza avant cela).

Comme je le soulignais, [REC] n'est pas un mauvais film en soi. Seulement, les réalisateurs jouent trop souvent sur deux tableaux à la fois et en oublient l'essentiel : la peur. Du coup, on s'interroge sur l'intérêt véritable de ce choix de mise en scène. À savoir : montrer un évènement fantastique à travers le témoignagne d'une vidéo (à l'instar de
Cloverfield) et non plus dans le cadre d'une narration conventionnelle. Était-ce vraiment utile ? J'y reviendrais plus tard. [REC] commence donc de façon très analogue au film de Matt Reeves. Il prend le temps de poser son histoire, de l'ancrer dans un quotidien banal. Ainsi, à la fête de préambule de Cloverfield se substitue ici une description très basique d'une caserne de pompiers. Il ne se passe pas grand chose et tout ça n'est pas très palpitant. On pourrait critiquer ce manque de rythme dans la première partie autant que dans le film de Matt Reeves. Pourtant, et au contraire même, je trouve une telle introduction assez intéressante car elle permet au spectateur une meilleure immersion dans cette supposée réalité (en montrant des images somme toute "normales") avant de le plonger dans l'horreur. Horreur qui interviendra très peu de temps après que les protagonistes de l'histoire pénètrent dans l'immeuble qui servira de décor au reste du film. Là encore, il s'agit surtout d'augmenter le réalisme des images, et en aucun cas leur crédibilité. Le film de Jaume Balagueró et Paco Plaza s'éloigne ensuite grandement de celui de Matt Reeves ; la liberté illusoire offerte par un New-York dévasté est ainsi remplacée par un confinement inexorable dans un immeuble espagnol.

Tout comme l'aurait fait une adaptation digne de ce nom de Resident Evil, le film piège ainsi les personnages dans un huis clos horrifique duquel on ne peut échapper. De ce fait, une double menace pèse sur ceux-ci. À l'intérieur de l'immeuble, une étrange infection semble transformer les humains en espèce de zombies. À l'extérieur, une puissance invisible (essentiellement matérialisée par des spots lumineux et des messages via hauts-parleurs) les empèche de sortir. On ne sait donc ni comment on en est arrivé là dans l'immeuble, ni pourquoi les autorités (étrangement menaçantes envers ceux qui tentent de quitter les lieux) ont isolé le bâtiment de la sorte. Tout cela est plutôt habilement amené. P
eu de choses sont expliquées et la situation présentée est prometteuse. La seule certitude semble être le fait qu'il n'y aura pas d'échappatoire. Petit plus appréciable, certains passages sont vraiment saisissants ; à l'image de celui où les projecteurs passent au travers les bâches scellant les fenêtres dans une étrange luminosité quasi-obscure. Dans ces moments-là, on peut véritablement apprécier le travail qui a été fait sur la photographie.

http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/65/21/15/18856422.jpgQuoi, ma gueule ? Qu'est-ce qu'elle a ma gueule ?

D'ailleurs, l'atmosphère du film est très soignée (on n'en attentait pas moins avec Jaume Balagueró aux commandes) et celui-ci profite ainsi de bon nombre de plans remarquables ; la scène de l'autopsie étant effectivement très efficace, tout comme la séquence finale extrêmement éprouvante. Cependant, si la forme est globalement réussie, le fond est déjà plus discutable. En effet, les personnages du film, tout comme sa trame scénaritisque, vont s'avérer d'un classicisme affligeant. Malgré une tension réelle lors des moments "forts" du film, celui-ci perd en effet largement de sa superbe le reste du temps tant les deux réalisateurs s'évertuent à offrir un spectacle tristement conventionnel.

Premier poncif dans lequel ils tombent lamentablement : les personnages font extrêmement clichés. Ainsi, le pompier courageux va  rapidement s'imposer comme meneur, le flic flippé réagira comme un abruti, le médecin pragmatique sera victime de son art, la mère de famille va nous jouer le remake de "jamais sans ma fille", la gamine blonde toute mignonne (toute droite issue de La Nuit des morts-vivants de George A. Romero) cachera forcément quelque chose, le couple de vieux sera complètement gâteux, les chinois (dont seule la mère a une vraie substance, à tel point qu'on ne sait même pas ce qu'il advient d'eux à la fin) seront blanchisseurs, le vieux gay cancanier sera plus maniéré que jamais et caetera. À la limite, ça aurait pu passer s'il n'y avait pas eu ce long passage où les journalistes s'entretiennent lourdement avec les habitants de l'immeuble. Cette séquence, franchement dispensable et laborieuse, ne fait que renforcer le manque d'authenticité de ce simulacre métissé. Les personnages sont alors representés dans toute leur inconsistance caricaturale. Mais, ce qui est pire encore c'est que cette séquence casse complètement le rythme du film et atténue grandement le sentiment d'immersion qui avait pourtant été assez bien mis en place jusque-là par les réalisateurs. Dès lors, on se sent davantage spectateur d'un film d'horreur basique (et balisé) que témoin d'un évènement horrible immortalisé par une caméra embarquée. Ce n'est pas désagréable en soi, mais l'expérience devient alors franchement moins intéressante.

Et évidemment, il y a l'héroïne, forcément mignonne et qui aborde un joli T-shirt moulant (on s'attache moins aux moches mal fagottées, bizarrement...). Celle-ci est également bourré de clichés et se comporte également comme une véritable caricature de film d'horreur. Si on laisse de côté l'aspet "cinéma-vérité" du film, c'est assez frappant. Autant par ses cris, ses gesticulations que ses réactions stupides (comme descendre un immeuble entier infesté de zombis pour aller trouver sur une boîte à lettres l'information qu'elle avait déjà à sa disposition, sur la bande vidéo de la caméra, celle qui lui a précisément servie à interviewer les gens de l'immeuble), le personnage va ainsi se révéler dramatiquement prévisible. Mais, bon comme elle est  très jolie et qu'elle transpire beaucoup à travers son T-Shirt moulant, ça passe ! ^__^ Du coup, [REC] épouse une structure narrative très classique et les passages obligés du film de zombies traditionnel ne sont malheureusement pas évités. On n'échappera donc pas au salopard de service qui ne pense qu'à sauver sa gueule, ni au malade alité qu'il faut  aller chercher à l'autre bout de l'immeuble, ni au sacrifice héroïque qui permet le salut de l'héroïne, ni à la personne infectée s'isolant des autres pour ne pas les contaminer... D'autant que, exception faite de celui incarnant le pompier chauve mis à part, les acteurs ne sont pas globalement pas très convaincants non plus. Ce qui n'aide pas.

http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/65/21/15/18837367.jpgAllô maman, bobo ! Maman, comment tu m'as fait ? J'suis pas beau...

Pas insupportable en soi, le déroulement ultra-convenu du film surprendra donc rarement l'habitué du genre (qui aura déjà vu les classiques de George A. Romero avant cela) ; difficile alors de sursauter lorsque la gamine sautera au coup de l'imprudent s'étant approché trop près. Le film comporte tout de même quelques bonnes idées ; la chute radicale du pompier dans la première partie en étant l'un des meilleurs exemples. Enfin, volontairement ou non,
[REC] est assorti d'un second degré (dont l'hilarant coup de barre de fer dans la tronche de la vieille, au look honteusement piqué à celle de L'Armée des morts de Zack Snyder, est l'exemple le plus "frappant" ^__^) qui pénalise plus encore le côté effrayant du film. Doit-il nous amuser ? Nous effrayer ? On ne sait plus. Et on se demande alors d'autant plus ce qu'apporte la caméra embarquée au film. Même si elle renforce l'immersion, l'humour crée une distance trop importante. Et puis comment y croire quand les réalisateurs font une boulette aussi énorme qu'un rembobinage douteux de la bande vidéo par le caméraman en plein milieu du film ? Sommes nous-censés être spectateurs ou acteurs de leur histoire ? Tout ceci n'est pas très clair, et l'immersion désirée est définitivement caduque. On est alors bien loin du sentiment de malaise d'un Projet Blair Witch ou de l'expérience viscérable d'un Cloverfield. Et on regrette vraiment que Jaume Balaguero et Paco Plaza n'aient pas mieux exploité leur parti pris formel, en délaissant les codes du genre, pour nous emmener vers un truc bien plus expérimental ; ce dont Jaume Balagueró était largement capable selon moi.

Toutefois, la faute de goût la plus flagrante demeure la désastreuse conclusion du film. La séquence en infra-rouge
est assez bien exploitée et participe à instaurer une certaine terreur : d'une part, car ce que l'on aperçoit à travers son objectif est flou et déformé ; d'autre part, parce qu'elle met en évidence le désespoir du personnage pour qui elle est alors un véritable objet de survie. Ce qui, pour le coup, fonctionne assez bien (surtout que le monstre est aperçu juste ce qu'il faut pour être terrifiant). Malheureusement, les réalisateurs n'ont pas pu s'empécher de donner une explication ésotérique pathétique, ratée, inutile et lourde. Les voix enregistrées, les coupures de journaux aux murs, l'ambiance façon L'Exorciste, le décor de schizo à la Se7en et la nature même de cette explication... c'est franchement too much.

Au final, pas aussi drôle qu'un Shaun of the Dead, pas autant jubilatoire qu'un L'Armée des morts et moins désespéré qu'un 28 semaines plus tard,
[REC] est un film bancal qui manque surtout d'ambition et reste trop souvent à cheval entre l'horreur pure et la force horrifique (son plus gros défaut assurément). Clairement moins bon que le reste de la filmographie de Jaume Balaguero, il demeure néanmoins assez divertissant si on passe outre ses maladresses et reste quoi qu'il en soit bien meilleur que la majorité des films du genre. Finalament, si je je suis si dur avec ce film, c'est surtout parce que j'affectionne beaucoup le cinéma de Jaume Balagueró. Et c'est pourquoi j'en attendais plus. Peut-être trop ? Faut croire que, quand on est énormément déçu par ce que d'habitude on aime, ça passe mal...


Pour voir d'autres chroniques de films : cliquez-ici

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RobbyMovies 29/04/2009 11:02

Bonjour ShinComme tu le disais à la suite de ma chronique du film, nous ne sommes pas d'accord, c'est certain. Que nous n'ayons par exemple pas la même analyse inverse entre les scènes d'ouverture "vides" de REC et Cloverfied, peu importe c'est une question de sensibilité, de manière d'interpréter le film. C'est la règle du jeu et ma foi ce qui fait aussi l'intérêt de découvrir les analyses des autres. Mais je me permets tout de même de relever un ou deux points que je trouve en revanche... étranges :Le premier concerne le reproche du physique de l'actrice principale "forcement mignonne". Comme beaucoup d'autres choses, c'est ici relativement bien justifié par le fait qu'il s'agit d'une présentatrice télé. On aura je crois tous remarqué que la télé se satisfait rarement de chars haha. Mais surtout, je n'ai pas trop remarqué que ça te gênait dans Cloverfield ou Diary of the Dead, pas particulièrement fournis en mochetés habillées de doudounes alors qu'il s'agit de gens "ordinaires" et par là même encore moins justifiable. Ni dans l'essentiel du cinéma de genre où ces critères sont presque incontournables. Je trouve l'héroine de REC bien moins typée que ses collègues US.Et puis histoire de taquiner un peu, sur un blog où figure la pin up du mois, je trouve ça cocasse comme reproche héhé.Tu sembles par ailleurs gêné par la figure du gay maniéré. De fait, les gays maniérés existent, en revanche les qualifier de "fiottes" comme tu le fais dans la chroniques de Underworld 3 me semble nettement plus discutable sur la connotation qui s'y rapporte. Tu évoques des aspects "ridicules" pour REC en oubliant j'imagine la fille embrochée par une barre de fer dans Cloverfield mais qui ensuite s'en relèvera à peu près aussi bien que si elle n'avait reçu qu'un coup de poing. Ou bien le suicide à la faux dans Diary.Quant à l'humour supposé, je le cherche encore. En revanche celui particulièrement lourdingue de Diary of the Dead je m'en serais bien passé.Bref, je pourrais poursuivre la liste comme ça longtemps sur le thème du cliché ou de l'illogisme pour lequel REC ne me semble pas plus mal placé que ses concurrents, voire nettement mieux. Simplement là comme le film ne t'a pas plu, j'ai la sensation que tu fais un inventaire particulièrement pointilleux et sanglant (haha) de défauts qui dans bien d'autres films du même style (ou pas) ne semblent pas te déranger, même quand ils sont bien plus évidents encore. Ma foi on a tous probablement tendance à faire ça parfois, mais bon là ça m'a semblé tellement dur dans le registre "2 poids 2 mesures" que j'ai voulu en dire un mot héhé.Sinon rien à voir  mais je viens juste d'apprendre qu'un remake des Chiens de Paille était sur les rails. ;)Robby

Dinosaureman 21/08/2008 00:49

Ce film ma beaucoup gonflé car comme tu l'as dit les persos sont trés caricaturés et les scenes sont trop prévoyantes(surtout quand le vieu gay tourne le dos a une vitre que le sépare d'un zombie,classique:elle éclate et il se fais bouffer)
"l'hilarant coup de barre de fer dans la tronche de la vieille"ma fait hurler de rire et tout le monde ma regardé bizarement dans la salle^^

Par contre le jeune héroinne qui transpire dans son haut moulant ne ma pas déplut,surtout quand elle gigote ralala qu'elle scene magnifique ^^

Shin 22/08/2008 19:19



Bonsoir Dinosaureman,

Je suis bien content de te voir ici ! ^__^

Nous sommes minoritaires à trouver [REC] assez quelconque malgré des défauts assez visibles je trouve. Certes, c'est un film d'horreur assez efficace mais j'ai un peu de mal à voir en quoi
il est si transcendant...

J'ai regardé pour la énième fois 28 jours plus tard hier soir et, il n'y a pas à dire, ça c'est un vrai bon film de genre !

Amicalement,

Shin.



Qux 31/07/2008 12:28

Le film qui m'a le plus terrifié, un chef d'oeuvre

Shin 03/08/2008 13:04



Un divertissement efficace : probablement oui. Un chef-d'œuvre : certainement pas.

Une fois encore, je ne comprends pas l'engouement extraordinaire pour ce film...

Amicalement,

Shin.



Seph 02/07/2008 21:07

C'est toujours intéressant de lire des avis différents sur un film et loin de moi l'idée de vouloir rendre ma parole plus pertinente que celle de n'importe qui d'autre !

Je te remercie de toute l'attention que tu as fournis à l'égard de mon commentaire et j'espère au moins qu'il aura permis d'envisager une autre vision du film à ceux qui lui auront trouver la moindre trace de pertinence.

Je pense toutefois que l'on a une démarche différente lors de la vision d'un film. J'insiste peut être un peu trop sur la signification des actions des personnages, mais c'est justement là que s'opère à mon sens la différence fondamentale entre Cloverfield et REC : la pertinence. Si Cloverfield assure à 100 % son rôle de spectacle et de générateurs à "sensations fortes", il perd en contrepartie énormément en qualité narrative (la trame est linéaire dans le sens où elle n'évolue pas, l'objectif c'est sauver la nana et s'enfuir du début à la fin des évènements) pour se concentrer sur l'image dans ce qu'elle a de plus cru.

Tout à fait à part, mais s'il y a vraiment quelque chose que je n'ai pas supporté dans Cloverfield (spoil incoming =p), c'est bien une des dernières scène, lorsque les protagonistes se retrouvent à central park nez à nez avec la bestiole et que le gars derrière la caméra s'extasie à nous la faire contempler de long en large. J'avais la sensation que ce passage, c'était le nonos du spectateur, sa récompense pour être venu voir le film : regardez la bestiole, vous l'avez mérité. Certes, il s'agit là de la seule scène vraiment insupportable du film pour moi, mais elle en dis long sur les enjeux du film, sur sa construction (toujours à mon sens =p).

Je recommence à faire un pavé, je m'arrête là et pis si j'ai d'autres choses à dire je le dirais sur le post concernant Cloverfield parce que là du coup je ne parle que des points négatifs et je passe pour un gros aigri =p

Shin 02/07/2008 23:32



re-Bonsoir,

Aucun problème, il me semble tout à fait normal de répondre comme il se doit à un commentaire aussi détaillé ! Même si nous ne sommes visiblement pas d'accord... -__^

Même si je ne vois pas spécialement en quoi [REC] soit plus pertinent (à part réaliser un documentaire, quels sont les enjeux ?), les critiques que tu énonces ont effectivement
plus leur place sur le billet dédié à Cloverfield. On continue là-bas ?

Amicalement,

Shin.



Seph 02/07/2008 18:29

Salut,
Comparer REC au Projet Blair Witch... pourquoi pas car la volonté des auteurs de faire du réalisme dans les deux oeuvres est clairement affiché. Par contre le comparer à Cloverfield... alors là je ne comprends pas.
Certes dans la méthode Cloverfield et REC ont des choses en commun puisqu'ils s'appuient en apparence sur le même principe : on regarde une bande sur laquelle est présente un témoignage d'évènement. Or si REC joue la carte du réalisme (et il le fait selon moi avec un brio jamais égalé dans un film de zombie), Cloverfield joue la carte du spectacle, et ce serait à mon avis confondre deux types d'ambitions différentes que de confondre les enjeux de ces deux films.

Pour ce qui est du Projet Blair Witch, il a quant à lui un élément déterminant du film qui se rattache très clairement aux enjeux de Cloverfield :le buzz. Sans vouloir insulter qui que ce soit (loiiiiiiin de moi cette idée, j'ai adoré Cloverfield, j'ai franchement pas été convaincu par Blair Witch mais je tolère toute forme de cinéma et je soutiendrai toujours le travail de toute l'équipe d'un film), je dirai tout de même que Blair Witch ne se suffit pas à lui même. Le film, si sa campagne de "promotion" n'avait pas été aussi originale et donc source de buzz, aurait généré certainement moins de réactions positives. Avec Blair Witch, je vois donc plus facilement un jeu, avec REC je vois clairement du cinéma. Si dans le premier je vois des personnes qui répètent leurs dialogues et se films dans une foret, je vois dans le second des plans séquences et des acteurs hyper-impliqués qui réagissent au dixième de seconde prêt alors que la caméra ne s'est pas coupé depuis 15 minutes.

Je vois plus facilement une recherche esthétique dans REC que dans Blair Witch en fait. Mais bon, comparer n'est pas apprécier et ce point était vraiment un élément qui m'a surpris dans ton article (et aussi dans quelques critiques de la presse et notamment certains pigistes de Mad Movie).


Dans REC, à propos de la séquence d'interview des protagonistes nous n'avons aussi pas le même point de vue. Je l'attendais pour ainsi dire cette séquence =p
La motivation des personnages dans REC est vraiment palpable et tout au long du film, dans les dialogues hors champ entre Angèla et Pablo, on est témoin de leur détermination qui tient plus de filmer les coulisses d'un scandale que d'un évènement horrifique, du moins dans un premier temps. Et de ce fait, j'attendais vraiment le moment où la tension retomberait et où les personnages décideraient de redonner un sens à leur présence en ces appartements. L'enjeu dans un premier temps n'est clairement pas la survie des personnages comme dans les films de Romero, et c'est surtout sur ce point à mon avis que se fonde ta déception.

Faire rembobiner la bande en plein milieu du film et de laisser la séquence présente sur la pellicule alors qu'elle n'a pas lieu d'apparaître... j'ai eu la même réaction de surprise que toi et dans un premier temps, je me suis mis en boule à pester contre l'incompétence des réalisateurs qui ont par cette seule action tué toute la crédibilité de l'ensemble.
Puis lorsque je l'ai vu la seconde fois, j'ai commencé à comprendre pourquoi ils avaient choisit de montrer ce rembobinage. A mon sens, il règne un véritable flou dans REC au niveau du point de vue. On peut être persuadé d'être complètement extérieur aux évènements comme dans Cloverfield et pourtant on se sentira irrévocablement devenir un protagoniste à travers la caméra dans certaines séquences. C'est exactement ce qui se passe et ce à deux reprises de façon très fortes dans REC, lors du rembobinage où l'espace d'un instant on devient foncièrement un personnage du film, et lors du noir final lorsque l'on entend la voix d'Angèla qui fait écho au début du film, où à ce moment on est foncièrement un spectateur de cinéma. Bref, ce qui m'a paru être une énorme bourde lors de ma première vision du film m'est finalement apparu comme une incarnation du génie lors de la seconde =p

Je viens de remarquer que j'ai beaucoup écrit... On pourrait développer pendant des heures sur les enjeux, les thèmes et les choix artistiques de REC mais je pense que tu as là un bon aperçut de ce que j'en pense. Après tout tu as déjà lu si j'ai bien compris mon petit avis sur ashe.fr !

Si jamais tu veux causer un peu sur d'autres films n'hésitent pas à me mailer ou à passer sur le site de ashe pour regarder ce que j'aurai pu écrire entre temps !

Je passerai surement de temps en temps aussi sur ton blog, ciao !

Shin 02/07/2008 20:30



Bonsoir Seph,

Voilà un commentaire des plus intéressants !

En ce qui concerne la comparaison avec Le projet Blair Witch et Cloverfield, elle me semble légitime dans la mesure où, d'une part, le premier est quand même le classique du genre
(cinéma-vérité) et que, d'autre part, le second utilisait également le procédé de la "caméra embarquée" (et me permettait de faire un parallèle avec un film plus
récent). En faisant ainsi, j'évite au spectateur qui n'aurait pas encore vu [REC] de s'étonner, dans un premier temps, du parti pris de mise en scène. Il s'inscrit dans la lignée des
films précédemment cités (en profitant de l'impression d'immersion qu'offre ce procédé). Mais la comparaison ne s'arrête pas là.

Après, ça vient peut-être de moi, mais il me semblait que [REC] cherchait également à jouer sur les "sensations" que les spectateurs pourraient ressentir en voyant le film. J'en
veux pour preuve le buzz sur le net (car j'estime qu'il y a eu buzz malgré tout) où la bande-annonce du film laissait place à une vidéo montrant les réactions des spectateurs dans la
salle ; donnant l'impression qu'il s'agissait de la nouvelle référence du genre un peu à la façon du Projet Blair Witch justement qui arguait sur son affiche : "On n'a jamais eu autant
les jetons depuis Shining" (ce qui me semble un peu pompeux et exagéré, mais passons). Or, en ce qui concerne les "sensations", j'ai beaucoup plus été embarqué par
Cloverfield que par [REC] qui utilisait des ficelles un peu trop faciles et usitées selon moi. L'immersion m'a semblé plus efficace dans le film de Matt Reeves (d'où une
efficacité accrue) et les maladresses plus nombreuses dans celui de Jaume Balagueró et Paco Plaza (comme cette séquence de "rembobinage" douteuse).

En outre, j'ai trouvé la révélation finale de [REC] complètement hors de propos et inutile. Là encore, je fais de nouveau référence au Projet Blair Witch car je trouve que les
réalisateurs ont été plus avisés en ne donnant pas d'explication aux évènements du film alors que ceux de [REC] le faisaient de façon extrêmement peu convaincante. Franchement, à quoi sert
cette explication finale ? Surtout qu'elle est totalement too much avec ses brochures de journaux et son magnétophone... C'est très mal amené je trouve.

Ensuite, au niveau esthétique, je n'ai pas grand chose à reprocher à [REC] qui est effectivement très réussi sur ce point. Mais alors mon dieu que les personnages sont caricaturales
(la journaliste stupide,le vieux gay précieux, asiatiques blanchisseurs, la mère "ma fille, ma bataille", le pompier courageux, les vieux gâteux...) ! C'est d'ailleurs parce que la
séquence des entretiens mais en évidence les clichés dans lesquels sont enfermés les personnages du film que je l'ai trouvé assez peu pertinente. Concernant la "survie" des personnages,
je m'en moquais totalement à vrai dire (j'avais même hâte que l'horripilante "scream girl" journaliste crève). Cette séquence aurait d'ailleurs pu les rendre "attachants", elle
n'a fait que mettre en avant toute leur inconsistance et leur superficialité en mettant en avant les caricatures qu'ils sont (en outre, je n'ai pas trouvé les acteurs très convaincants,
exception faite du pompier assez charismatique).

Enfin, tu m'excuseras si je ne suis pas convaincu par ton explication concernant le "rembobinage" ? Alors que Romero explique clairement dès le début de son Diary of the Dead que
le film montré n'est pas issu d'une seule caméra (ce qui lui permet de se libérér de cette contrainte inhérente au genre), je crois me rappeler que [REC] prend toujours pour point
de vue celui du caméraman (et donc d'une seule caméra). Cette séquence de "rembobinage" apparait alors comme complètement illogique. Surtout qu'on ne voit pas la vidéo se
rembobiner sur la caméra, mais la vidéo se rembobiner (pile-poil au moment voulu cela dit, alors que cela aurait été dans ce cas-là plus intéressant qu'elle aille trop "loin"). Dans
point de vue technique, j'ai trouvé Cloverfield bien plus rigoureux, et donc plus réaliste ; raison pour laquelle j'ai davantage accroché.

Enfin, il semble acquis que [REC], malgré les apparences, ne cherche pas à être aussi réaliste, si premier degré que Le Projet Blair Witch et Cloverfield (il y a pas mal
de scènes drôles : comme le coup de barre de fer balardé dans la tronche de la vieille). C'est justement ce que je regrette. Le film a trop souvent le cul entre deux chaises, et le second
degré assumé n'excuse pas tout. Balagueró et Plaza sont bien trop "sages". Je m'attendais à quelque chose d'un peu plus couillu ; d'où ma déception...

Amicalement,

Shin.

PS: Je ne dit pas non plus que [REC] est absolument mauvais, il est juste assez quelconque (à cause de ses défauts), alors qu'il avait un potentiel énorme (ce qui est bien
dommage un peu le cinéma de Balagueró) quand on connaît...